Paysage Audiovisuel

La télévision en direct sur iPad – Bilan de l’année 2011

Date: 17/01/2012

L’iPad est en train de devenir une plate-forme privilégiée pour la télévision en direct. Le nombre d’opérateurs de la télévision payante américains proposant leurs chaînes télévisées en linéaire sur l’iPad a fortement progressé en 2011, avec l’arrivée de DirecTV, Bright House Networks et Cox Communications. Selon l’estimation la plus optimiste, un tiers des américains abonnés à une offre de télévision payante seraient maintenant concernés par cette offre, même si les utilisateurs de tablettes représentent une sous-catégorie modeste, soit 18.1 millions de personnes fin 2011. Avec l’arrivée de ces trois nouveaux fournisseurs, le nombre d’abonnés ayant accès à ce service est monté à 36.5 millions, soit 42% du total des abonnés aux Etats-Unis (Ces chiffres prennent en compte les abonnés de DirecTV, Time Warner Cable, Bright House et Cox.). Si on ajoute les abonnés de DISH Network, qui peuvent accéder au contenu en streaming via la fonctionnalité intégrée Sling, le total atteint 50.3 millions, ou 57% de tous les abonnés à la fin du troisième trimestre 2011. Cox Communications s’est lancé sur le marché de la TV linéaire sur tablettes à la fin de l’année 2011 avec son application Cox Tv Connect qui propose un bouquet de 35 chaînes. Comcast, de son côté, a lancé son service, intitulé AnyPlay, le 10 janvier 2012, dans les régions de Denver et Nashville. La société propose l’accès aux chaînes linéaires sur tablettes (iPads et bientôt Motorola) aux abonnés d’Xfinity HD Triple Play de ces deux villes. La programmation des chaînes reste cependant un sujet sensible. DirecTV a lancé son service fin octobre avec un total de 38 chaînes. Si les principales chaînes du câble sont proposées, l’offre reste très réduite par rapport aux chaînes disponibles sur la télévision aux abonnés de l’opérateur satellite. Time Warner Cable, de son côté, a franchi la barre des 100 chaînes disponibles, mais le processus a été long et difficile. Les relations restent tendues avec Viacom qui voulait une rémunération supplémentaire pour la diffusion de ses chaînes sur l’iPad (Voir l'article Time Warner Cable retire des chaînes de son application iPad). Le deuxième opérateur du câble du pays distribue maintenant 140 chaînes, grâce à l’ajout de 37 chaînes espagnoles début Novembre. Ces dernières ne sont accessibles que par les abonnés au "package" El Paquetazo. Finalement, si on ne prend pas en compte les utilisateurs de Sling, Cablevision reste l’unique opérateur à garantir l’accès à presque toutes ses chaînes, avec près de 300 disponibles sur tablette. Leur objectif allant au-delà d’une diffusion exclusive sur l’iPad, il est essentiel pour les opérateurs d’acquérir les droits de diffusion du contenu en streaming. Le but est de diffuser sur d’autres appareils, comme les consoles X-Box, projet sur lequel travaille Verizon actuellement. Ces droits sont également cruciaux pour les offres de TV Everywhere, celles sur mobile et autres nouveaux marchés potentiels. Une analyse du nombre de téléchargements des applications donnant accès à ces chaînes sur tablettes permettrait de mesurer l’intérêt porté au service, mais les statistiques sur le sujet sont peu nombreuses. Cablevision a annoncé qu’à la fin du troisième trimestre 2011, la société comptait 560 000 utilisateurs uniques, soit 20% de ses abonnés. Chez Time Warner Cable, plus de 600 000 utilisateurs ont téléchargé l’application depuis Juillet 2011. Il n’y a pas de chiffre plus récent, mais le modèle classique de ces applications se caractérise généralement par une forte demande initiale suivie d’une chute importante. L’analyse de SNL Kagan des classements hebdomadaires pour les applications sur le troisième trimestre 2011 montre que les applications comme Xfinity de Comcast, et celles de DirecTV et Time Warner Cable sont très populaires les six à douze semaines suivant leur lancement avant de disparaître ensuite progressivement des classements. Cable, DBS operators extend iPad reach, SNL Kagan, 28 novembre 2011 The Cox iPad App Cuts Out STB Involvement, de Linda Hardesty, The Cable 360.net network, 6 décembre 2011 Comcast’s AnyPlay Brings Live TV to iPad, iPhonehacks, 10 janvier 2012

Sonia Droulhiole

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Classement des applications les plus populaires au troisième trimestre 2011

Date: 13/01/2012

La société Walt Disney est arrivée en tête du classement trimestriel de SNL Kagan des applications payantes les plus populaires pour l’iPhone d’Apple Inc. au troisième trimestre 2011, grâce au succès qui ne faiblit pas de l’application Jelly Cars 3 et aux nouveautés, telles que Cars 2, ESPN Radio et Where’s my Water ?. Aucun des principaux propriétaires de contenu américains n’a réussi à avoir une application classée chaque semaine dans le top 100 hebdomadaire au troisième trimestre 2011, mais le pionnier dans le secteur, Bolt Creative, a eu plus du succès avec son nouvel épisode de Pocket God, Pocket God : Journey to Uranus. Cette nouveauté s’est en effet classée dans le top 100 toutes les semaines. Les nouveaux entrants dans notre classement ‘best of the best’ du trimestre sont le jeu de devinette Akinator et l’application pour observer les étoiles Star Walk. Electronic Arts a renforcé sa position dominante sur les applications payantes avec une surenchère de nouveaux titres, dont Madden NFL 12, NCAA Football, les variations sur les Sims: Sim City Deluxe, The Sims 3 Ambition, The Sims 3 World Adventures, Transformers : Dark of the moon et Yahtzee Adventures. Ces nouveautés ont aidé la compagnie à atteindre un record de 198 entrées dans les classements hebdomadaires de SNL Kagan au troisième trimestre 2011. Chillingo aussi a connu une progression spectaculaire au cours de ce trimestre grâce aux nouveaux titres Blobster et Contre Jour. De même, les efforts de Zynga/Newtoy (rebaptisé « Zynga with friends » depuis le rachat de Newtoy par Zynga en 2011) avec Hanging with friends ont aidé la société à se classer dans les 10 premiers éditeurs au trimestre dernier. En revanche, l’évolution des goûts et préférences des consommateurs a provoqué une forte baisse dans les classements de certains éditeurs comme Outfit7, Swedish Game Developement/ Donut Games, Apple et Miniclip USA. Au final, la part des applications de divertissement dans les classements est passée de presque 15% au premier trimestre 2009 à 10% au troisième trimestre 2011.Le déclin est dû, en partie, à la disparition d’applications innovantes lancées en 2009 comme iBeer et iFart. Ainsi, les applications qui offrent un service pourraient dépasser les applications de divertissement et devenir la première catégorie dans les trimestres à venir. Les consommateurs utilisent en effet de plus en plus leurs iPhones comme des réveils, des scanners de code-barres et des lampes de poche. L’application Alarm Clock Pro arrive ainsi première dans le classement des applications payantes au troisième trimestre 2011, juste avant Akinator et l’éternel Angry Birds (et ses déclinaisons). Enfin, la demande pour les applications photo a augmenté proportionnellement aux megapixels des iPhones, avec notamment une forte popularité des applications de retouche photo comme Hipstamatic. A noter, le prix moyen des applications continue de baisser et a atteint $1.56 sur le trimestre considéré, contre $2.68 au premier trimestre 2009. Cars 2 app drives Disney to the top, SNL Kagan, 22 décembre 2011

