Cinéma

D’un Cartoon à l’autre

Date: 11/04/2012



Cartoon Connection au Canada

Parmi ses divers rendez-vous, Cartoon compte les Cartoon Connection. Avant Busan, en Corée du Sud, du 19 au 22 mars, le précédent s’est déroulé à Québec, au Canada, du 5 au 8 décembre dernier. Il avait pour objectif de renouer les relations entre producteurs européens et canadiens.

Soutien de l’industrie de l’animation européenne depuis plus de vingt ans, Cartoon, organisation internationale à but non lucratif basée à Bruxelles, qui reçoit le soutien financier du programme Media de l’Union européenne pour mener ses activités, organise quatre grands types de rendez-vous par an. Ses manifestations phares sont le Cartoon Forum, centré sur la série animée, qui réunit plus de 750 participants en septembre et s’ancre à Toulouse à partir de cette année, et le Cartoon Movie, dédié au long métrage d’animation, qui se bonifie chaque année en accompagnant la croissance de la production européenne en s’enracinant au mois de mars à Lyon.

Entre les deux se tiennent des Cartoon Masters – séminaires de formation qui réunissent une centaine de professionnels chacun autour de questions touchant au financement des films ou des séries, ou s’intéressant au transmédia –, et des Cartoon Connection. Il s’agit là d’un nouveau programme destiné à développer les liens commerciaux et créatifs entre les professionnels de l’animation européens et leurs homologues basés en Corée du Sud, en Amérique latine et au Canada, afin d’améliorer leur connaissance mutuelle des marchés et à encourager la coopération et la circulation des œuvres d’animation.


Un pays à redécouvrir

Après l’Argentine et la Corée du Sud, le Canada était ainsi en décembre dernier, pour la deuxième année, la destination d’une délégation de producteurs et de diffuseurs européens. Après Ottawa en 2010, Québec est devenue la ville d’accueil de la manifestation, soutenue par le programme Media Mundus de l’UE et co-organisée avec les Rencontres cinématographiques du Québec, qui comptent bien pérenniser le rendez-vous afin de faire de Québec “une plaque tournante de l’animation”. Pour 146 participants issus de 14 pays, le menu était très dense. Le matin, des tables rondes en anglais, comptant 28 intervenants au total, permettaient de se faire une idée des différents dispositifs d’aide à la production canadiens ainsi que des traits saillants des programmes destinés aux enfants des grandes chaînes (BBC, RAI, FTV, Lagardère, Canal+, M6 , TVO, Teletoon…) situées de part et d’autre de l’Atlantique. Des analyses de producteurs et deux études de cas complétaient le dispositif. Les après-midis étaient dédiés aux rendez-vous individuels de prise de contact entre producteurs canadiens et européens.

Il ressort de ces échanges que le Canada, pays qui dispose du plus grand nombre d’accords de coproduction dans le monde – avec 53 traités signés, il devance de peu la France – souhaite reconquérir l’Europe, et plus particulièrement la France, avec laquelle il a beaucoup plus coproduit par le passé qu’il ne le fait actuellement. De fait, l’évolution de la structure du financement a évolué en Europe avec la monnaie unique, la multiplication des dispositifs de crédit d’impôt, l’évolution du compte de soutien pour les Français ainsi que l’élargissement des capacités d’attraction de nos voisins belges et luxembourgeois. L’absence de décalage horaire et la proximité sont d’autres atouts.

