Cinéma

Conférence sur l’avenir du cinéma dans le cadre du festival de Tribeca : distribution et nouvelles technologies

Date: 10/05/2013


“Future of Film” dans le cadre du Festival de Tribeca

À l’occasion du Tribeca Film Festival (17-28 avril), la salle 92YTribeca accueillait une série de panels sur l’avenir de l’industrie cinématographique intitulée “Future of Film”. Une belle opportunité d’écouter des professionnels de ce secteur s’exprimer sur les attentes du consommateur en matière de cinéma et d’anticiper les évolutions du marché en termes de nouvelles technologies.

 
« The Big Picture : Film Distribution Today » réunissait Josh Topolsky (fondateur et rédacteur en chef du site internet The Verge), modérateur, Richard Wellerstein d’AT&T U-Verse, Mike Imbesi de Comcast, Avner Ronen de Boxee (cf. Boxee : la plate-forme de VOD sur Internet en plein développement), et Kristin Jones du studio multi-plateforme indépendant Vuguru. Ils ont évoqué plusieurs thèmes pêle-mêle.
 

Va-t-on encore au cinéma ?
Josh Topolsky et Avner Ronen lancent la conversation en dressant un état des lieux de la distribution cinématographique aujourd’hui, tout en abordant la fréquentation des salles. Il en ressort que l’industrie semble désormais vouloir faire payer au consommateur six différents montants pour un même film, c’est-à-dire la place de cinéma, l’achat du DVD, la diffusion sur le câble, etc. On constate donc une consommation du cinéma qui devient plus sédentaire, plus restreinte au cadre familial avec le succès du home cinema et d’outils de visionnage en streaming tels que Netflix. Aujourd’hui, les consommateurs privilégient l’expérience du cinéma chez eux, phénomène lié au coût prohibitif des séances de cinéma qui contraint le public à effectuer un choix réfléchi avant de se rendre en salle et à espacer cette sortie populaire. Les blockbusters ont toujours l’avantage sur les films à plus petits budgets, lesquels résistent tout de même grâce au niveau de confiance instauré par des institutions telles que Tribeca, Sundance et par les bonnes critiques publiées dans des magazines respectés.

 

Regarde-t-on toujours des DVDs ?
Le DVD représente aujourd’hui 35% du chiffre d’affaires d’un film mais le marché s’amenuise et est progressivement remplacé par celui de la Video-on-Demand. Cependant, les marges générées par celle-ci sont faibles. Il faut donc que les distributeurs accentuent leurs efforts sur la VOD et réfléchissent aux autres évolutions possibles pour préserver le marché du film. Ils pourraient notamment se concentrer sur le rayonnement international de leurs titres et sur les licences pour les jeux vidéo.
Quel avenir pour les concurrents de la VOD ?
Avec l’expansion de Netflix et Hulu, on constate une vague de développement liée aux contenus originaux car ces services ne veulent plus dépendre de contenus sur lesquels ils n’ont pas de contrôle total. Du côté des chaînes de télévision, il faut savoir prendre des risques car les nouveaux fournisseurs de contenus qui prolifèrent mettent la barre relativement haut. C’est ainsi que l’on voit apparaître de nombreux programmes inédits sur lesquels les chaînes comptent pour se démarquer et fidéliser le public.

 

Existe-t-il encore des programmes fédérateurs ?
Twitter et Facebook permettent de diriger les spectateurs vers ce que l’on appelle le « appointment viewing », un des meilleurs exemples étant le phénomène Game of Thrones chaque dimanche soir. Une communauté se rassemble pour regarder le même programme et réagir au même moment sur les réseaux sociaux. Internet est donc un atout clef pour les fournisseurs de contenus ainsi qu’une piste essentielle à suivre pour le développement de nouvelles formes de distribution.



« A Conversation with Nerdist » rassemblait Chris Hardwick, humoriste et modérateur, les frères Safdie, réalisateurs, la co-fondatrice de Maker Studios, Lisa Donovan, Andy Goldberg, directeur de Global Creative, ainsi que le réalisateur Morgan Spurlock.

Redéfinition du cinéma
Il y a encore quelques années, on estimait que certains films devaient être vus au cinéma et que d’autres méritaient plutôt d’être visionnés sur petit écran, mais cette frontière n’est plus ce qu’elle était. Le public exige désormais un accès très rapide aux contenus, qu’il les consulte ou qu’il les produise. Avec des outils tels que Vine (application mobile de Twitter qui héberge de courtes vidéos), on atteint l’essence de ce qu’on veut montrer, en direct. L’utilisateur cherche à avoir un impact rapide sur sa communauté. Chris Hardwick s’interroge par exemple sur la valeur d’un gif animé, outil viral par excellence. Peut-il être considéré comme un vecteur de cinéma ? Les frères Safdie répondent que ce format d’image numérique très populaire sur Internet s’apparente au cinéma car « il s’agit d’images animées, lesquelles nous font réfléchir sur la vie plus d’une seconde ». Morgan Spurlock renchérit en soulignant qu’il faut aujourd’hui savoir raconter une histoire en 3 minutes. En effet, l’utilisateur lambda enchaîne le visionnage de ce genre de formats courts et peut regarder jusqu’à 7 vidéos d’affilée. Il règne parmi les consommateurs d’aujourd’hui un réel sens du partage de contenus et de veille de ce qui se joue ailleurs. En ce sens, les films sur Focus Forward (plateforme online proposant des court-métrages) sont très regardés. De plus, il n’est plus nécessaire d’avoir des moyens extraordinaires pour créer, il est désormais possible de devenir son propre studio.

 

Omniprésence des contenus
Morgan Spurlock constate que le public ne se soucie pas réellement de la provenance du contenu qu’il regarde. Le réalisateur se demande d’ailleurs si le consommateur n’est pas trop gâté. En effet, les utilisateurs des services susmentionnés considèrent qu’ils devraient être en mesure de regarder ce qu’ils veulent quand ils en ont envie et de la façon dont ils le désirent, le tout gratuitement. Alors, comment parvient-on à amener le public à faire des efforts ? Comment est-il encore possible de capter l’attention du spectateur sur une longue durée ? Pour être réellement concentré sur un film d’une durée conséquente, il semble désormais quasi-obligatoire d’aller au cinéma, selon Morgan Spurlock.

 

Laura Pertuy


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