Cinéma

“Faire entendre la voix de la France aux États-Unis”

Date: 11/04/2014

Antonin Baudry 2013 photo credit clarisse rebotierAntonin Baudry dirige les services culturels de l’ambassade de France aux Etats-Unis. Personnage atypique, il a coécrit la BD “Quai d’Orsay” dont est tiré le film de Bertrand Tavernier.

Quel est votre parcours ?

Après mes études à Polytechnique, j’ai travaillé avec Dominique de Villepin (j’étais en charge de ses discours), puis à Matignon où j’étais en charge des affaires économiques et culturelles internationales.

Quelles sont les missions que vous avez développées à l’ambassade de France à New York ?

La première mission du service culturel, c’est d’aider tous les Américains qui peuvent faire entendre la voix de la France aux États-Unis : leaders d’opinion, universités, musées, festivals… Une des priorités pour construire les relations franco-américaines dans la durée, ce sont des échanges de jeunes qui passent par la création des partenariats entre les universités françaises et américaines.

Quelle est votre action en matière culturelle ?

Actuellement, nous faisons en sorte de faire mieux connaître les séries françaises, de susciter des achats, des coproductions, et nous avons mis en place l’événement “Direct to Series” à Los Angeles [voir Mediamerica Décembre 2013]. Nous le reconduisons dès l’automne prochain, car une de nos missions est de soutenir les industries culturelles françaises.

Nous allons créer une librairie française, avec des livres dans les deux langues, à New York, sur la 5ème avenue, dans les locaux de l’ambassade à l’automne prochain. Tout cela est financé par des donations et des fondations aussi bien américaines que françaises. Nous avons levé 5,3 millions de dollars pour la librairie et l‘État met à disposition les locaux. Ça sera aussi un lieu de débat permanent sur tous les sujets : la politique, le cinéma, la littérature, l’économie. Le but est d’engager le débat franco-américain par des voix originales et importantes.

Comment conjuguez-vous les cultures américaines et françaises ?

La diplomatie, c’est arriver à se battre avec les armes du pays pour mener à bien chaque projet. Évidemment, je passe beaucoup de temps à lever des fonds à l’américaine par exemple. Ce qui me paraît positif ici, c’est le rapport au travail et à l’énergie. Quand on aime travailler, il y a une vraie énergie qui vous pousse en permanence. Le problème pourrait être, a contrario, ce pouvoir financier par rapport à l’Europe. En France, c’est l’État qui représente les citoyens, alors qu’aux États-Unis, le soutien est davantage de l’ordre du privé. Ce sont deux modèles différents. Les deux sont complémentaires !

Les Français sont très bien vus aux USA. D’où provient cette fascination mutuelle ?

Nos valeurs sont différentes mais proches. Il y a une sorte de relation amoureuse, entre attraction et rejet. Nous cultivons un côté mélancolique qui attire les Américains. Il existe une relation de fascination et d’attirance que je trouve très belle.

Le film “Quai d’Orsay” de Bertrand Tavernier sort aux États- Unis. Il est issu d’une bande dessinée (prix du meilleur album d’Angoulême 2008), dont vous êtes le coauteur. Qu’en pensez-vous ?

En 2008, j’ai eu envie de raconter les choses que j’avais vécues au ministère des Affaires étrangères. Je me suis associé à Christophe Blain, un excellent dessinateur et auteur. La bande dessinée, éditée par Dargaud, a été appréciée par ceux qui ont fréquenté les cabinets ministériels et a connu parallèlement un succès populaire. J’ai pris un nom de plume pour la coécrire, mais je n’ai jamais caché qui j’étais. Je l’ai ensuite publiquement révélé pendant le festival de la Bande Dessinée d’Angoulême, Bertrand Tavernier l’a lue et nous a contactés. Nous avons travaillé le scénario. Ça a été une formidable aventure, absolument passionnante.

Il relate les aventures d’un jeune chargé de mission qui écrit les discours d’un ministre. Le protagoniste du film et sa femme sont franchement vos sosies. Quelle est la part de l’autobiographie de la fiction ?

C’est une fiction inspirée de faits réels. Parfois, c’est dans la fiction qu’on invente le mieux la réalité. Je me sens libre de m’inspirer de gens que je connais. Mais certains personnages sont des mixs de plusieurs. Que le personnage du ministre soit inspiré de Dominique de Villepin, ce n’est vraiment pas un mystère ! Et que le personnage de Raphaël soit inspiré de moi en tant qu’observateur,non plus.

Votre mission arrive à terme en 2015 à l’ambassade. Vous êtes aussi créateur de BD, coscénariste et diplomate. Comment vous projetez-vous à moyen terme ?

J’ai toujours vécu au jour le jour. Quand j’étais jeune, je pensais que c‘était un handicap. Maintenant, je l’accepte et je ne me projette pas. Mes fonctions actuelles sont très intéressantes et riches, elles abordent aussi bien l’éducation, le cinéma, les arts que la littérature.

Propos recueillis par Sandra Muller à New York

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