Cinéma

85ème saison des Oscars : Bilan et tendances

Date: 13/03/2013


Les Oscars

Moment central de la promotion du cinéma, aux enjeux financiers notables, la saison des oscars a vu le retour des « Majors » et de films aux qualités artistiques indéniables qui ciblent le public adulte.


1/ La saison des Oscars, un outil toujours central de promotion du cinéma

De septembre à février se déroule la « Awards Season » ou saison des Oscars. Ses moments les plus visibles sont les festivals de Telluride et de Toronto qui en marquent le lancement, les Golden Globes, et bien entendu la cérémonie des Oscars qui la clôture. Pendant 6 mois se succèdent les festivals, les remises de prix (associations professionnelles comme la Director’s Guild Of America ou la Screen Actors Guild…), les conférences ou les projections, qui sont autant d’occasion de rencontres professionnelles et de promotions des films présents ou à venir.

Les enjeux de cette saison restent majeurs. Dans un monde où l’offre culturelle est gigantesque, et le marché âprement concurrentiel, l’effet de notoriété des récompenses procure des bénéfices financiers sensibles. C’est vrai tout d’abord des entrées en salles. Pour ne prendre qu’un exemple, en 2009, Slumdog Millionnaire avait vu ses entrées augmenter de 30% après avoir reçu un Oscar. Au-delà des salles, c’est également un accélérateur des ventes de DVD et sur les plateformes digitales ou encore de diffusion internationale. Un artiste, un réalisateur, un technicien récompensé, ou simplement nominé, a plus de chances d’être retenu par des studios qui cherchent à minimiser leurs risques. Enfin, les médias qui diffusent les cérémonies sont eux aussi confrontés à des enjeux énormes. La cérémonie des Oscars, pour la chaîne ABC qui la diffuse, c’est plus de 40 millions de téléspectateurs, et une minute de publicité vendue cette année valait 1,7 million de dollars.

Cette saison est avant tout une succession de campagnes électorales, qui visent à emporter les suffrages des votants, en premier lieu les membres de l’Académie des Oscars (Academy of motion pictures arts and sciences). Comme toute campagne électorale aux Etats-Unis, beaucoup d’argent est en jeu. La rivalité cette année entre la Warner (Argo) et Disney (Lincoln) aura entrainé des dépenses en marketing que certains estiment à plus de 10 millions de dollars. Cela a commencé par la fabrication et l’envoi de milliers de « screeners », aux membres de l’Académie (environ 6000) et à ceux des guildes (plus de 15 000 pour la Director’s Guild et plus de 165 000 pour la Screen Actors Guild), sans beaucoup se soucier des risques de piratage. Cela s’est poursuivi par les publications dans les journaux (une première page dans la bible hollywoodienne, le quotidien Variety, coûte 80 000 $), les spots TV (Warner a acheté trente minutes en prime time sur NBC quelques jours avant la clôture des votes pour la diffusion d’un « making-off » d’Argo), les déplacements des stars aux quatre coins du pays pour des coûts souvent exorbitants et enfin l’organisation des nombreuses projections et réceptions. Dans cette campagne, l’essentiel est d’être vu et que l’on parle du film. Steven Spielberg a fait se déplacer le président Clinton lors de la cérémonie des Golden Globes pour présenter, et donc promouvoir son film Lincoln.


2/ Les enseignements des palmarès

Le premier enseignement, c’est le retour des « Majors » alors que les éditions précédentes ont été marquées par la présence des sociétés indépendantes, en particulier celle de la Weinstein Company. Ainsi, sur les 9 films nominés cette année pour l’Oscar du Meilleur film, 7 d’entre eux avaient dépassé les 100 millions de dollars de recettes dans le monde. Les grands studios ont produit des films aux qualités artistiques indéniables, ont mobilisé d’importants moyens marketing et ont adopté des stratégies de promotion systématiques très en amont. Les deux grands gagnants de la 85ème cérémonie, Argo, de Ben Affleck et Life Of Pi d’Ang Lee, ont ainsi été projetés pour la première fois dès septembre. Le premier au festival de Telluride, qui devient un sérieux indicateur des films qui marqueront la saison, le second au festival de New York.

Cependant, aucun studio n’aura véritablement dominé tant les récompenses ont été réparties. La 20th Century Fox a remporté 4 Oscars pour Life Of Pi mais un seul majeur, celui du meilleur réalisateur. Argo a créé l’événement et remporté 3 Oscars dont celui du meilleur film. Les deux grands perdants de la soirée auront été Steven Spielberg car Lincoln, malgré ses 12 nominations n’a remporté que 2 Oscars, dont celui du meilleur acteur pour Daniel Day-Lewis, et Kathryn Bigelow qui n’a obtenu que l’Oscar du meilleur montage son pour Zero Dark Thirty.

Le troisième enseignement, c’est que le public adulte redevient une cible des studios, après des années de domination des franchises très coûteuses, destinées avant tout au public adolescent, comme Avengers. C’est le retour de films aux budgets modestes pour Hollywood (en moyenne 50 millions de dollars) dont l’existence est rendue possible par une baisse des coûts de production et un partage des risques avec des producteurs indépendants tels que Megan Ellison (fille du milliardaire fondateur d’Oracle, Larry Ellison) qui a cofinancé Zero Dark Thirty ou The Master de Paul Thomas Anderson.

Ce sont des films dont les qualités sont indéniables et qui ont un véritable contenu. On se rappellera du message de Lincoln sur la responsabilité en politique et sur ce qu’est un homme d’Etat, qui a trouvé une forte résonance durant la campagne présidentielle. On se rappellera la controverse sur l’esclavage déclenchée par Django Unchained, alors qu’il n’est pas du tout certain que son message soit moins profond et moins marquant dans la culture populaire que celui du plus policé Lincoln. Zero dark Thirty a également été accusé de légitimer la torture dans la lutte contre le terrorisme, tout autant que de ne pas reconstituer fidèlement la traque de Ben Laden. Si la polémique ne lui aura pas profité dans la course aux Oscars, elle lui aura été favorable au plan financier (136 millions de dollars de recettes).

Enfin, on a vu l’apparition de films produits grâce à un financement collaboratif au travers de la plateforme internet Kickstarter. Le court-métrage documentaire Inocente a ainsi été récompensé et deux autres films courts ainsi produits ont été nominés. Cette plateforme créée en 2009, permet non seulement le financement et la concrétisation de projets fragiles, mais crée également autour d’eux une communauté de personnes qui deviendront par la suite les premiers spectateurs et promoteurs de l’œuvre. Reste à voir si ce modèle se pérennisera et quelle place véritable il prendra.

Cette saison aura aussi rappelé la toujours aussi grande proximité d’Hollywood avec le monde politique. Au-delà de la venue du président Clinton au Golden Globes, on notera par exemple la rencontre du Vice-Président Biden avec Bradley Cooper et David O. Russel, acteur et réalisateur du film Silver Linings Playbook (Happiness Therapy selon le titre français), pour évoquer la politique de l’Administration en matière de traitement de certaines maladies mentales comme celle évoquée dans leur film.

Surtout, on se rappellera que c’est une Michelle Obama rayonnante qui a solennellement décerné depuis la Maison Blanche la récompense reine, celle du meilleur film, devant plus de 40 millions de téléspectateurs…

 

Adrien SARRE et Axel CRUAU


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