Cinéma

35ème édition du Festival International du Film de Toronto (09-19 septembre 2010)

Date: 18/10/2010



Toronto International Film Festival

Toute l’industrie cinématographique était présente à Toronto pour assister à cette nouvelle édition d’un festival de cinéma qui s’impose année après année dans le sillage de celui  de Cannes. Les professionnels attendaient beaucoup de cette édition pour relancer un marché quelque peu en berne depuis 2009. La France, très présente dans la sélection, y a fait une rentrée remarquée qui marque semble-t-il le début d’une reprise des exportations. Si cette année, les organisateurs du festival ont été confrontés à quelques problèmes de logistiques, le Toronto International Film Festival (TIFF) reste un évènement majeur du marché mondial du cinéma et le rendez-vous de la rentrée des distributeurs nord-américains. L’inauguration cette année, du « Palais des Festivals », la Bell Lightbox, devrait donner encore d’avantage d’ampleur à cet évènement.

L’essor de Toronto comme ville du cinéma et du TIFF comme festival de premier plan

Si Toronto est aujourd’hui considérée comme le « Hollywood du nord », c’est non seulement parce que la ville s’est hissée au troisième rang mondial des lieux de tournages, derrière New-York et Los Angeles, mais aussi parce qu’elle a su attirer les investissements avec la mise en place d’un crédit d’impôt canadien et d’un véritable pôle industriel, de la préparation à la post-production en passant par les effets spéciaux.  Le TIFF reflète bien cette évolution. Conçu initialement comme une vitrine pour les autres festivals, « Festival of Festivals » lors de son lancement en 1975, le TIFF a pris une ampleur aujourd’hui considérable, pour devenir un rendez-vous de cinéma populaire, incontournable pour l’industrie, les stars et le public mais aussi un tremplin pour les distributeurs dans la perspective des Oscars. Festival sans compétition ni jury et qui ne remet qu’un prix du public, il est aujourd’hui clairement orienté côté marché, indépendamment de son immense succès auprès du public: John Kochman de Unifrance New-York le décrit ainsi comme « un marché avec un festival autour ».

Une année charnière pour le TIFF avec la création de la « Bell Lightbox », nouvelle maison du cinéma

2010 marque un tournant dans l’histoire du TIFF, avec la concrétisation d’un projet vieux de quinze ans : l’inauguration de la Bell Lightbox, sorte de Palais des festivals, lieu de rencontres et maison permanente du cinéma. Ce très bel espace, d’un budget total de 192 millions de dollars, finance en majorité par Bell mais aussi par le gouvernement ontarien, comporte 5 salles de cinéma, des galeries, ateliers, espaces de rencontres, médiathèque, boutiques, restaurants… et se veut également un lieu d’accueil pour les autres festivals qui souhaiteraient profiter de ses infrastructures. Au programme de la saison, « The Essential Cinema », une sélection des 100 plus grands films de l’histoire du cinéma; des projections exclusives de films récents comme Carlos de Olivier Assayas et des installations vidéo de Atom Egoyan entre autres.

Une présence française remarquée, grâce au travail d’Unifrance

L’édition 2010 du TIFF offrait plus de 300 films, pour la moitié d’entre eux toujours en quête de distributeurs locaux, avec de nombreuses avant-premières. Sur les 21 films français sélectionnés, trois étaient présentés dans la catégorie « Gala », la plus prestigieuse et surtout la plus couverte médiatiquement: Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet, Potiche de François Ozon et Elle s’apellait Sarah de Gilles Paquet-Brenner. Le film L’amour fou de Pierre Thoretton a remporté le Prix Fipresci (Fédération International des Critiques de Cinéma) dans la catégorie « Special Presentations » dans laquelle étaient également projetés les films L’Homme qui voulait vivre sa vie de Eric Lartigau ou Crime d’amour de Alain Corneau. La délégation française était composée d’une trentaine d’artistes, acteurs et réalisateurs, parmi lesquels Catherine Deneuve, Marion Cotillard, Vincent Cassel, Guillaume Canet, Romain Duris, Ludivine Sagnier, Rachid Bouchareb, Benoit Jacquot, Catherine Breillat…

