Cinéma

L’ancien Sénateur Christopher Dodd prend la tête de la Motion Picture Association of America (MPAA)

Date: 14/03/2011



Christopher Dodd

Après un processus de sélection de plus d’un an, la Motion Picture Association of America (MPAA) a finalement désigné l’ancien Sénateur démocrate Christopher Dodd au poste de chairman et CEO de l’association. Alors que la candidature du Sénateur Bob Kerrey avait divisé les professionnels, la nomination de l’ancien sénateur du Connecticut semble les rassembler.

Fondée en 1922, la MPAA a pour rôle de défendre, auprès du gouvernement fédéral, les intérêts de ses membres, c’est-à-dire, à l’origine, les grands studios hollywoodiens. Elle gère également le système de classification américain. L’appartenance à cette association est encore aujourd’hui le critère de différenciation entre les majors et les studios indépendants, comme Lionsgate, Summit Entertainment ou la Weinstein Company par exemple.

Représentant de l’Etat du Connecticut pendant 30 ans, Christopher Dodd a, au cours de sa carrière, fait partie de plusieurs comités du Sénat dont celui sur les activités bancaires et sur le logement. Il était également co-rédacteur du projet de loi sur la réforme du système financier américain (Wall Street Reform and Consumer Protection Act), dont la rédaction a suivi la crise de 2008. C’est le vote de ce texte de loi qui a mis un terme aux tentatives de création des « bourses des films » (Voir l’article du 22 juillet 2010, Le Congrès met un terme aux projets de “bourses de films”) auxquelles la MPAA était fortement opposée. Chrisopher Dodd s’est également impliqué dans la réforme de la sécurité sociale américaine.

Plus connu que Jack Valenti quand celui-ci avait pris ses fonctions en 1966, la tâche qui l’attend est très différente de celle qui attendait alors son illustre prédécesseur. L’évolution constante des formes de la piraterie et des modèles de distribution représente un véritable défi pour la MPAA, tout comme la gestion des intérêts divergents des différents conglomérats de médias américains qui en sont membres. En effet, la MPAA compte désormais parmi ses membres des représentants du monde de la télévision, du secteur de l’électronique, des chaînes de télévision payantes, etc. dont les intérêts s’opposent fréquemment. Ces tensions expliquent en partie le départ de Dan Glickman il y a un an et les difficultés à le remplacer.

La peur de voir la MPAA se transformer en un lobby comme les autres, ou en une association professionnelle en perte de vitesse face à la montée des industries techniques, a certainement joué un rôle important dans la nomination de Christopher Dodd. Ces peurs ont été renforcées il y a quelques semaines, lors d’un déplacement du Président Obama en Californie sur le thème de l’innovation, au cours duquel celui-ci a rencontré uniquement les responsables de la Silicon Valley, faisant l’impasse sur les sociétés d’entertainment.

Autre sujet de préoccupation pour la MPAA, la fréquentation des salles de cinéma stagne depuis 10 ans et elle a baissé de 22% depuis le début de l’année comparée au début de l’année 2010. Les ventes de DVD se sont également effondrées au cours de la dernière décennie et le taux d’audience de la cérémonie des Oscar, diffusée fin février sur la chaîne ABC, a baissé de 10% par rapport à 2010. Autant d’éléments qui sont perçus par certains comme des symboles de la baisse de notoriété de ce secteur.

Selon Barry Meyer, Chairman-CEO de Warner Bros. Entertainment et membre du board de la MPAA, « Nous avons tous senti qu’il était important de redonner sa place à notre industrie, à savoir un secteur d’exportation essentiel pour le pays, qui crée des emplois, qui innove, qui est à la pointe des nouvelles technologies et qui, dans une certaine mesure, a perdu une partie de son prestige ces dernières années. Nous avions besoin d’une véritable figure nationale pour rajeunir notre organisation ».

Selon Jim Giannopoulos, chairman de Fox Filmed Entertainment : « Le Sénateur Dodd est un leader habitué à mener des batailles sur des sujets essentiels pour notre pays et cela l’a sans aucun doute préparé à être l’Ambassadeur de l’industrie du cinéma ».

Les studios ont également souligné la capacité de Chris Dodd à franchir les barrières partisanes, élément important étant donné le contrôle de la Chambre des représentants par les Républicains. D’autres à Hollywood, de manière officieuse et polémique, font remarquer qu’il a été le Président du comité des activités bancaires avant la crise bancaire qui a plongé le pays dans une crise économique de grande ampleur. Ils espèrent donc qu’il sera plus clairvoyant quant à l’avenir de l’industrie, même si globalement tous s’accordent à reconnaître l’homme politique très habile qu’est Chris Dodd. Certains en profitent d’ailleurs pour ajouter “peut-être trop politique, trop traditionnel”, et regrettent que la MPAA n’ait pas fait un choix innovant en choisissant quelqu’un de plus créatif pour ce poste.

Chris Dodd succèdera à Bob Pisano le 17 mars prochain. Ce dernier assurait l’intérim depuis le départ de Dan Glickman.

En janvier 2010, Christopher Dodd avait annoncé qu’il renonçait à se présenter à sa propre succession. Une polémique concernant ses liens avec la société de subprime Countrywide Financial rendait sa réélection compromise.

Il devrait recevoir 1,5 millions de dollars de salaire annuel contre 1,3 millions de dollars par an versés pendant 5 ans à son prédécesseur, Dan Glickman.

Dans une interview au journal Variety, Chris Dodd a annoncé que pour lui, le piratage numérique et toutes les questions liées à la protection de la propriété intellectuelle étaient essentiels. Garantir l’ouverture des marchés et s’assurer que des questions politiques ne bloquent pas l’accès des produits américains au marché chinois et au Moyen-Orient, sont d’autres sujets centraux pour lui. Depuis des années, les Américains tentent de percer les marchés émergents, notamment chinois, indiens et arabes, et se trouvent confrontés à des règles protectionnistes qu’ils estiment trop rigides. Ils doivent notamment faire face à des concurrents locaux qui s’organisent en véritables contre-modèles, développant eux aussi des produits de masse non-américains, même si souvent américanisés (Reliance en Inde, Rotana dans le monde arabe, eSun en Chine, etc.).

Pour rappel, au cours des derniers mois, la MPAA s’est fortement engagée pour l’Anti-Counterfeiting Trade Agreement (proposition de traité international multilatéral concernant les droits de la propriété intellectuelle) et pour le Combating Online Infringement and Counterfeits Act, projet de loi présenté au sénat par le Sénateur Patrick Leahy fin 2010 et qui vise à faciliter la fermeture, par le Département de la Justice américain, des sites Internet coupables de violation de la propriété intellectuelle, qu’ils soient basés aux Etats-Unis ou à l’étranger. (Voir les positions de la MPAA concernant la lutte contre la piraterie : Lutte contre la piraterie : Positions des différents acteurs et mise en application).

Chris Dodd named MPAA chief, de Ted Johnson, Variety, 1er mars 2011

Official: Chris Dodd to Lead MPAA, d’Alex Ben Block, The Hollywood Reporter, 1er mars 2011

Géraldine Durand et Mathieu Fournet


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1 - Les enjeux de Charles Rivkin, futur président de la MPAA et ancien ambassadeur des Etats-Unis en France « Mediamerica | 14.03.11

[…] septembre 2017 CEO de la MPAA, il en prendra la présidence en janvier 2018,  après le départ de Chris Dodd, actuel président et ancien sénateur très […]


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