Cinéma

Hollywood à marche forcée vers la 3D : faux départ ou ruée vers l’or ?

Date: 05/05/2010



3D

Dans son édition du jeudi 29 avril, Variety rappelait à juste titre que sa Une du 21 janvier 1953 se posait déjà la question de savoir si la 3-D n’était que le revival d’un vieux serpent de mer ou le début d’une nouvelle ère… Le quotidien professionnel américain souligne avec une certaine ironie que l’engouement actuel pour la 3-D n’est pas si nouveau que cela, comme en témoigne son édition de 1953 où les questions sur la 3-D sont publiées à côté de l’annonce du casting de Franck Sinatra, Burt Lancaster et Montgomery Clift pour le film « From Here to Eternity » ( « Tant qu’il y aura des hommes », sorti en France en 1954).  Variety rappelle également que dès les années 30 la MGM avait sorti des films utilisant une technologie en 3-D.

La conversion des grands studios de Hollywood à la 3-D, perçue comme la nouvelle poule aux œufs d’Or par de nombreux analystes et professionnels du secteur, ne serait-elle pas à nouveau une illusion passagère ?

Le phénomène Avatar a totalement changé la donne mais les réflexions des acteurs de l’industrie cinématographique, émises en 1953, résonnent très justement à l’heure actuelle. Le futur de la 3-D dépend de la qualité des films qui sortiront dans les mois à venir et de leur accueil par le public, qui doit, aux Etats-Unis débourser de 3 à 5 dollars de plus par entrée.

Toute la chaîne de l’industrie se convertit à la technologie en 3-D, des scénaristes devant adapter leurs projets à une possible réalisation en 3-D, aux exploitants s’équipant le plus rapidement possible. Le célèbre Grauman’s Chinese Theater sur Hollywood Boulevard vient de s’équiper d’un nouveau système de projection en 3-D pour près de 75 000 dollars auprès d’une société spécialisée qui avoue ne pas être en mesure de faire face à la demande, annonçant la livraison de plus de 6 000 projecteurs du même type pour les 12 prochains mois.

Il y a quelques jours, une douzaine de chefs-opérateurs et réalisateurs ont suivi une formation à la 3-D dans le lot de Sony Pictures à Culver City, témoignant de la frénésie qui s’est emparée des studios hollywoodiens après l’immense succès d’Avatar, près de 3 milliards de dollars au Box Office mondial avec 83% du Box Office domestique (Etats-Unis et Canada) réalisés dans des salles où le spectateur a déboursé les quelques dollars de plus pour voir le film en 3-D.

En 2008, seuls 5 films étaient sortis en 3-D aux Etats-Unis, près de 20 sorties sont déjà listés pour 2010. « Shrek for ever After » de DreamWorks Animation le 21 mai prochain, « Toy Sory 3 » de Pixar/Disney le 18 juin, « Despicable Me » de Illumination Entertainment / Universal Studio le 9 juillet (Premier film d’animation réalisé en France avec l’aide du nouveau crédit d’impôt pour les productions internationales), « Cats & Dogs 3 » de Warner Bros le 30 juillet, « Step-Up » de Disney le 6 août, la liste est longue et la majorité des films à gros budget prévus pour l’été prochain sont désormais envisagés pour des sorties en 3-D, et de nombreuses autres productions comme l’adaptation d’un livre pour enfants de Martin Scorsese « The Invention of Hugo Cabret » ou la superproduction sino-américaine «  Empires of the Deep » du géant chinois de l’immobilier Jon Jiang.

Depuis quelques semaines pourtant, des voix s’élèvent pour alerter Hollywood sur les dangers qui pèsent sur cette petite révolution : Certains craignent que cet  engouement pour la 3-D soit une nouvelle fois éphémère, que le public boude les films qui lui sont proposés en 3-D…que soit tuée la nouvelle poule aux œufs d’or des grands studios.

Jeffrey Katzenberg, CEO de DreamWorks Animation, qui réalise en ce moment un très beau succès avec « How to train your Dragon  » qui a réuni au 29 avril 2010 plus de 377 millions de dollars au Box Office international, s’est publiquement alarmé de l’avenir de la 3-D. Il s’en prend notamment aux conversions à la dernière minute de films pensés et tournés en 2-D, et plus précisément à un autre succès du Box Office du moment : le film du réalisateur français Louis Leterrier « Clash of the Titans » qui engrange à la date du 29 avril 2010 plus de 390 millions de dollars. Jeffrey Katzenberg prend très au sérieux les réactions du public américain, relativement déçu par l’adaptation en 3-D de ce film qui selon lui, mettent en péril, l’adhésion du public qui doit débourser une somme supplémentaire non-négligeable pour son billet. Devant la presse il a très clairement déclaré « Selon moi, si l’expérience de « Clash of the Titans » venait à devenir un standard, cela serait la fin de la 3-D ».

Malgré le succès relatif de « Clash of the Titans », le film est un vrai problème de relations publiques pour Warner Bros qui se trouve confronté à de nombreuses critiques quant à la conversion en 3-D, au stade de la postproduction, à la dernière minute de ce film tourné en 2-D. La presse et de nombreux professionnels reprochent au Studio hollywoodien d’avoir voulu profiter de la mode de la 3-D qui a suivi la sortie d’Avatar, au risque de mettre en péril le nouveau filon de l’industrie, un filon qui résiste de plus au piratage.

Un véritable marché s’est ouvert avec la 3-D pour une industrie cinématographie en perte de repère malgré un Box-office global de plus en plus important : de nouvelles rentrées avec une hausse importante du prix du billet et de nouveaux marchés pour les industries techniques, de la conversion de films de catalogue à l’équipement des salles.

Le débat qui anime Hollywood ces derniers-jours est simple : comment ne pas tuer ce nouveau format qui promet de nouveaux records au Box Office ? Comment ne pas perdre un public à qui il sera demandé de débourser 30 à 50% de plus pour la 3-D ?

Mathieu Fournet


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