Cinéma

«Amélie» aux Etats Unis : les dessous d’un conte merveilleux

Date: 10/01/2002

 


Le Fabuleux Destin d’Amélie PoulainLe Fabuleux Destin d’Amélie Poulain Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain

Au lendemain de l’attaque contre le World Trade Center, tous les augures d’Hollywood annonçaient un retour à la comédie sentimentale et aux contes de fées. Miramax, le distributeur américain du film de Jean-Pierre Jeunet a su saisir l’occasion et réussir pour «Amélie» un lancement en profondeur, sans précédent pour un film français.

Après un démarrage dans trois salles (deux à New York et une à Los Angeles) le week-end du 2 novembre, “Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain”, rebaptisé “Amélie” aux Etats-Unis, a déjà récolté plus de 17,7 millions de dollars au box-office : lancé sur un nombre d’écrans relativement limité, le film de Jean-Pierre Jeunet confirme, au bout de deux mois d’exploitation, sa remarquable percée dans les salles américaines. La sortie en plusieurs étapes mise en place par Miramax correspond à la stratégie de l’exclusivité (“exclusive engagement”), c’est-à-dire l’exploitation du film sur un seul écran dans un nombre limité de grandes villes, précédant une sortie plus générale sur plusieurs semaines. Cette stratégie, utilisée autrefois par les studios pour leurs “blockbusters” mais oubliée aujourd’hui en raison des colossaux frais de promotion (27 M$ en moyenne pour un film d’une “major”) dont doivent profiter les films immédiatement, est employée parfois pour les films étrangers à fort potentiel commercial. L’avantage de cette méthode est qu’elle laisse au film le temps de s’imposer, de se créer un public : Miramax l’appliqua pour “La Vie est Belle” et obtint 58 millions de dollars au box-office et l’Oscar du meilleur film étranger. Miramax compte sur “Amélie” pour représenter en force les couleurs de la “mini-major” aux Oscars, dans la catégorie “meilleur film étranger”, mais également dans les catégories “meilleure actrice”, “meilleure réalisation”, voire “meilleur film”. Le film pourrait séduire les membres de l'”Academy” qui déterminent les nominations aux Oscars, particulièrement à l’heure où “Amélie” s’inscrit comme un antidote au climat qui a suivi les attaques du 11 septembre aux Etats-Unis : la presse recommande régulièrement d’aller voir ce film “dénué de violence” qui est une “bouffée d’air frais” dans le climat actuel. A l’excellente couverture médiatique (dont la couverture du Time Out à New York), s’ajoute l’effet “bouche-à-oreille” qui semble être particulièrement efficace autour de ce film. “Amélie” vient d’être nominé aux Golden Gobe 2002 dans la catégorie “meilleur film étranger”, cette cérémonie, qui aura lieu le 20 janvier 2002, est souvent considérée comme une sorte de répétition générale des Oscars. Avec 17,7 millions de dollars recueillis au box-office à la fin 2001, “Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain” est déjà le plus grand succès historique pour un film en langue française aux Etats-Unis. La persistance de la fructueuse exploitation pilotée par Miramax ainsi que l’éventuel “effet Oscars” pourraient accentuer davantage la percée d'”Amélie” et du cinéma français sur le marché des salles commerciales américaines.

EN CHIFFRES
En première semaine, “Amélie” avait fait son entrée à la 29ème place du box-office américain avec trois copies puis était passé à la 16ème position en deuxième semaine, avec une distribution dans 48 salles, avant de grimper à la onzième place à l’issue du week-end du 16 au 18 novembre. Depuis cette date, le film de Jean-Pierre Jeunet est distribué dans 220 salles en moyenne. Sur les six dernières semaines le film réalise l’excellente moyenne de 8020 dollars par écran. Ces moyennes lui permettent de se retrouver chaque semaine dans les vingt premiers du classement américain, résultat d’autant plus remarquable qu’il se bâtit sur un nombre de salles extrêmement limité en comparaison avec les “blockbusters” américains. A l’opposé des films de “majors” qui réalisent le principal de leurs recettes au box-office sur les premières semaines d’exploitation, le film de Jean-Pierre Jeunet a vu ses recettes grossir au long de son exploitation (augmentation de 40% pour la dernière semaine de décembre).

Emmanuel PERREAU


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