Sonia Droulhiole

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Google +, un nouveau concurrent sérieux face à Facebook ?

Date: 09/01/2012

Lancé en juin 2011, le réseau social de Google affiche, depuis le mois de décembre, une croissance sans précédent. Selon Paul Allen (co-fondateur de Microsoft et analyste régulier du secteur des nouvelles technologies), Google + aurait attiré près de 625 000 nouveaux membres chaque jour pendant les fêtes de fin d’année. Le nombre total d’utilisateurs, estimé aujourd’hui à 62 millions, pourrait atteindre 400 millions à la fin de l’année 2012. Plusieurs facteurs semblent pouvoir expliquer la croissance du nombre de ses usagers : la campagne publicitaire lancée à la télévision pour Google +, le succès croissant d’Android 4.0 ou encore le bouche-à-oreille et l’incontournable effet réseau, lequel semblait jusqu’à présent jouer en défaveur de Google + face à Facebook. L’entreprise de Mark Zuckerberg reste le leader incontesté du secteur, avec ses 800 millions d’utilisateurs. Facebook avait cependant mis cinq ans à passer la barre des 400 millions. Si les prévisions de Paul Allen sont vérifiées, Google + atteindra ce seuil 18 mois seulement après sa création. Google+ growth up to 625K new users per day, de Gautham Nagesh, The Hill's Hillicon Valley, 27 décembre 2011

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La Maison Blanche devra répondre à une pétition contre le Stop Online Piracy Act (SOPA)

Date: 09/01/2012

Une pétition en ligne demandant au Président Obama de mettre son véto aux projets du Congrès contre le piratage sur internet a atteint le nombre de voix requis pour recevoir une réponse officielle de la Maison Blanche. Le texte a recueilli plus de 46 000 signatures, alors qu’il lui en fallait 25 000 d’ici le 17 janvier pour que le gouvernement y réponde. Il vise principalement le SOPA, et « tout projet de loi futur qui menacerait la libre circulation de l’information». Les partisans du SOPA, parmi lesquels le Président de la Commission Judiciaire de la Chambre, Lamar Smith (R-TX), principal sponsor du texte, remettent cependant en cause la pertinence de cette pétition, estimant que leur projet y est caricaturé. Selon M. Smith, le Président Obama « soutiendra ce projet, qui est créateur d’emplois pour les travailleurs Américains, et compliquera la tâche des pirates qui volent des produits et profits américains ». Si le gouvernement Obama n’a pas pris position sur les projets de loi actuellement en discussion au Congrès, cette nouvelle pétition devrait l’obliger à le faire. La Commission Judiciaire de la Chambre devrait se prononcer sur le SOPA en janvier. Si la teneur des débats au sein de la Commission laisse présager un vote du texte, l’adoption de ce dernier par l’ensemble de la Chambre est loin d’être assurée. Au Sénat, le Protect IP Act du Sénateur Patrick Leahy (D-VT) sera soumis à un vote le 24 janvier, après son adoption par la Commission Judiciaire en mai 2011. Ce texte a une portée un peu plus restreinte que le SOPA, dont il partage néanmoins les objectifs. GOP chairman expects Obama to sign anti-online piracy bill, de Brendan Sasso, The Hill's Hillicon Valley, 18 décembre 2011

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L’Online Protection and Enforcement of Digital Trade (OPEN), nouveau projet de loi pour contrer le SOPA

Date: 09/01/2012

Face aux critiques suscitées par le Stop Online Piracy Act (SOPA), le Représentant Darell Issa (R-CA) et le Sénateur Ron Wyden (D- OR) ont présenté, le 8 décembre, un projet de loi alternatif pour lutter contre le piratage et la contrefaçon sur Internet. Cette nouvelle proposition bipartisane, connue sous le nom de OPEN, se refuse à bloquer l’accès aux sites étrangers illégaux, en ne ciblant que les flux financiers générés par ces sites (services de paiement et de publicités). Elle participe donc de l’approche « follow the money » promue par l’industrie high-tech. Enfin, elle donnerait l’autorité d’enquêter et de publier des ordres non plus au Département de la Justice, mais à l’International Trade Commission (ITC), déjà en charge des plaintes pour infractions de brevet. Par la voix de la Motion Picture Association of America, l’industrie du contenu a déjà pris position contre ce projet de loi, déclarant qu’il n’allait pas assez loin pour lutter contre le piratage sur Internet.

