Cinéma

Conférences du festival DOC NYC 2012 : la distribution des documentaires en salles et sur plateformes numériques

Date: 14/12/2012


Festival DOC NYC 2012

Alors que les moyens de distribution se sont multipliés et démocratisés, la sortie en salle reste une forme de reconnaissance importante pour de nombreux réalisateurs de documentaires américains. Cependant, avec une offre de films de plus en plus foisonnante, l’accès aux salles est devenu très compétitif.

Plusieurs spécialistes du documentaire se sont réunis le 15 novembre à New York au cours de la troisième édition du festival de documentaires DOC NYC. Dans une série de trois débats intitulée « Reach your audience », ils ont proposé un état des lieux de la distribution en salle et de la distribution numérique de cette forme d’expression.

 

1. Les stratégies de distribution

[Le panel, Reach Your Audience: Meet The Distributors, a réuni Ryan Werner (IFC Films), Eamonn Bowles (Magnolia Pictures), Nancy Gerstman (Zeitgeist Films), Richard Lorber (Kino Lorber), Ryan Krivoshey (Cinema Guild), Paul Marchant (First Run Features) et Eugene Hernandez (Film Society of Lincoln Center, moderator)]

– L’approche classique

En tant que réalisateur de documentaires aux Etats-Unis, l’approche classique consiste à vendre les droits de son film à un distributeur de documentaires tel que Kino Lorber, Zeitgeist ou Magnolia Pictures. Le distributeur a ensuite pour rôle d’organiser la sortie en salle du film et de la promouvoir. Il doit ensuite faire de son mieux pour en garantir son exploitation DVD, VOD et internationale.

Concernant la sortie en salle, la stratégie la plus fréquente est qualifiée de « bottom up ». Les distributeurs font le choix de commencer par une sortie confidentielle afin de minimiser les risques de départ, puis d’accroître petits à petits les budgets promotionnels et le nombre de salles si le film rencontre du succès. Cependant les panélistes sont tous d’accord pour dire qu’il est assez rare d’obtenir des résultats exceptionnels en salle.

Enfin, les intervenants ont rappelé que malgré une baisse tendancielle, le DVD représentait toujours une part importante de leurs revenus. Ils ont particulièrement souligné l’importance de la vidéo éducative.

– Du « Do It Yourself » (D.I.Y.) au « Do It Together »

Devant la difficulté de convaincre un distributeur traditionnel d’acheter un film, certains réalisateurs sont tentés d’auto-distribuer leurs films. C’est la démarche du « Do It Yourself », (« faites-le vous-même »). Cependant, il n’est pas facile pour un réalisateur d’approcher des exploitants, des plateformes de VOD ou des festivals et d’éveiller l’intérêt de la presse. C’est pourquoi des spécialistes de l’industrie du documentaire ont eu l’idée d’offrir leurs services à ces réalisateurs en recherche de visibilité.

Quatre d’entre eux sont venu présenter leurs solutions autour du débat intitulé « D.I.Y. Theatrical » : Jim Browne (Argot Pictures), Richard Abramowitz (Abramorama), Wendy Lidell (International Film Circuit) et Caitlin Boyle (Film Sprout).

Au lieu d’acheter les droits du film, ces consultants proposent leur expertise et leur carnet d’adresses (salles, journalistes, programmateurs de festivals, etc.) contre rétribution financière. Les modèles varient. Certains, comme Film Sprout, se concentrent uniquement sur la diffusion non commerciale des films, d’autres, comme International Film Circuit, qui bénéficie du label IFC, sont en mesure d’organiser une sortie en salle. Ces consultants affirment fournir le même travail qu’un distributeur à la différence qu’ils n’achètent pas les droits du film, qui restent en possession de l’auteur.

Les tarifs pour ce genre de prestations sont très variables, ils peuvent aller de 15 000 à plus de 100 000 dollars. Certains consultants acceptent même des projets gratuitement s’ils paraissent prometteurs. Ils organisent alors à la campagne de levée de fonds et se rémunèrent plus tard, une fois l’argent réuni.

Tous les consultants présents déclarent créer des sorties sur mesure pour leurs clients. Aux Etats-Unis, les critères d’éligibilité aux Oscars imposent des sorties dans le réseau des salles commerciales d’au moins une semaine à New York et à Los Angeles. Ces conditions ont été vivement critiquées par les panélistes présents. Pour être éligibles, certains réalisateurs ou distributeurs sont prêts à payer en avance la location d’une salle de cinéma pendant une semaine (pratique appelée four-walling ou four wall distribution). Selon les spécialistes de la distribution D.I.Y., cette pratique est rarement judicieuse car l’argent dépensé pourrait être utilisé à des fins plus utiles comme la promotion du film sur des circuits de distribution numérique.

