Cinéma

Conférences du Festival DOC NYC : la distribution de documentaires dans les salles américaines

Date: 13/12/2011



Festival DOC NYC

Un débat intitulé The State of Theatrical, organisé le 2 novembre à New York au cours de la deuxième édition du festival de documentaires DOC NYC, a réuni des représentants de plusieurs distributeurs de cinéma américains.

Un des éléments qui ressort de ce débat est qu’il est aujourd’hui impossible de parler de distribution en salles sans aborder la question du numérique. Tous les participants, Mark Boxer, VP Sales and Distribution chez IFC FILMS, Emily Russo, co-Présidente de Zeitgeist Films, Matt Cowal, senior VP of marketing & publicity de Magnolia, et Ryan Krivoshey, Directeur de la distribution chez Cinema Guild, croient encore fortement à la distribution en salles.

Pour Emily Russo, sa société, Zeitgeist, distribuant 5 à 6 titres par an, il est important de faire des bénéfices sur chaque film et d’investir dans la sortie des films à la mesure de ce qu’il est possible d’en attendre. Toutefois, Mark Boxer ajoute qu’il est toujours possible d’accroître cet investissement quand le film dépasse les attentes du distributeur, ce qui a notamment été le cas avec Joan Rivers: a Piece of work de Ricki Stern. Alors qu’IFC Films en attendait 1 millions de dollars au Box Office en salles, le documentaire a atteint les 3 millions de dollars et le distributeur a adapté sa stratégie de communication.

Le box office d’un documentaire en salle n’est pas le même que celui d’un film de fiction, puisque, selon les panélistes, 500 000 dollars de recette est déjà une somme importante pour un documentaire. Toutefois, il arrive que ces revenus soient bien plus importants. The Cave of Forgotten Dreams de Werner Herzog, sorti dans plus de 600 salles aux Etats-Unis et distribué par IFC, a enregistré 5 millions de dollars au box office américain. Autre exemple, Bill Cunningham New York, réalisé par Richard Press, avait déjà enregistré 1,5 million de dollars au box office américain après 33 semaines d’exploitation : c’est le troisième meilleur résultat pour Zeitgeist, tous genres confondus.



DOC NYC : Panel "State of Theatrical" ©Simon Luethi

Les intervenants ont souligné le rôle fondamental des critiques dans le succès d’un documentaire : une mauvaise critique peut fortement nuire à un film, comme cela a été le cas avec Page One: Inside The New York Times d’Andrew Rossi, distribué par Magnolia, et qui a reçu une mauvaise critique du New York Times et du Los Angeles Times. Les critiques du New York Times sont d’autant plus influentes qu’elles sont souvent reprises mot pour mot par les journaux locaux à travers les Etats-Unis. Pour Emily Russo, il est possible de contourner la critique si le film vise un public niche de passionnés, comme par exemple Manufacturing Consent de Mark Achbar et Peter Wintonick sur Noam Chomsky.

Les réseaux sociaux jouent également un rôle de plus en plus important dans la promotion d’un documentaire en salles, même si, comme le souligne Matt Cowal, un film ayant une présence remarquée sur les réseaux sociaux n’enregistre pas forcément de bons résultats en salles : il est, en réalité, encore difficile d’évaluer l’efficacité de ces outils.

Une sortie simultanée en salles et en VOD sur le câble est désormais chose courante aux Etats-Unis, notamment chez IFC Films, et Magnolia qui va jusqu’à proposer le film en VOD et sur iTunes un mois avant sa sortie en salles. Les distributeurs défendent leur démarche en soulignant que quand un film n’est disponible  en salles qu’à New York, une sortie en VOD permet de toucher un public plus large. Cela permet également de bénéficier de publicités gratuites de la part d’iTunes et des câblo-opérateurs qui proposent le film en VOD. En effet, les films proposés en VOD sur le câble bénéficient d’une meilleure visibilité quand il s’agit d’une première en VOD ou quand le film est encore en salles. Ils sont notamment mis en avant sur la chaîne qui présente l’offre en VOD de l’opérateur du câble concerné (barker channel). Cette stratégie n’est toutefois pas adaptable à tous les titres, car les principaux exploitants américains refusent de programmer un film qui est au même moment proposé en VOD.

Pour Emily Russo de Zeitgeist, il est très difficile de savoir quelle démarche adopter vis-à-vis de la VOD, qu’elle soit sur le câble ou sur Internet. La société a cependant récemment accepté de proposer un film sur le nouveau site de visionnage en ligne baptisé Constellation qui propose des projections sur Internet programmées, suivies de discussions avec les réalisateurs ou acteurs du film. La société appelle cela le virtual theater ou cinéma virtuel.

Autre niche intéressante pour les documentaires, le marché éducatif. Selon Ryan Krivoshey de Cinema Guild, les ventes au secteur éducatif, pour les bibliothèques universitaires notamment, peuvent atteindre 200 à 500$ par DVD ce qui est une source de revenus non négligeable.

Le nombre de documentaires distribués en salles par chacune de ces sociétés chaque année varie entre 6 et 8 (30 à 40 hors sorties salles) pour Cinema Guild, 3 à 4 pour Magnolia, 2 à 3 pour Zeitgeist et 5 à 6 pour IFC. Tous les participants au panel ont souligné l’importance qu’ils accordent aux festivals, même les plus modestes, lieux de repérage des documentaires.

Géraldine Durand


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