Cinéma

Le Festival de Sundance, laboratoire d’expérimentation des nouveaux modes de distribution du cinéma indépendant

Date: 23/02/2011



Sundance Film Festival © Chris Runoff via Flickr

La plupart des films (environ 120) du festival de Sundance sont arrivés à Park City sans distributeur. Tandis que les beaux jours du cinéma indépendant sont peut-être dernière nous, le marché du film semble se tourner d’avantage vers les réalisateurs.

Mais les conditions de vente ont bien changé. Jusqu’à récemment, l’achat d’un film par un distributeur lors du festival se faisait de manière simple et traditionnelle : un producteur engageait un agent pour faire connaître le film à une douzaine de distributeurs-clés, qui se lançaient alors dans des négociations frénétiques dignes d’une vente aux enchères, se soldant par l’annonce fracassante d’une offre à sept ou huit chiffres pour une vente tous droits. Bilan actuel : beaucoup des acheteurs spécialisés ont disparu et les prix ont baissé. Assurer la distribution du film au niveau national est devenue une entreprise plus compliquée. Le développement de nouvelles technologies et les changements dans les habitudes de visionnage ont multiplié les options.

Il y a, évidemment, eu des ventes tous droits conclues pour certains films avec des distributeurs tels que Fox Searchlight ou Focus Features. Mais pour la plupart des films inscrits, les producteurs doivent imaginer un plan de distribution adapté. De plus en plus, cela implique qu’ils organisent eux-mêmes la sortie en salle de leurs films aux Etats-Unis (tandis qu’un vendeur étranger  s’occupe des territoires outre-Atlantique) et qu’ils concluent des ventes droit par droit, directement avec les contractants. Ces ventes concernent les droits home video, télévision payante, câble, vidéo à la demande et sont souvent passées avec des plates-formes numériques telles que Netflix, iTunes, Hulu, Vudu, Amazon et Microsoft Box.

Selon ce schéma, le producteur devient le distributeur. Il contrôle les coûts de distribution et le marketing, et évite la gestion par un tiers distributeur des différentes sources de revenu générées par l’exploitation du film. Cette solution pourrait être envisagée en amont de chaque festival, dans le cas où une vente tous droits satisfaisante ne venait pas à se concrétiser.

Un grand nombre d’entreprises réputées aident les producteurs à sortir eux-mêmes leurs films en salle (Releasing Companies). Paladin, D2, Roadside Attractions, One Way Out Media et Free-Style Realising n’en sont qu’une partie.

Un patchwork de ventes droit par droit vaut souvent mieux qu’une vente tous droits réalisée lors d’un festival, avec un minimum garanti dérisoire ou inexistant, et un investissement minimal pour assurer la sortie du film en salle. De plus, certaines de ces Releasing Companies ont de bonnes relations avec des distributeurs DVD, des acheteurs pour la télévision gratuite et payante ainsi que des acheteurs de droits numériques. Cela représente un tremplin non-négligeable et, à l’occasion, permet l’accès à des ventes pour la sortie du film sur différents supports, qui ne seraient autrement pas possibles.

La quantité de copies et la publicité autour d’un film dont la sortie est organisée par le producteur lui-même, joue souvent un rôle important pour attirer l’attention des distributeurs vidéo, télévision, de contenu numérique locaux et étrangers. Les films avec des acteurs identifiables peuvent éveiller l’attention du département Home Entertainment des studios (qui s’occupe de la diffusion des films dans les foyers via TV, DVD, VOD, SVOD – Subscription Video on Demand, c’est-à-dire VOD sur abonnement, etc.) si le producteur peut garantir l’investissement d’une somme à six ou sept zéros pour la création des copies et du matériel publicitaire (P&A commitment=Print and Advertising commitment). Il est habituel pour un distributeur DVD d’ajouter sa propre contribution aux frais liés à la création des copies et du matériel publicitaire pour améliorer le box-office et donc ses propres ventes, ainsi que le prix des droits de diffusion sur le câble et sur les services de VOD sur abonnement comme Netflix.

Pour maximiser les sources de revenu dans un environnement commercial où les droits se vendent séparément, les producteurs doivent diviser ces droits habilement et déterminer quels droits seront accordés à titre exclusif ou non-exclusif et quels droits seront soumis à des holdbacks (c’est-à-dire inactifs pendant une certaine durée). Ces termes sont généralement négociables, et dépendent beaucoup de celui qui obtient le droit de diffuser le film en premier.