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L’échec de la fusion AT&T / T-Mobile

Date: 09/01/2012

Confrontés à l’hostilité des régulateurs fédéraux, AT&T et T-Mobile ont officiellement renoncé, le 19 décembre, à leur projet de fusion, le plus onéreux de l’année 2011. Portant le coup de grâce à ce projet, le Département de la Justice avait annoncé, le 13 décembre, le retrait de sa plainte contre AT&T, au motif que tout projet de fusion doit être examiné concomitamment par sa division antitrust et la FCC (laquelle avait été dessaisie du dossier par AT&T). Ainsi privé de la possibilité de défendre la fusion devant la Cour fédérale du District de Columbia, et contraint d’obtenir l’approbation d’une FCC jugée hostile, le géant des télécommunications n’avait guère d’autre choix que de renoncer à acquérir T-Mobile. Pour Sharis Pozen, chef de la division antitrust du Département de la Justice, « les consommateurs ont gagné ». En bloquant la fusion, le gouvernement Obama a pris en compte plusieurs éléments qui jetaient le doute sur la crédibilité des arguments présentés par AT&T en défense de son projet. L’entreprise a en effet été contrainte de transmettre à la FCC des documents confidentiels qui, selon un porte-parole de l’agence, prévoyaient « des pertes d’emplois importantes » à la suite de l’opération. Dans un autre document rendu public par erreur, AT&T estimait à « seulement » 3,8 milliards de dollars les investissements permettant l’extension du haut débit 4G à 97 % des Américains, alors que la compagnie justifie par cet objectif un rachat à... 39 milliards ! Si ces incohérences ont certainement pesé dans l’attitude des régulateurs fédéraux, celle-ci reflète avant tout le refus de tolérer, en période de crise, la disparition de l’opérateur aux plus bas tarifs (T-Mobile) et l’émergence d’un quasi-duopole dans les télécommunications. Le blocage de la fusion a des effets contrastés sur les différents acteurs du secteur : - T-Mobile : souhaitant mettre fin à ses activités aux Etats- Unis, Deutsche Telekom avait tout intérêt à voir sa filiale rachetée par AT&T au prix fort. Cette dernière bénéficie néanmoins des compensations avantageuses prévues en cas d’échec de la transaction : paiement de trois milliards de dollars, et cession de fréquences d’une valeur d’un milliard. Le partage de réseau (« roaming ») devrait également lui permettre d’étendre sa couverture actuelle. L’avenir de la compagnie est cependant loin d’être assuré à long terme, en raison de problèmes structurels : sous-investissement, marges de profit plus faibles que celles de ses concurrents et clientèle déclinante. Les offres prépayées les moins onéreuses ont tendance à cannibaliser les forfaits de l’entreprise, qui souffre de ne pas parvenir à attirer des clients « de haute valeur », faute de proposer des terminaux comme l’iPhone d’Apple. En attendant de trouver un autre acheteur, Deutsche Telekom pourrait devoir persuader ses investisseurs, habitués à de forts dividendes, de la nécessité de réaliser de nouveaux investissements dans sa filiale américaine. Le déploiement éventuel de la 4G sera un test pour la compagnie. - AT&T : l’entreprise espérait que les fréquences acquises auprès de T-Mobile seraient le futur socle de la croissance de son réseau. Après s’être acquittée des compensations promises à son partenaire, elle va devoir continuer à investir pour déployer la 4G et améliorer la qualité de son réseau, notamment dans les zones urbaines très denses où ses clients se plaignent d’interruptions fréquentes de leurs appels. - Verizon a profité des déboires de son principal concurrent pour prendre de l’avance, avec le déploiement d’un réseau 4G LTE qui couvre aujourd’hui 200 millions d’Américains, et l’acquisition récente de réserves de fréquences auprès des câblo-opérateurs, rendant possible l’expansion de son réseau dans les années à venir. - Sprint et les opérateurs régionaux, qui voyaient leur existence menacée par la fusion, ont applaudi la fermeté des régulateurs. Life after a Failed Merger, de Matt Klassen, the telecomblog.com, 23 décembre 2011

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Lutte contre le piratage sur Internet : le Stop Online Piracy Act