Unifrance continue activement son travail de promotion du cinéma français et d’accompagnement des films à l’étranger. En l’honneur de la délégation et en partenariat avec le Consulat de France, Unifrance a organisé une réception de 250 personnes. Pour la première fois, en plus des professionnels nord-américains  (producteurs, vendeurs, acheteurs, directeurs de festivals, journalistes nord-américains), les acheteurs du monde entier ont été associés, conformément aux souhaits de l’ADEF (Association des Exportateurs de Films). Par ailleurs, Unifrance souhaite développer à l’avenir les rencontres entre artistes français et canadiens. Il faut enfin souligner le soutien apporté par Ubifrance, comme l’année passée, à Unifrance et aux exportateurs de films, avec notamment la location d’espaces de rencontres entre acheteurs et vendeurs.

Les premiers signes d’une reprise du marché et une relative bonne santé pour les films français

Selon Variety (Festive Toronto could generate business – 9 septembre 2010), le TIFF lançait son édition la plus ambitieuse cette année avec l’ouverture de la Bell Lightbox. Le bilan tiré par le magazine professionnel s’est avéré très positif puisque Variety (Buyers busy at Toronto – 20 septembre 2010) décrivait le TIFF 2010 comme le festival le plus productif de ces dernières années, en termes de marchés et d’acquisitions. Une série de ventes a ainsi été annoncée pendant le festival même. Potiche, dont Variety prévoyait qu’il se vendrait facilement, a été acheté dans la majorité des territoires; Maple Pictures a fait l’acquisition de Les Petits Mouchoirs pour le Canada; Weinstein Company de Elle s’apellait Sarah pour les Etats-Unis; Mongrel de 4 films français dont Des Hommes et des dieux de Xavier Beauvois pour le Canada, etc. Un article de Variety consacré au marché français (French at toronto: aiming wide within budget – 13 septembre 2010) estimait que les sources de financement de l’industrie cinématographique française tendaient à se réduire du fait de la baisse des pré-ventes internationales, des minimum garantis, de l’investissement des chaînes de télévision et même des aides régionales. Dès lors, du fait des niveaux de transactions encore faibles sur le marché des ventes internationales malgré la reprise, les vendeurs se concentrent de plus en plus sur des films français à fort potentiel commercial et sur des coproductions étrangères de prestige; les prix de ces films très attractifs pour le marché ayant tendance à se stabiliser.

Malgré tout, le TIFF reste encore peu impliqué dans l’accompagnement des films hors-gala, voire plus généralement des films non américains (pas d’accueil, d’hébergement ou de transport des artistes…). Le Festival a également connu cette année quelques dysfonctionnements dont le film Les Petits Mouchoirs a d’ailleurs fait les frais. Un problème technique a, en effet, empêché la diffusion du film avec son sous-titrage numérique, amenant une partie des spectateurs non francophones à quitter la salle de gala pour visionner le film dans une plus petite salle. Quant à la Bell Lightbox, annoncée par les organisateurs comme le nouvel espace de rencontres pour les professionnels, elle n’a ouvert que le 12 septembre, soit quatre jours après le début du TIFF: elle n’a pu devenir le centre d’activité annoncé et est restée un simple lieu de projections pour cette édition 2010. Enfin, malgré les signes de reprise, les vendeurs estiment qu’il manque encore une ligne directrice au marché: personne ne souhaite prendre de risques car on ne sait toujours pas ce qui va marcher et les acheteurs jouent la carte de la prudence. Selon Régine Hatchondo, Directrice générale de Unifrance Paris, dans un contexte qui voit le parc de salles de cinéma indépendantes se réduire de plus en plus, une solution de distribution alternative pourrait résider, pour les films indépendants, dans la diffusion numérique et la vidéo à la demande, ce qui leur permettrait de toucher un public plus large.

Marie Herault-Delanoe


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