Cinéma

Chronologie des médias : les films en vidéo à la demande 60 jours après leur sortie en salles

Date: 12/05/2011



Les films sont désormais disponibles en VOD 60 jours après leur sortie en salles

2010 était pressentie comme une année de transformations pour la chronologie des médias aux Etats-Unis (Voir l’article du 28 mai 2010 La chronologie des médias en débat à Hollywood). C’est finalement pour 2011 que ces évolutions se profilent.

Face à la croissance de la vidéo à la demande (VOD) aux Etats-Unis (Voir l’article du 11 avril 2011 VOD sur Internet : l’achat de contenu bientôt devancé par la location), les studios hollywoodiens proposent de plus en plus leurs blockbusters en VOD dès leur mise en vente en DVD et en Blu-ray. Ce fut le cas récemment du film Harry Potter et les reliques de la mort – partie 1, distribué par Warner Bros.

Ils ont également décidé de relancer l’opération The Video Store Just Moved In (Voir l’article du 9 avril 2010 Câblo-opérateurs et studios s’unissent pour soutenir la Vidéo à la Demande). Campagne de communication lancée au printemps 2010 par des opérateurs du câble et du satellite et des studios américains, l’opération d’un coût de 30 millions de dollars avait pour but de promouvoir les services de VOD proposés par les opérateurs de la télévision payante américains. Selon ces opérateurs, la campagne, qui s’est étalée entre le 1er mars et le 6 juin 2010, a permis de faire progresser l’utilisation de la VOD de 18% parmi les nouveaux utilisateurs du service et de 36% parmi les utilisateurs occasionnels, soit un revenu supplémentaire de près de 2,13$ par boîtier. La nouvelle campagne devrait être lancée prochainement et rassembler un plus grand nombre d’acteurs, dont Disney et Paramount qui n’étaient pas associés au projet l’année passée.

L’annonce la plus remarquée dans ce secteur reste cependant celle faite récemment par 4 studios hollywoodiens, Warner Brothers, Sony Pictures Entertainment, 20th Century Fox et Universal Pictures. Depuis le début du mois de mai, ces studios proposent leurs films en VOD 60 jours après leur sortie en salles sur le service Home Premiere lancé par le 1er opérateur du satellite aux Etats-Unis, DirecTV.

S’exprimant à ce sujet, Kevin Tsujihara, Président exécutif de Warner Bros. Home Entertainment Group, a souligné que la chronologie actuelle n’avait pas beaucoup de sens, vu que les consommateurs avaient déjà accès aux films avant leur sortie en VOD, mais de façon illégale : « Notre objectif est de créer une offre légale ».

Aux Etats-Unis, contrairement à l’Europe, la chronologie des médias n’est pas déterminée par voie législative ou réglementaire. Elle s’établit à l’issue de négociations, au coup par coup, entre les ayants-droits et les distributeurs (VOD : Chronologie des médias).

Selon Kevin Tsujihara, de nombreux éléments ont été pris en compte avant de lancer ce qu’il considère comme une période de tests. Les questions de piraterie et de coût ont été étudiées de près, tout comme la question de la chronologie, afin d’éviter de porter atteinte au box office des salles américaines. Le prix, soit 30$ par film pour un visionnage sur deux à trois jours, a notamment été choisi afin de souligner la valeur du contenu proposé. Pour lui, les services comme Netflix et Redbox, en proposant du contenu à moindre coût, ont porté atteinte à l’image de ce contenu. Revaloriser ces films sera aussi bénéfique pour les salles.

La fenêtre de 60 jours aurait été calculée en fonction des tendances du box office : selon Warner Bros., les films font l’essentiel de leur chiffre d’affaires dans les salles au cours des six premières semaines de leur exploitation. D’autre part, la diffusion en VOD sera étudiée avec soin pour chaque film, notamment pour ceux ayant un fort potentiel sur la durée, assure Jeff Robinov, Président Exécutif de Warner Brothers Films. Il ajoute que DirecTV ne pourra pas communiquer sur la diffusion en VOD des films plus d’une semaine avant leur 1ère diffusion sur le service, afin de ne pas entrer en conflit avec la campagne de communication lancée pour la sortie en salles.

Bien que les studios aient commencé à évoquer leur souhait de réduire la fenêtre de diffusion de leurs films il y a déjà quelques années, le manque de certitudes quant à la sécurité du contenu les avait jusqu’à présent retenus. Sans ce genre de précautions, leur démarche aurait pu porter atteinte au marché du home video qui rapporte près de 19 milliards de dollars chaque année. Le service Home Premiere aura recours à un système de tatouage numérique similaire à celui utilisé pour les DVD envoyés au jury des Oscars et qui permet de retrouver le destinataire initial du film. D’autre part, l’opérateur du satellite n’a pas hésité à remplacer les boîtiers installés dans les foyers avec des équipements dotés de cette technologie. Enfin, en ne collaborant qu’avec un seul opérateur, les studios pourront observer avec plus de facilité la manière dont les 8 à 10 millions de foyers concernés réagissent à la mise en place de ce système.

Pour Warner Bros., la phase de test devrait durer au moins jusqu’à la fin de l’année 2011. Mais l’objectif est de développer des offres similaires avec d’autres opérateurs qui accepteront de mettre en place les protections anti-piraterie nécessaires.

Malgré les précautions prises et annoncées vis-à-vis des exploitants, ces derniers n’ont pas apprécié la nouvelle. Jusqu’à présent, les salles de cinéma avaient en moyenne 4 mois d’exclusivité pour exploiter les films en salles et ces films étaient ensuite proposés en vidéo à la demande pour une moyenne de 5$. Les représentants de l’association des propriétaires de salles, la National Association of Theater Owners, ont exprimé « leur surprise et leur profonde déception ». Ils considèrent cette démarche comme une tentative, de la part des studios, d’accroître leurs revenus au détriment de celui des salles de cinéma. En effet, les studios devraient récupérer jusqu’à 80% des revenus générés par ces diffusions à la demande « en avant-première », une part bien supérieure à celle qu’ils engrangent sur la vente de tickets de cinéma. Les exploitants ont annoncé qu’ils envisageaient de refuser de diffuser certains des titres choisis pour une diffusion sur Home Premiere. Ainsi, le nouveau service de DirecTV risque de mettre en péril les relations entre les principaux acteurs de l’industrie du cinéma aux Etats-Unis.

WB seizes the moment for VOD, de Marc Graser et Cynthia Littleton, Variety, 19 avril 2011

High-profile pics take fast track to VOD, de Marc Graser, Variety, 14 avril 2011

4 Studios Plan to Put New Movies on Home Screens Sooner, de Michael Cieply et Brooks Barnes, New York Times, 31 mars 2011

Géraldine Durand


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