Date: 12/12/2011

D’après les chiffres de l’US Chamber of Commerce et l’International Trade Administration, la contrefaçon et le piratage coûteraient à l’économie américaine entre 200 et 250 milliards chaque année, entraînant la perte de 750 000 emplois américains au total. Pour lutter contre ce phénomène, et en particulier celui lié à la contrefaçon et au piratage sur Internet, plusieurs projets de loi ont été introduits au Congrès ces dernières années. Deux sont aujourd’hui en attente de vote : le "PROTECT IP Act" (S.968), introduit le 12 mai 2011 par le Sénateur Patrick Leahy (D-VT) et adopté à l’unanimité par la Commission judiciaire du Sénat ; et le "Stop Online Piracy Act"-SOPA (H.R.3261), introduit le 26 octobre 2011 à la Chambre des Représentants par Lamar Smith (R-TX). 1. SOPA : les larges pouvoirs conférés au Ministre de la Justice (Attorney General) contre les "foreign infringing sites" Le projet de loi autoriserait le Ministre de la Justice à intenter une action contre les "foreign infringing sites", c'est-à-dire les sites Internet étrangers accusés d’enfreindre ou de faciliter l’infraction de Copyrights. Avant toute décision finale, une cour de justice peut prendre des mesures provisoires telles que des injonctions. Une fois l’ordre de la Cour obtenu, le Ministre de la Justice pourra requérir des fournisseurs d’accès à Internet (FAI), moteurs de recherche (tels que Google), services de paiement (comme Mastercard, Visa ou Paypal) et publicitaires en ligne, de suspendre leurs relations avec les sites contrevenants, et de prendre "des mesures techniquement réalisables et raisonnables" pour empêcher l'accès aux sites. Contrairement à l’action d’un détenteur de droits, le Ministre de la Justice peut demander à la Cour d’ordonner le blocage de l’accès à un site par les FAI et sa désindexation des moteurs de recherche. Remarque : La possibilité de bloquer les sites est au cœur de ce projet de loi et constituerait un tournant majeur dans la lutte contre le piratage (Le blocage d’un site n’équivaut pas à sa fermeture et ne concernerait que les internautes basés sur le territoire américain). Déjà présente dans le PROTECT IP Act, cette mesure suscite une vive controverse. En effet, cette forme de blocage est assimilée par ses détracteurs comme une forme de de filtrage de l’internet comme il en existe dans certains pays non démocratiques.. Au- delà, la définition des "infringing websites" manque de précision. De nombreux sites contiennent en effet quelques contenus illégaux parmi de nombreux autres contenus légaux. Le SOPA renvoie à des articles existants de l’US Code, mais ne précise pas la proportion de contenus piratés que doit contenir un site pour être fermé. Il indique juste que les sites visés sont ceux qui commettent ou facilitent la contrefaçon ou le piratage, alors que le PROTECT IP Act, plus précis, ne visait que les sites exclusivement dédiés à ces activités. Par ailleurs, le SOPA ignore une disposition du Digital Millenium Copyright Act (DMCA) qui protégeait les sites Internet dits "sociaux" (Facebook, YouTube) de toute poursuite en cas de publication par leurs usagers de contenus sous copyright. 2. Les possibilités d’action d’un détenteur de droits contre un site infracteur: l’interruption de soutiens financiers a) L’action par le biais des notifications et contre-notifications Le détenteur des droits de propriété intellectuelle doit d'abord notifier, par écrit, aux services de paiement et de publicité en ligne l’identité des sites Internet et prouver que leurs activités lui causent ou lui causeront un "préjudice immédiat et irréparable". Ces organismes devront alors, à leur tour, notifier leurs clients puis couper l’accès à leurs services, à moins que le site fournisse une contre- notification expliquant pourquoi il ne s’agit pas d’une infraction. Remarque : A compter de la délivrance de la notification, les réseaux de paiement et services de publicités devront prendre les mesures nécessaires au sein d’un délai de 5 jours, considéré par les détracteurs du SOPA comme trop court pour donner au détenteur du site le temps de s’expliquer. Si une telle contre-notification est fournie ou si les services de paiement ou de publicités refusent de suspendre leurs services, le détenteur des droits peut alors poursuivre en justice la personne ayant déposé le nom de domaine, le propriétaire ou le gestionnaire du site. b) L’action basée sur un ordre de la Cour Le détenteur de droit peut également demander à une Cour d’agir contre le site illégal, comme le Ministre de la Justice peut aussi le faire. En ce cas cependant, l’ordre de la Cour consistera uniquement en une injonction de cesser les relations entre le site contrevenant et les services de paiement et/ou les publicitaires en ligne. 3. Les immunités en cas d’actions volontaires Le projet de loi prévoit une immunité en matière de responsabilité pour les actions volontaires prises par un FAI, réseau de paiement, service de paiement, publicitaire, moteur de recherche, service d’enregistrement de noms de domaine à l’encontre des sites irrespectueux des droits d’auteur. Il peut s’agir d’une suspension de services, d’affiliation financière et de blocage des sites illégaux, et ce avant toute action judiciaire. 4. L’activité de streaming rendue illégale La Section 201 du Titre II du SOPA amende les Titres 17 et 18 de l’US Code. D’une part, cette section fait du streaming un délit, c'est-à-dire elle rend illégale toute diffusion publique, pour une période d’au moins 180 jours, d’une ou plusieurs œuvres protégées par le Copyrights. La peine maximum encourue pour l’activité de streaming serait de 5 ans de prison pour la diffusion d’au moins 10 contenus en streaming sur une période d’au moins 180 jours. Ces contenus devront avoir une valeur supérieure à 2500 USD. A noter : La pénalisation du streaming ne faisait formellement pas partie du PROTECT IP Act. En revanche, le "Commercial Felony Streaming Act" (S978), présenté le même jour que le PROTECT IP Act (12 mai 2011), rendrait illicite le streaming en prévoyant la même peine encourue. D’autre part, la Section 202 du SOPA contient des amendements visant à augmenter les peines pour le trafic de marchandises et de services dangereux tels que la vente de médicaments, matériels militaires et biens de consommation contrefaits. 5. La création des "attachés de propriété intellectuelle" à l’international La Section 205 du Titre II du SOPA dispose que le Secrétaire d’Etat et le Secrétaire au Commerce sont chargés d’assurer la protection des droits de la propriété intellectuelle des personnes américaines à l’étranger. Conformément à cet objectif, ils devront nommer, en consultation avec le Register of Copyrights, Maria Pallante, au moins un attaché de propriété intellectuelle dans un pays de chaque région géographique où se trouve un bureau régional du Département d’Etat. Fermement soutenu par l’industrie du divertissement et de nombreuses grandes marques victimes de la contrefaçon, le SOPA est néanmoins combattu par l’industrie high tech, pour qui la bonne santé de l’internet serait menacée par le contrôle gouvernemental imposé par le texte, et par des représentants de la société civile, qui y voient un danger pour la liberté d’expression. Les détracteurs du SOPA préféreraient voir la lutte contre le piratage se focaliser sur l’assèchement des sources de revenus profitant aux sites pirates, par le biais d’une collaboration avec les services de paiement et les publicitaires, également prévue par le texte. C’est le sens d’une nouvelle proposition de loi bipartisane actuellement en préparation au Congrès, qui confierait à la International Trade Commission le pouvoir de lutter contre le piratage en ligne. Ce projet n’a cependant pas encore été officiellement présenté.

S. Saint-Rémy / F. Christophe

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Après une victoire au Sénat, les règles de la FCC sur la neutralité du net menacées par les tribunaux

Date: 06/12/2011

Le Sénat américain a rejeté, le 10 novembre, un projet de loi de la Chambre qui aurait annulé les règles de la FCC sur la neutralité du net. La menace posée par le Congrès sur ces dernières était toutefois relative, dans la mesure où le Président Obama avait annoncé qu’il mettrait son véto à tout projet de loi annulant les règles de la FCC. A l’inverse, les procès intentés par les opérateurs Verizon et Metro PCS contre la FCC représentent, de l’avis des experts, un danger bien plus sérieux pour l’agence. En effet, la Cour d’appel du District de Columbia a été chargée d’examiner la plainte de Verizon, et ce même tribunal avait déjà donné raison à l’opérateur Comcast contre la FCC en 2010, lors d’un premier procès portant également sur la neutralité du net. Si les juges en charge d’examiner cette seconde affaire ne seront sans doute pas les mêmes, le jugement de l’affaire Comcast créé un précédent défavorable à la FCC. Et bien que cette dernière se soit entre temps dotée de règles officielles sur la neutralité du net, la justice pourrait considérer qu’elle n’avait pas l’autorité juridique de le faire. En effet, l’agence considère officiellement l’internet comme un « service d’information » plutôt que comme un « service de télécommunications », alors que ses pouvoirs de régulation sont bien plus étendus sur cette dernière catégorie de service. Pour la FCC, l’espoir réside dans le raisonnement juridique utilisé pour justifier ses nouvelles règles, qui diffère de celui qu’elle avait employé dans l’affaire Comcast et pourrait être mieux accepté par la justice américaine. Senate Rejects Bill to Repeal Net Neutrality, de Ben Parr, Mashable, 10 novembre 2011

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Bataille entre partisans et détracteurs du Stop Online Piracy Act à la Chambre

