Cinéma

Le cinéma français au Québec – bilan et propositions

Date: 03/08/2010



"Mesrine – l’Instinct de Mort", pourtant tourné en partie à Montréal et avec un acteur québécois (Roy Dupuis), ne sortira au Québec que deux ans après sa sortie en France.

L’année 2009 a été mauvaise pour le cinéma français au Québec : 900 000 entrées, soit 3,4% de parts de marché (75% pour les films américains, 12% pour le cinéma québécois). Selon les données compilées par Unifrance, le cru 2010 s’annonce meilleur (495 000 entrées pour le premier semestre, dont 58 000 pour Le petit Nicolas et 45 000 pour Un Prophète). L’objectif de repasser au-dessus du million d’entrées semble réalisable.

Mais ces chiffres restent fragiles. Le Consulat général a réuni des professionnels du secteur (distributeurs, exploitants de salles, responsable de festivals) pour identifier les moyens de lutter contre l’érosion de la part du cinéma français au Québec.

Le Regroupement des distributeurs indépendants (Axia Films, K-Films Amériques, Funfilm…) a présenté à cette occasion ses « propositions pour le cinéma français au Québec ». Son constat rejoint le nôtre sur les handicaps structurels du cinéma français au Québec : manque d’écrans pour le cinéma indépendant depuis la fermeture de la salle de l’ex-Centris, faible présence à l’extérieur de Montréal et sur les chaînes de télévision en dehors de chaînes payantes à l’audience limitée.

Les pistes proposées insistent sur la promotion et les tournées d’artistes. Le Regroupement (qui réalise la majorité des achats de films français mais une part modeste des entrées) réclame également du matériel promotionnel pour permettre à ses membres de mieux préparer la sortie des films.


Il est clair que de nombreux films français sont distribués au Québec dans de mauvaises conditions. Les problèmes sont désormais bien connus :

Les budgets de promotion sont grevés par des prix d’achat surévalués, et les délais entre la sortie française et celle au Québec restent excessifs. Selon le calcul effectué par Mario Fortin, propriétaire du cinéma Beaubien, la valeur médiane de ce délai est aujourd’hui de 142 jours. Les distributeurs québécois ne maîtrisent plus ce calendrier : prévu en juillet, le lancement du Concert a dû être annulé à la dernière minute et reporté d’un mois par Séville pour se conformer à la sortie aux Etats-Unis. Le cas le plus extrême est celui du film Mesrine – l’instinct de mort, pourtant tourné en partie à Montréal et avec un acteur québécois (Roy Dupuis), dont la sortie est annoncée pour le 13 août, soit plus de deux ans après sa distribution en France.

Le réseau des salles indépendantes des majors est menacé : à Montréal, depuis la fermeture du complexe Ex-Centris (qui n’exploite plus qu’une salle, celle du cinéma Parallèle), seuls le Beaubien et le Quartier latin programment régulièrement des films français. Les tentatives pour obtenir la réouverture de l’Ex-centris se heurtent au coût de l’opération, pour laquelle la Ministre de la culture a refusé d’accorder une subvention de 12,5 millions de dollars. Les investissements nécessaires à la numérisation des salles ont également retardé leur modernisation – le vote de la loi Herbillon sur l’aide à l’équipement numérique des salles a été suivi avec intérêt au Québec.

Le paysage des festivals montréalais est plus morcelé que jamais. De nouveaux festivals tentent d’occuper des niches sectorielles (cinéma fantastique pour « Fantasia », qui connaît un succès croissant) au détriment des « historiques » (Festival des Films du Monde dirigé depuis plus de trente ans par Serge Losique, Festival du Nouveau Cinéma de Claude Chamberlan). La SODEC (société d’Etat chargée du développement des industries culturelles), dirigée depuis cette année par un ancien distributeur, François Macerola, souhaite désormais privilégier les événements susceptibles de fédérer le potentiel montréalais. Cinémania, seul festival consacré au cinéma français, reste un cas à part, largement financé par le secteur privé, mais qui peut offrir une bonne vitrine aux professionnels français.


M. Macerola souhaite par ailleurs réexaminer les dispositifs d’aide à la distribution et à la coproduction. La partie québécoise estime que le protocole sur la distribution signé fin 1997 entre la SODEC et le CNC sous l’égide des Ministres de la culture, fonctionne de façon déséquilibrée : les films québécois recevraient une aide proportionnellement très inférieure à celle consentie pour la promotion des films français au Québec.

S’il semble difficilement envisageable de recourir à un dispositif spécial pour le Québec, une action au titre de l’aide du CNC aux cinématographies peu diffusées pourrait être une bonne façon de prendre en compte cette préoccupation et de maintenir un dispositif qui fonctionne bien.

La coproduction offre par ailleurs un potentiel important, que ne doit pas faire oublier l’échec relatif de plusieurs films sans doute trop imprégnés des clichés de la relation franco-québécoise. Les projets de Xavier Dolan, jeune cinéaste québécois révélé à Cannes en 2009, avec MK2 semblent à cet égard très prometteurs.

Le Consulat général s’associera à plusieurs opérations de promotion du cinéma français à l’automne, à l’occasion des festivals montréalais mais aussi de certaines sorties commerciales. Alliance Vivafilms, principal distributeur québécois, semble ainsi beaucoup miser sur le potentiel de L’Arnacoeur, pour lequel une importante campagne de promotion est prévue.

Nous participerons également à la rétrospective Benoît Jacquot organisée du 7 au 11 septembre à la Cinémathèque québécoise, en présence du réalisateur et avec le soutien de Cultures France. Après le succès de la rétrospective Raymond Depardon en septembre 2009, cette opération traduit la volonté de la Cinémathèque québécoise de poursuivre un partenariat qui devrait trouver de nouvelles applications en 2011 (projet d’exposition Tati et de rétrospectives Sandrine Bonnaire et Olivier Assayas, toujours avec le département cinéma de Cultures France).

L’accès au marché québécois est de plus en plus complexe pour le cinéma français. Les difficultés structurelles identifiées ne trouveront pas de solution rapide. La volonté affichée par la SODEC de travailler ensemble doit être relevée dans ce contexte. C’est par la concertation avec tous les organismes intéressés (CNC, Unifrance, Cultures France notamment) et par la mutualisation de nos moyens que nous pouvons espérer améliorer nos positions.

François Croquette


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