Reste que, sur le Vieux Continent, les attraits de nos voisins sont désormais tellement courus que l’on se bouscule au portillon. Du coup, le rafraîchissement des dispositifs de soutien canadiens leur donne un lustre nouveau. Ils sont aussi particulièrement en pointe pour tout ce qui touche au jeu vidéo et aux nouveaux médias. “Le Canada, et surtout le Canada français, entend bien redevenir attractif”, souligne Jean-Paul Commin, venu en reconnaissance pour le compte des Armateurs, qui ont déjà coproduit avec le Canada la série T’choupi et les Triplettes de Belleville. Mais c’était il y a un certain temps… “Les Canadiens ont des projets, mais leurs problèmes de financement sont encore plus aigus que les nôtres vu la taille de leur marché et l’invasion de la production américaine, poursuit-il. Alors que ce type de rencontres est plutôt un terreau fertile pour la série télé, ils montrent un véritable intérêt pour le long métrage. Les Européens étant vécus comme très dynamiques et créatifs sur ce terrain.” Après ce premier voyage prospectif, destiné à “jauger des capacités à produire ensemble et à chercher des atomes crochus”, le Canada fera, en tout cas, partie de la réflexion pour les projets à développer.

Il y a une centaine de producteurs d’animation indépendants au Canada, dont plus de 90 travaillent pour la télévision et une dizaine pour le cinéma. Pour Téléfilm Canada, l’agence fédérale de développement et de promotion des industries de l’image au Canada, la production locale d’animation représente un volume d’affaires de 188 M$ canadiens en 2010, avec 83 % de production en langue anglaise. Ce CA représente 10 % du total de la production nationale. Il représente aussi 307 heures produites, soit – 26 % par rapport à l’année précédente. En nombre de projets, la France reste le principal coproducteur du Canada (35 %) entre 2006 et 2010, devant la Grande-Bretagne (18 %), l’Australie et l’Allemagne (chacun 8 %). En 2010, les 62 coproductions menées, tous genres confondus, représentent 410 M$ canadiens. 17 concernent l’animation, trois sont des longs métrages et 14 des programmes TV. Ces coproductions officielles sont reconnues comme 100 % canadiennes, ce qui leur donne un accès au même soutien que les productions canadiennes.

En matière de sources de financement, les combinaisons possibles sont nombreuses entre fonds fédéraux (crédit d’impôt, géré par la Société de développement des industries culturelles plus connue sous l’acronyme de Sodec, soutiens gérés par Téléfilm Canada et Canada Media Fund, National Film Board, et Canadian Broadcasting Corporation), fonds provinciaux (crédit d’impôt et incitations fiscales, aide sélective, télé-diffuseurs locaux) et fonds privés (télédiffuseurs privés, distributeurs, apports en industrie, etc).


Partie remise

Au Cartoon Connection Europe-Canada, parmi les membres de la délégation française, Dora Benousilio a présenté trois projets télé, dont une série ludo-éducative de 26×3’ et un spécial de 26’, ainsi qu’un long d’animation développés par Les Films de l’Arlequin. “Comme dans le cadre d’une coproduction, on s’embarque pour plusieurs années, les relations humaines sont très importantes, explique la productrice. Les Canadiens sont très conviviaux et il est très simple de nouer des relations avec eux.” Elle a rencontré de nombreuses sociétés dans le cadre des après midi de rendez-vous. “Tous ceux que j’ai vus se sont montrés intéressés par mes projets télé, pour le long métrage cela semblait plus compliqué, poursuit Dora Benousilio. Après avoir signé avec France Télévisions le Père frimas, un spécial de 26’, j’ai essayé de monter une coproduction avec l’un producteur canadien que j’avais rencontré. Mais, sur un projet aussi ponctuel, il n’a pas été facile de mettre en place une coproduction 80-20 en n’ayant que la postproduction son à faire sur place. Mais, je sais que ce n’est que partie remise.”

Florence Bonvoisin

Paru dans EcranTotal le 7 mars 2012


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Une Réaction

1 - “Iqbal”, coproduction grand public engagée « Mediamerica | 11.04.12

[…] Produire un film engagé s’adressant à une cible familiale n’est pas chose aisé. Après avoir testé des schémas traditionnels, “Iqbal” travaille de nouvelles pistes et entre en production [présenté au 2e Cartoon Connection de Montréal en décembre dernier, voir l'article D'un Cartoon à l'Autre].  […]


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