Lorsqu’une entreprise de Home Entertainment est le diffuseur numéro un, elle exige généralement d’avoir tous les droits VOD y compris les droits SVOD. Dans ce cas de figure, il est plus intéressant pour les producteurs d’accorder les droits SVOD de façon non-exclusive (ou de garder ses droits) pour permettre, par exemple, à Netflix et une chaîne de télévision payante, d’exploiter le film en même temps.

Si un film est diffusé en premier lieu sur une chaîne de télévision payante du type HBO, la chaîne insiste habituellement pour avoir les droits SVOD de façon exclusive, et exige souvent que tous les droits VOD pour le streaming soient retenus jusqu’à ce que ses droits expirent.

Les chaînes de télévision payantes imposent également comme condition que les plates-formes numériques et les distributeurs DVD ne diffusent pas le film pendant une période allant de 90 à 365 jours. Les chaînes basiques câble sont plus ouvertes à la négociation, elles veillent cependant à obtenir les droits télévisuels de la VOD gratuite ainsi que les droits SVOD de manière exclusive. Elles peuvent également accepter de ne pas avoir d’exclusivité sur la VOD payante (transactional VOD), ce qui leur permet d’exploiter le film en VOD sur leur propre plate-forme.

Des distributeurs, parmi lesquels Magnolia et IFC, ont mis en place des plans de distribution où le film est disponible en VOD avant, ou le jour même, de sa sortie en salle. Une sortie numérique « nationale » a pour but de soutenir la sortie salle, grâce au bouche-à-oreille. Elle permet également de profiter d’une source de revenu croissante, les prix pour un visionnage en VOD pouvant atteindre 10 à 12 dollars.

Tandis que les exploitants indépendants, au départ, refusaient ce système, de peur qu’il porte préjudice aux ventes salle, c’est maintenant une pratique courante en dehors des grands studios.

De nombreux réalisateurs ont compris qu’une sortie immédiate en VOD ou une sortie VOD le jour de la sortie en salle, offre une couverture médiatique fantastique pour leurs films.

Ils devraient expérimenter de nouvelles stratégies pour augmenter à la fois leur public et leurs recettes.

Les bouleversements technologiques ont ainsi un impact sur la manière dont la distribution des films indépendants s’organise ; ils provoquent également des changements dans la manière dont ces films sont financés.

« Aujourd’hui, les nouvelles technologies permettent aux réalisateurs de financer et de faire des films d’une manière que nous n’aurions jamais pu imaginer par le passé », a souligné le président de l’Institut, Robert Redford. « Comme nous l’avons fait il y a 30 ans, en 1981, en créant l’Institut, nous répondons aujourd’hui à un besoin, celui des artistes indépendants ».

Le Sundance Institute a conclu un partenariat avec Kickstarter, entreprise spécialisée dans la levée de fonds « de masse » (crowdfunding) via Internet. L’argent récolté servira à donner aux anciens élèves du Sundance Institute une forme de reconnaissance et un soutien sur le plan de leur formation et de leur promotion.

350 000 promesses de don, correspondant à 30 millions de dollars, ont déjà été enregistrées depuis la création de Kickstarter au printemps 2009. Le film The Woods, en sélection officielle au festival cette année, a d’ailleurs déjà bénéficié de ce soutien. Le film était déjà filmé, mais le réalisateur, Matthew Lessner, avait besoin d’environ 10 000 dollars pour le finir et le proposer au festival de Sundance.

Le premier atelier avec les anciens élèves du Sundance Institute a eu lieu cette année durant le festival.

Le Sundance Institute a annoncé qu’il avait l’intention de créer une plate-forme Internet centralisant les différentes possibilités offertes pour distribuer et financer les films indépendants. Facebook, un collaborateur de longue date, offrira aux anciens de l’institut des conseils et des formations sur la manière de créer et de gagner l’intérêt d’un public grâce à son service.

What the new Sundance deals look like, de Andrew Hurwitz et Alan Sachs, Variety, 26 janvier 2011

Sundance Institute finds funding partner, de Dave Mc Nary, Variety, 27 janvier 2011

Laure Dahout


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