Cinéma

Conférence sur l’avenir du cinéma dans le cadre du festival de Tribeca

Date: 09/05/2013


“Future of Film” dans le cadre du Festival de Tribeca

Organisée dans le cadre du festival de Tribeca à New York (17 – 28 avril 2013), une série de 8 conférences intitulée Future of Film Live a réuni des professionnels du secteur du cinéma afin de réfléchir à l’avenir de ce secteur. Une partie des conférences portait notamment sur l’avenir des salles de cinéma et sur l’adaptation possible de cette industrie aux nouvelles technologies, dans un contexte de développement des plateformes de visionnage sur Internet et de vidéo à la demande.
 
Les salles de cinéma seront toujours là dans 10 ans…

Alors que la diffusion des films en VOD, sur le câble ou sur Internet, progresse et que les délais entre la sortie d’un film en salles et sur autres support diminuent, une des questions posées au cours de la semaine portait sur l’avenir des salles de cinéma. Pour Todd Wagner, co-propriétaire de la société de production 2929 Entertainment, de la société de distribution Magnolia Pictures, de la chaîne de cinémas Landmark Theaters et de la chaîne de télévision HDNet, il est évident que les salles de cinéma existeront toujours dans 10 ans.

Face aux salons et canapés des spectateurs, les salles de cinéma tentent d’offrir de nouveaux services et de créer de nouvelles expériences. Pour Jon Vanco, Senior Vice President et General Manager du cinéma indépendant IFC Center à New York, la salle de cinéma qu’il dirige se distingue avant tout par sa programmation. L’IFC Center est un cinéma qui propose des films d’auteur, indépendants et qui organise, tous les week-ends, des rétrospectives, des événements, avec des réalisateurs, des Q&A, etc.

La stratégie est différente au sein de la chaîne de cinéma Alamo Draft House. Tim Reed, Chief Development Officer de la chaîne, explique qu’une des spécificités de ses cinémas est de diffuser du contenu appartenant au domaine public avant chaque film : « Par exemple, nous allons diffuser des extraits d’émissions avec Tom Hanks avant un film dans lequel il joue ». L’exploitant travaille également avec Tugg, plateforme sur Internet qui permet à un groupe de spectateurs de faire programmer un film de son choix dans un cinéma. Le principe est le suivant : en relation avec un représentant de Tugg, une personne devient le « promoteur » d’une projection en choisissant un film dans le catalogue de la plateforme et en fournissant la date, heure et lieu de projection souhaités. Ce promoteur invite son réseau à acheter des billets pour la projection. Une fois qu’un certain quota de spectateurs est atteint, l’évènement est confirmé et le public peut aller assister à la projection. Toutefois, Tim Reed souligne que « quand des gens ont des idées, disons originales, vous ne souhaitez pas forcément que le nom de votre cinéma y soit associé ».

Autre stratégie adoptée par certaines salles de cinéma, développer l’offre en boissons et nourriture. Jennifer Douglass, Vice President des Dine-In Theater Operations chez AMC Entertainment explique en effet que les exploitants prennent un pourcentage limité sur les billets et que nourriture et boissons représentent une grosse partie de leur chiffre d’affaires. C’est pourquoi elle a développé des stratégies permettant aux spectateurs de commander leur nourriture sur Internet tout en achetant leur billet de cinéma, de récupérer leur commande plus facilement et de manger plus confortablement dans la salle.

Toutes ces stratégies montrent la volonté des salles de rester compétitives. Pourtant, d’après Todd Wagner, il faudrait qu’elles aillent beaucoup plus loin, tout comme le reste du secteur, pour rester dans la course sur le long terme.

 
… mais l’avenir du secteur reste incertain

Pour Todd Wagner, qui est à la fois producteur, distributeur, exploitant et diffuseur, les progrès technologiques, aussi poussés soient-ils, ne vont pas faire disparaître la télévision ou les salles de cinéma. L’audiovisuel ne pâtira pas de ces progrès comme a pu en souffrir la musique, car ce sont deux secteurs très différents.  Toutefois, pour lui, c’est parce que l’industrie de la musique a eu peur de la technologie qu’elle a été rattrapée par iTunes.

Il juge le développement technologique inéluctable et il précise que « chaque évolution technologique, utilisée à bon escient, peut faire progresser tout secteur d’activités ».

Certes, les studios, comme les exploitants, sont persuadés que tout va bien et comme le remarque Joshua Topolsky, co-fondateur et rédacteur en chef du site Internet The Verge : « Malgré le piratage, les bénéfices continuent de croître ».

Todd Wagner souligne qu’à l’heure qu’il est, « Netflix en sait plus sur ses clients que n’importe quel studio. La société sait bien mieux quels sont les goûts et les attentes de ses spectateurs». Il ne pense pas que l’industrie du cinéma, qu’il s’agisse des studios ou des exploitants, désirent vraiment que le secteur évolue. Pourtant, cela lui semble fondamental.

Ainsi, il prend l’exemple de la chronologie des média et de la réduction des fenêtres de diffusion. Il explique que les sorties simultanées en salles et en VOD et les premières en VOD ne sont pas nombreuses à cause de la réticence des exploitants et du refus des distributeurs à négocier certains aspects des contrats. Todd Wagner propose deux solutions pour faire évoluer la situation : « les distributeurs pourraient accorder aux exploitants une part plus importante de la vente des billets ou bien partager avec eux une partie des revenus issus de la vente des produits dérivés. Cela permettrait aux exploitants de compenser une baisse éventuelle de la vente de billets due à la sortie en VOD. Mais chacun campe sur ses positions. Et en attendant, le public se débrouille pour obtenir le contenu qu’il souhaite, d’une manière ou d’une autre ». La société de distribution dirigée par Todd Wagner, Magnolia, propose environ une douzaine de films chaque année en sortie simultanée VOD – salle.

Autre évolution suggérée par Todd Wagner, l’adaptation du prix du billet de cinéma en fonction du budget des films :  « Après tout, pour toutes les autres formes de loisirs, il existe différentes grilles tarifaires en fonction des spectacles, des sports, des places. Pour moi, le prix des billets n’est pas correctement établi. Il devrait s’adapter au public que l’on cherche à toucher ».

Todd Wagner est d’avis que l’industrie du cinéma va devoir évoluer, mais il lui semble impossible de prédire ce à quoi elle ressemblera dans 10 ans. Il préfère parler d’évolution technologique plutôt que de révolution technologique, car pour lui, « les start ups réarrangent les pièces d’un même puzzle, elles n’inventent rien. Elles se servent de ce qui existe déjà ».

Enfin, les évolutions technologiques insufflées par une société dépendent aussi de ses dirigeants. Pour toutes ces raisons, l’avenir  reste incertain.

Géraldine Durand


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