Date: 06/12/2011

Le problème du piratage sur internet, et les mesures à adopter pour y faire face, sont de nouveaux au cœur des débats au Congrès. L’industrie du divertissement, dont les pertes annuelles liées au piratage se chiffrent en dizaines de milliards de dollars, milite pour le vote d’une nouvelle loi, qui permettrait notamment le blocage de l’accès à certains sites étrangers. Cette mesure est déjà débattue au Sénat depuis septembre 2010, sans qu’un vote n’ait encore eu lieu. Un projet comparable a été présenté fin octobre à la Chambre des Représentants, le « Stop Online Piracy Act » (SOPA), sponsorisé par Lamar Smith (R-TX). Le SOPA permettrait notamment à l’Attorney General d’ordonner le blocage temporaire d’un site, le temps que la justice se prononce. L’industrie high tech, pour sa part, est plutôt opposée à l’adoption de mesures de « filtrage » du web. Le 16 novembre 2011, la commission judiciaire de la Chambre a tenu une première audition consacrée au SOPA, qui a permis de faire apparaître trois problèmes posés par le texte : 1 - Un projet de loi peu précis et potentiellement menaçant pour la liberté d’expression ? L’un des enjeux soulevé lors de l’audition est celui de la définition des « foreign infringing websites ». Par la voix de sa représentante Katherine Oyama, Google a souligné que le blocage systématique de sites qui pouvaient ne contenir qu’une petite part de contenus piratés était potentiellement liberticide. Ceci est d’autant plus vrai que les créateurs d’un site peuvent avoir enfreint le copyright sans le savoir, et un internaute visiteur du site peut y avoir posté un lien vers des contenus protégés, sans que le site lui-même ne soit voué au piratage. Le vif débat qui a marqué l’audition a fait apparaître un problème de précision du SOPA, sujet à diverses interprétations : quelle part de contenu piraté un site internet doit-il contenir pour être considéré comme « dédié à la violation du droit de propriété intellectuelle », et donc bloqué sur le territoire américain ? Les détracteurs du projet vont plus loin en affirmant que le projet pourrait « casser » l’internet tel qu’il existe aujourd’hui. A leurs yeux, le blocage de l’accès à certains sites constitue une forme de filtrage qui risque de nuire aux efforts américains pour défendre un internet libre à travers le monde. Techniquement, ce type de filtrage ressemble en effet aux méthodes employées par la Chine pour bannir l’accès aux sites dissidents. 2 - Un projet de loi qui va à l’encontre de certaines dispositions du Digital Millenium Copyright Act (DMCA) Si le Digital Millenium Copyright Act (DMCA) de 1998 ne suffit plus à combattre le piratage, notamment lorsqu’il prend appui sur des sites basés à l’étranger, le SOPA pose problème en ignorant une disposition du DMCA qui protégeait les sites internet dits « sociaux » (Facebook, YouTube) de toute poursuite en cas de publication par les usagers de ces sites de contenus sous copyright. Aujourd’hui, ces sites ne s’engagent en effet à protéger le droit de propriété intellectuelle qu’à posteriori, en supprimant ce type de contenus dès qu’il est repéré ou signalé par d’autres internautes. Parce qu’il ne prévoit aucune exception particulière en faveur de l’internet « communautaire », le SOPA inquiète Google (propriétaire de YouTube) et l’ensemble de ces sites, dont la responsabilité pourrait être engagée sur la base de contenus postés individuellement par des internautes. 3 - Le filtrage de l’internet, un problème pour la cybersécurité ? De nombreux experts de la cybersécurité s’inquiètent des retombées de la mise en œuvre du PROTECT IP Act ou du SOPA sur la sécurité et la fiabilité du réseau internet global. En effet, pour bloquer l’accès aux sites pirates, ces textes exigent de détourner le système DNS (« Domain Name System ») de son fonctionnement normal, alors même que le système DNS contribue à garantir la sécurité de l’ensemble du réseau internet. Selon un récent rapport publié par la Brookings Institution, cette pratique aura des conséquences complexes susceptibles de nuire à la stabilité du réseau, ainsi qu’aux efforts américains pour promouvoir un internet plus sécurisé à travers le monde, lesquels reposent notamment sur le système DNS. Les efforts des internautes pour contourner le blocage de ces sites sur le territoire américain pourraient également les inciter à utiliser des serveurs localisés hors des Etats-Unis pour accéder à ces sites, ce qui pose également de nouveaux risques en matière de cybersécurité. La plupart des entreprises du secteur high tech se sont fait l’écho de ces trois craintes et ont exprimé leur opposition aux actuels projets du Congrès contre le piratage, qu’ils considèrent bien trop vastes et vagues. Fournisseurs d’accès et moteurs de recherche s’inquiètent d’être contraints de devenir les nouveaux censeurs du net, et d’être perçus comme tels par leurs clients. Au nom de l’industrie high tech, Google a donc présenté d’autres pistes pour lutter contre le piratage : - « Tracking money » : viser les transactions financières liées au piratage Pour Google, le problème du piratage sur internet peut être attaqué à la source en coupant les sources de revenus des sites étrangers qui y sont dédiés. Les mécanismes de paiement comme les publicités pourraient être bloqués sur ces sites.Une objection a été formulée par Maria Pallente, de l’US Copyright Office, pour qui le ciblage des transactions financières restera sans effet sur le grand nombre de sites pirates « désintéressés », qui offrent gratuitement des contenus sous copyright. - Développer l’offre légale Le développement d’une offre en ligne légale a également été cité en exemple comme le meilleur moyen de contrer le piratage à long terme. A cet égard, le succès d’iTunes, plate-forme légale de vente de musique en ligne créée par Apple, serait l’illustration de ce que le piratage n’a pas fait disparaître la demande de musique légale. Le vote du SOPA ou de son équivalent au Sénat, le PROTECT IP Act, est donc loin d’être assuré, malgré le soutien sans faille de l’industrie du divertissement à ces efforts. Bien qu’elle ait fait la part belle aux défenseurs du projet, avec Google comme seule voix dissonante, l’audition du 16 novembre devant la commission judiciaire de la Chambre a néanmoins illustré l’opposition grandissante de Représentants comme Zoe Lofgren (D-CA) et Darrell Issa (R-CA), ainsi que le conflit qui oppose l’industrie du divertissement à celle des nouvelles technologies quant aux moyens à employer pour lutter contre le piratage.