L’implication active d’un réalisateur dans la promotion de son film est essentielle, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un documentaire. Les panélistes ont manifesté un vif intérêt pour la pratique du  “Do It Together” (« Faisons-le ensemble »). Il est important que le réalisateur s’investisse personnellement, qu’il aille à la rencontre du public, qu’il participe à des séances de questions-réponses et qu’il soit présent sur les réseaux sociaux.


Reach your Audience: Meet the Distributors ©bysimonluethi



2. La distribution sur plateformes numériques

[Le débat, Reach Your Audience: Selling On Digital Platforms, a réuni Erick Opeka (New Video), Andrew Mer (SnagFilms), Susanne Mei (SundanceNow), Steve Beckman (FilmBuff), and Danielle DiGiacomo (The Orchard).]

Par rapport à l’année dernière (lire l’article Conférences du Festival DOC NYC : la distribution de documentaires sur plateformes numériques), la tendance est toujours la même. La révolution numérique autant sur les supports de diffusion que sur les moyens de communication, est actée. Les plateformes de vidéos en ligne comme Netflix constituent un débouché privilégié pour de nombreux documentaires et une source de revenus non négligeable même si les distributeurs regrettent l’absence de rémunération variable. Si aujourd’hui un contrat avec une grande chaîne de télévision rapporte toujours beaucoup plus financièrement que la vidéo à la demande, ce n’est plus le cas pour un contrat avec une petite chaîne de télévision locale.

Parmi les tendances du moment, la stratégie Day-and-Date fait toujours débat (cf. l’article “Chronologie des médias” à l’occasion de la sortie d’un film : échelonnement de la diffusion d’un film sur les différents supports de 2008). Cette stratégie consiste à rendre disponible un film sur tous supports (DVD et VOD) le jour de sa sortie en salle. En partant du constat que la grande majorité des films téléchargés illégalement sur internet ne sont pas disponibles en VOD, les partisans de cette stratégie affirment qu’elle offrirait une alternative légale aux spectateurs qui ne souhaitent pas se déplacer dans un cinéma ou qui ne le peuvent pas. Pour les autres, elle pourrait mettre en danger les exploitants qui restent d’ailleurs très réticents à cautionner ce type de sorties.

Tous reconnaissent cependant qu’une sortie en VOD constitue la plus grande sortie dont un distributeur puisse rêver. Reste cependant la question de la visibilité sur les plateformes de téléchargement légales.

Le format court lui aussi se développe. YouTube est un acteur actif dans sa politique de production de contenu original pour ses chaînes professionnelles (lire l’article YouTube investit dans la création de contenu et crée 100 nouvelles chaînes professionnelles).

Par ailleurs, le contenu dédié au mobile est lui aussi en forte croissance. Le mobile pourrait constituer une opportunité formidable pour les formats courts de documentaires. The Orchard, par exemple, possède une chaîne sur YouTube entièrement autonome et emploi des producteurs et des réalisateurs de courts-métrages.

Les panélistes citent toujours Facebook puis Twitter, comme premiers réseaux sociaux pour mobiliser une communauté autour d’un film. Tous reconnaissent avoir diminué leur budget publicitaire pour la presse tout en ayant augmenté celui de la radio et de l’internet.

Les spécialistes de plateformes digitales constatent une nette augmentation de l’audience par rapport à l’année dernière. En revanche, il existe toujours une différence entre les utilisateurs des services de VOD sur internet et des services de VOD du câble. Les utilisateurs des plateformes digitales sont encore des « early-adopters » en général plus jeunes que la moyenne et plus technophiles.

Enfin, le modérateur de la session, Marc Schiller a soulevé la question de la transparence concernant les résultats opérés film par film sur les plateformes digitales. Selon lui, les réalisateurs et distributeurs ne disposent pas de suffisamment d’information pour adapter leur stratégie en fonction des audiences des différentes plateformes de distribution en ligne. Concernant la distribution en salle, des accords existent entre les studios qui permettent de rendre public les résultats de chaque film. Sur internet, le marché est encore très éclaté et compétitif, ce qui rend impossible de tels accords. Les panélistes sont tombés plutôt d’accord sur ce besoin de transparence, rappelant cependant que certains réalisateurs de films sont réticents à rendre public leurs résultats, en particulier si ces derniers ne sont pas satisfaisants.

Emmanuel Libet


Il y a 2 réactions sur cet article, réagissez!

2 Réactions

1 - Conférences du festival DOC NYC 2012 : la distribution des documentaires en salles et sur plateformes numériques « Mediamerica | Cinéma | Etats-Unis et Canada | Scoop.it | 14.12.12

[…]   […]


2 - Conférences du festival DOC NYC 2012 : la distribution des documentaires en salles et sur plateformes numériques « Mediamerica | Actu Média | Scoop.it | 14.12.12

[…] Alors que les moyens de distribution se sont multipliés et démocratisés, la sortie en salle reste une forme de reconnaissance importante pour de nombreux réalisateurs de…  […]


Votre Réaction





*

Copiez le code de sécurité dans le champ de droite


* Champ obligatoire