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Dossier Spécial : Compte rendu de la conférence Digital Hollywood New York (17 – 18 Novembre 2011)

Date: 05/12/2011

Depuis 1990, le groupe Digital Hollywood met en place des conférences sur les médias à travers le monde, dont, deux fois par an, à New York. La dernière édition de cette conférence s’est tenue les 17 et 18 novembre derniers (lire les comptes rendu de la précédente édition, Conférence Digital Hollywood New York City (9-10 mars 2011) : Applications - Tablettes NumériquesTélévisions Connectées VOD ). Elle réunissait des professionnels des médias et de l’audiovisuel autour des grands thèmes du moment : l’avenir de la télévision, les expériences de second screen, les applications, les tablettes, la TV Everywhere et la protection de la vie privée. 1. LA TÉLÉVISION : EN VOIE D'EXTINCTION OU DE RENOUVELLEMENT ? Face à la multiplication des plateformes de visionnage du contenu télévisé, la question de l’avenir de la télévision en linéaire s’est posée à plusieurs reprises au cours de la conférence. Pour certains, les derniers chiffres publiés par Nielsen, qui montrent que la télévision reste le passe-temps favori des Américains, prouvent que celle-ci n’est pas en voie d’extinction. En effet, les Américains ont passé 146 heures et 20 minutes par mois à regarder la télévision au cours du deuxième trimestre 2011, soit 2 heures et 43 minutes de plus qu’au cours du deuxième trimestre 2010 (Mediamerica, Nouveaux chiffres clés du paysage audiovisuel américain, 10 novembre 2011). Cela semble confirmer la thèse souvent avancée par les analystes selon laquelle les spectateurs vont toujours chercher à regarder les programmes de télévision sur le meilleur écran disponible. Ainsi, selon Roger Keating, Senior Vice President de Hearst Television, « Le visionnage de la télévision sur appareil mobile va s’ajouter au visionnage sur téléviseur et aura lieu quand les spectateurs ne seront pas à leur domicile. Mais le visionnage sur téléviseur ne va pas diminuer pour autant et il n’y a aucune raison d’être inquiété par les autres formes de visionnage ». Pourtant, certains sont plus sceptiques et voient la progression du visionnage à la demande comme une menace pour la télévision linéaire. Selon Tina Hoover, Vice President, Digital Media Group, Endemol USA, « D’ici quelques années, tous les programmes seront regardés à la demande. Du coup, on peut se demander ce qui va arriver à la télévision traditionnelle ». Cette évolution pose la question du financement de la publicité à la télévision et donc du modèle économique actuellement en place. Cela représente un véritable enjeu pour la société de production Endemol qui a produit des émissions de télé-réalité célèbres comme Fear Factor et Big Brother, mais dont le nom n’est pas connu du grand public. Ainsi, dans un environnement à la demande où la marque est importante pour garantir la qualité d’un produit, Endemol est pour le moment perdante. C’est pourquoi la société cherche d’ores et déjà à faire connaître son nom et sa marque. Comme le souligne Tina Hoover, « Notre objectif est de toucher consommateurs sans passer par les distributeurs comme les networks. Il est donc important de développer notre propre base d’habitués ». Dans cet objectif, la société a lancé, il y a quelques semaines, une application sur iPad, avec l’espoir de bâtir une franchise autour de ses personnages et de développer un dessin animé ensuite vendu sur iTunes ou autre plateforme. 2. LA SOCIAL TV ET LE SECOND SCREEN 2-1. Quel intérêt et quels usages ? Autre sujet central de la conférence, les second screen (« deuxième écran »), type d’applications développées pour tablettes ou Smartphones et fournissant au spectateur des contenus ou des fonctionnalités supplémentaires quand il regarde un programme à la télévision. L’objectif de ces applications est de renforcer l’engagement du spectateur vis-à-vis du programme et d’accroître l’audience du programme, objectif qui se décline sous plusieurs formes. Tout d’abord, ces deuxièmes écrans apparaissent comme des lieux d’échange. Selon Roger Keating de Hearst Television, « Les adolescents veulent regarder la série télévisée Glee tout en échangeant avec leurs amis sur Facebook ». Les effets secondaires, et souhaités, de ces conversations, sont qu’ils attirent de nouveaux spectateurs, ceux qui constatent ainsi que leurs amis apprécient un programme télévisé. Afin de faciliter ces échanges, un groupe réunissant les dix principaux propriétaires de chaînes de télévision, dont Hearst Television, va lancer une application au mois de janvier appelée ConnecTV. Comme l’explique Roger Keating, « Cette nouvelle application n’est pas destinée aux télévisions connectées, mais aux deuxièmes écrans » (voir l’article Mediamerica ConnecTV : les chaînes de télévision se lancent dans les réseaux sociaux). Les interactions rendues possible par la Social TV devraient également faciliter la sélection du contenu. Le salon est un lieu complexe avec plusieurs appareils, plusieurs sources de contenu, et les échanges avec d’autres peuvent aider à faire des choix. Pour Jeff Hughes, Chief Executive Chairman d’Omnifone, société spécialisée dans les technologies de stockage de musique sur le cloud, « La sélection du contenu (curation) va devenir plus complexe qu’elle ne l’est aujourd’hui, car il y aura trop d’applications et trop de programmes. Les spectateurs voudront des recommandations ». Certaines applications développées sur le second screen ont aussi pour objet d’attirer le spectateur en lui faisant vivre de nouvelles expériences. Discovery Communications a, par exemple, lancé une application pour iPad 2 qui propose des vidéos en HD et permettent aux spectateurs d’interagir avec les protagonistes de ses émissions. 2-2. Des fonctionnalités encore peu exploitées Si certains croient en l’avenir de la Social TV et du deuxième écran, d’autres sont plus sceptiques. Jeremy Toeman, Chief Product Officer de Dijit Media, société spécialisée dans le développement de fonctionnalités de type télécommande pour les smartphones et tablettes, souligne notamment que « les expériences de deuxième écran fonctionnent mieux sur les programmes de télé-réalité, les principaux épisodes des séries (le 1er ou le dernier épisode d’une série), et le sport. Pour le reste, leur efficacité est relativement faible ». Cette opinion est partagée par Renee Plato, VP Digital Video Distribution pour ABC, Disney and ESPN Media Networks, pour laquelle les possibilités offertes par le deuxième écran sont encore peu connues et peu exploitées. Pour elle, « l’interaction dépend vraiment des programmes ». Même les programmes de télé-réalité ne rencontrent pas toujours le succès escompté. Tina Hoover, d’Endemol USA, prend l’exemple  du jeu Million Dollar Money Drop, en Grande-Bretagne. Une application permet aux téléspectateurs de jouer en même temps que les candidats à la télévision : « Pourtant, seuls 10% des téléspectateurs en Grande Bretagne le font et nous nous demandons donc si ce système est vraiment intéressant économiquement ». Certains posent la question du caractère social des interactions qui semblent le plus souvent être à sens unique. Ainsi, pour Bala Krishnan, President and Chief Product Officer de Peel, « Les conversations sur réseaux sociaux sont à sens unique. Il ne s’agit pas de vrais échanges. Les gens partagent leur opinion avec le monde. Twitter n’a pas créé de conversations interpersonnelles ». 2-3. Les dangers de la fragmentation Pour Ira Rubenstein, Executive Vice President of Digital Marketing pour Twentieth Century Fox, la mise en valeur de chaque chaîne en tant que marque à part entière au sein d’expériences de second screen, par exemple, s’apparente à une fragmentation (unbundle) des bouquets télévisés et il s’interroge sur les dangers de cette  fragmentation. Pour les représentants des chaînes présentes à la conférence, il est hors de question de travailler sans les opérateurs de la télévision payante : ils n’auront jamais la possibilité de toucher un public aussi large que les bouquets télévisés et comme le reconnaît Rebecca Glashow, Senior Vice President, Digital, Media Distribution chez Discovery Communications, « Il n’est pas possible de faire ce qu’ils font à leur place ». Pour d’autres, la fragmentation du contenu est surtout due aux acteurs de type Amazon et Netflix, ce dernier étant numéro un des services de VOD sur abonnement aux Etats-Unis avec presque 24 millions d’abonnés. Comme le souligne Ashwin Navin, CEO and Co-founder, Flingo, développeur d’applications pour appareils connectés, « Il y a peu de nouveaux entrants sur ce marché dont le modèle économique d’origine a disparu : maintenant, ils paient le même prix pour le contenu qu’une chaîne comme HBO ». 3. LES APPLICATIONS 3-1. Vers la disparition des applications… L’avenir des applications a également été sujet à débat lors de la conférence. En effet, certains sont d’avis que le système des applications va perdurer, comme Jim Funk, Vice President, Business Development du service de vidéo à la demande chez Roku. D’autres ont un avis plus nuancé sur les applications, tel Renee Plato, d’ABC, Disney et ESPN pour laquelle les applications peuvent représenter soit « le paradis soit un désastre ». En effet, selon elle plus une marque a d’applications, plus elle est fragmentée. Par conséquent, le groupe Disney essaie de  se recentrer sur un nombre plus restreint d’applications et, par exemple, la chaîne sportive ESPN n’a plus que 6 applications, tout comme le network ABC. A part la fragmentation que peut entraîner un nombre élevé d’applications pour une même marque, d’autres considèrent que les applications sont vouées à disparaître en raison de la concurrence que représente HTML5. 3- 2. …au profit d’HTML5 ? HTML5 est un sujet récurrent des conférences dans le secteur des nouvelles technologies aux Etats-Unis. Successeur de HTML 4.01., HTML5 crée un standard pour de nombreuses fonctionnalités auparavant disponibles sous forme de plugins. Avec HTML5, créer une application en ligne aussi évoluée qu’une application locale devient plus facile. Pour l’utilisateur, l’avantage est dans l’absence d’installation, la mise à jour automatique, et l’utilisation sur différents appareils. Pour Brooks Tobey, SVP, Sales Solutions & Multi-Screen Development & Delivery chez Turner Broadcasting, “HTML5 offre plus de souplesse : il devient simple de modifier des éléments sans avoir besoin de les soumettre à Apple, par exemple ». Ainsi, nombreux sont ceux qui prédisent la fin des applications, comme Alex Limberis, COO, VP, Business Development de Next Issue Media, société spécialisée dans le développement de technologies pour magazines en version numérique, qui pense que « les applications sont un phénomène limité dans le temps et qu’elles disparaîtront bientôt au profit d’HTML5 ». Ils donnent l’exemple du Financial Times qui vient de lancer une application développée grâce à HTML5. Jeremy Toeman, Chief Product Officer de Dijit Media partage cet avis : selon lui, avec les applications, il faut trop de « clicks » pour accéder au contenu et ce n’est pas ce que les utilisateurs souhaitent. Il pense que les applications se limiteront au deuxième écran et que HTML5 représente l’avenir de la télévision connectée. 4. LES TABLETTES 4-1. Une opportunité pour les magazines Le développement des tablettes numériques a créé d’incroyables opportunités pour certains médias, et notamment pour les magazines. Ainsi, selon Alex Limberis de Next Issue Media, «  Les magazines en version numérique existent depuis 10 ans, mais ils deviennent rentables grâce aux tablettes ». C’est également le sentiment de Steve Sachs, Executive Vice President, Consumer Marketing and Sales de Time Inc., groupe de médias américain qui appartient à Time Warner et possède notamment les magazines Time, Life et Sports Illustrated. Selon lui, les utilisateurs sont prêts à payer plus cher pour un magazine en version numérique que pour un magazine en version papier. Ainsi, alors que tout le monde pensait, il y a quelques années, que les tarifs des magazines sur tablettes seraient moindres que les tarifs sur version papier en raison des économies sur l’impression et les frais d’envoi, c’est l’inverse qui s’est produit. Les tarifs sont en moyenne 20% supérieurs pour une version numérique que pour une version papier et la société bénéficie également des revenus de la publicité. 4-2. Un format dicté par les usages Les panélistes interrogés ont également beaucoup insisté sur le fait que le format des applications pour tablettes n’est pas pensé en fonction des différences entre appareils, mais en fonction des circonstances d’utilisation. Selon Miguel Monteverde, Vice President, Discovery Digital Media chez Discovery Communications, 70% des utilisateurs de tablettes et Smartphones les utilisent pendant qu’ils regardent leur téléviseur. La société The Weather Channel a relevé un pic d’utilisation de 6h à 8h du matin, lorsque les utilisateurs consultent la météo du jour, une utilisation moindre pendant la journée puis un pic de 6 à 8h du soir. Enfin, Scott M. Jensen, Vice President of Digital Product, Applications de The Weather Channel relève que l’usage du Smartphone se fait généralement en solitaire, alors que la tablette a une utilisation plus familiale. Comme l’explique Steve Sachs de Time Inc., sa société fait la distinction entre les utility app et les immersive app.  Par exemple, une application plus utilisée dans la cuisine est une utility app, qui doit avoir un aspect pratique. En revanche, pour une utilisation dans la chambre, il s’agit d’une expérience plus relaxante, plus émotionnelle, c’est une immersive app. En proposant des abonnements All Access qui comprennent une version papier et une version numérique des magazines, Time Inc. opte pour une stratégie de « content everywhere ». Les consommateurs peuvent ainsi utiliser plusieurs plateformes pour regarder un contenu similaire. Ils ont la possibilité de regarder le magazine Sports Illustrated sur copie papier quand ils sont chez eux. Ils poursuivent la lecture sur leur tablette en allant au travail et regardent le magazine sur leur smartphone le soir en attendant leurs enfants à la sortie de l’école. Pour tous ces différents usages, il convient également d’adapter le format. 4-3. L’importance de l’accès aux données clients Tous les acteurs de la presse écrite présents à la conférence relèvent l’importance de l’accès aux données clients dans leur travail et notamment dans leurs relations avec les agences de publicité. C’est en effet un des sujets de friction avec Apple qui ne partage pas ces informations avec les propriétaires des magazines achetés sur ses interfaces. C’est pourquoi les abonnements aux magazines du groupe Time Inc. peuvent uniquement être pris sur les sites Internet du groupe : « Cela nous permet de suivre les habitudes des abonnés, de voir avec quelle régularité ils consultent du contenu, etc. et nous partageons cette information avec les publicitaires », souligne Steve Sachs de Time Inc. « Nous avons des partenariats avec Apple, Barnes and Nobles, Amazon, etc. mais l’important c’est que les clients achètent les abonnements chez nous », ajoute-t-il. Cela permet également d’adapter le format des versions numériques aux usages qui en sont faits, ce qui serait impossible sans ces données. 5. LA TV EVERYWHERE La TV Everywhere est un des grands sujets d’actualité aux Etats-Unis avec le lancement de ce type d’offres par une grande partie des opérateurs du câble et du satellite (Mediamerica, Les services TV Everywhere des câblo-opérateurs vs les offres Over the Top, 10 novembre 2011). Certains regrettent pourtant que les opérateurs de la télévision payante américaine aient mis autant de temps à tenir compte des nouveaux modes de consommation du contenu. Ainsi, pour Eric Solomon, SVP, National and Cross Platform Audience Measurement chez The Nielsen Company,  les offres de TV Everywhere ont mis trop longtemps à se mettre en place : « Si elle était apparue plus tôt, la TV Everywhere aurait pu être à la place de Netflix». D’autres soulignent le changement radical qui s’est opéré dans la stratégie des câblo-opérateurs ces dernières années. Ainsi, pour Jeremy Toeman de Dijit Media, les évolutions se sont accélérées et « le fait que les principaux opérateurs du câble et du satellite aient des applications est un changement fondamental sur le marché ». Les offres de TV Everywhere ont néanmoins encore des progrès à faire, car si le système d’authentification fonctionne, il n’est manifestement pas simple à utiliser. Pour John Harran, VP Business Development and Multiplatform Distribution chez Turner Broadcasting, il faut simplifier le système et sensibiliser les spectateurs : « C’est la deuxième phase du lancement ». 6. LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE Pour les professionnels des médias, la protection de la vie privée est un véritable défi. Comme le souligne Jim Funk de Roku, « si les consommateurs veulent des recommandations, il faut que nous puissions suivre ce qu’il regarde ». Cela pose évidemment des questions en termes de respect des données privées, notamment sur un appareil qui est partagé. « La question est de savoir ce que les gens veulent bien que d’autres sachent sur eux », ajoute-t-il. Pour certains, la transparence semble être la solution. Comme le remarque Jeremy Toeman de Dijit Media : « Plus on explique notre manière de travailler, plus les utilisateurs sont susceptibles de l’accepter ». Ainsi, il est d’avis que les utilisateurs échangeraient volontiers des informations privées, pour partager, échanger et bénéficier de recommandations, si on leur explique clairement. 7. Du FUTUR PROCHE À L'HORIZON LOINTAIN Une question récurrente à la fin de chaque discussion concernait l’année, voire les quelques années à venir, et la vision que les panélistes en avaient d’un point de vue du développement des technologies. Quelques tendances semblent se dégager. La plupart des personnes interrogées pensent que la fin de l’année 2012 ne sera pas très différente de la fin de l’année 2011. La principale distinction sera une meilleure connaissance des modes de consommation. D’autres pensent que l’apparition d’une véritable offre Apple en termes de télévision connectée, déjà appelée par beaucoup l’iTV, pourrait changer la donne. La grande majorité pense que l’année 2012 donnera lieu au développement de services déjà existants comme la TV Everywhere et les expériences de second screen. Une vision résumée en quelques mots par Seth Tapper, CEO et founder de SecondScreen, plateforme publicitaire pour les applications sur deuxième écran : « Fin 2012, les gens seront dans leur salon avec une télévision connectée, un iPad sur les genoux, plusieurs systèmes de sélection du contenu et un mélange de programmes en direct et en différé ». CONCLUSION : Le Digital Hollywood Summit permet de cerner les préoccupations du moment parmi les professionnels du contenu et des nouvelles technologies aux Etats-Unis. Certains sujets, centraux en 2010, semblent être désormais passés au second plan. Même si le thème de nombreuses conférences concernait la télévision connectée, les expériences de second screen sur les companion devices de type tablettes et Smartphones, ont monopolisé les débats. En effet, ces applications semblent être au cœur de la stratégie des chaînes de télévision et des diffuseurs de contenu en général. Leur avenir et leur utilité sont sujets à débat. Si la plupart des professionnels présents envisage l’avenir avec sérénité, selon eux, aucune révolution majeure à venir pour 2012, leur désaccord sur certains sujets, comme le devenir des applications, était perceptible et traduisaitt leur inquiétude face au futur, même proche. L’industrie du contenu et des médias subit constamment de nouvelles mutations et il sera intéressant de voir quels sujets seront au cœur des débats dès la prochaine conférence Digital Hollywood, au mois de mars 2012.

Géraldine Durand

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