Cinéma

Interview d’Arnaud Colinart (Agat Films & Cie/Ex Nihilo) : “Tribeca nous apporte plus de reconnaissance en France”

Date: 25/04/2016


Arnaud Colinart, producteur au sein du collectif Agat Films & Cie /Ex Nihilo Arnaud Colinart, producteur au sein du collectif Agat Films & Cie /Ex Nihilo

La société de Robert Guédiguian est venue à New York où elle a été sélectionnée dans la branche interactive du Festival de Tribeca (voir article Mediamerica). Le collectif de producteurs Agat Films & Cie /Ex Nihilo a présenté Notes on Blindness, un très beau film entre le documentaire et la fiction composée de réalité virtuelle décrivant le quotidien de John Hull, un aveugle qui raconte son lien avec la cécité. À la pointe de la technologie et des arts numériques, il faut chausser un casque et des lunettes afin de plonger dans l’univers fantasmagorique du film. Rencontre avec Arnaud Colinart qui nous parle des services culturels de l’ambassade de France où il a présenté son film, sans tabou sur tous les aspects du projet… à l’américaine !

Quelle est la genèse de cette œuvre ?
Notre société de production existe depuis près de vingt ans. Nous avons produit un jeu vidéo, présenté au festival South by Southwest. Et nous sommes à New York pour présenter Notes
on Blindness, qui a été soutenu par le Tribeca Film Institute. Au départ, ce film n’a pas été pensé pour la réalité virtuelle. Cet aspect a été développé dans un second temps.

Que raconte Notes on Blindness ?
Jonh Hull, un professeur de théologie de Birmingham, est devenu aveugle à 40 ans. Il a commencé à enregistrer un journal sur cassette pour montrer ce que la cécité changeait dans son rapport aux autres. Le long-métrage et le court ont été écrits et réalisés par Peter Middleton et James Spiney. Le film a été coproduit par une société anglaise, Archer’s Mark, et Arte. Il est sorti à la fois en projet de long-métrage et en version réalité virtuelle. Les deux versions sont complémentaires.

Quelle est la spécificité de votre société, Agat Films & Cie /Ex Nihilo, cofondée par Robert Guédiguian ?
C’est un collectif de neuf producteurs. La société a été effectivement initiée par Robert Guédiguian et Patrick Sobelman à travers des succès comme Marius et Jeannette, Une Histoire de fou, A la vie à la mort, etc. Nous avons à notre actif des documentaires de création, émissions scientifiques, films d’animation, soirées thématiques, spectacle vivant, films, séries, fictions TV, etc. Nous avons glissé logiquement vers des formats et des programmes interactifs en produisant de la webfiction pour Dailymotion, du jeu vidéo pour Arte. La réalité virtuelle a été une suite logique de
notre travail sur l’interactif. Dans nos créations, on retrouve des composantes du jeu vidéo mêlées à l’écriture cinématographique.

Que vous apporte le Festival du film de Tribeca et surtout sa branche interactive ?
Ce n’était pas la première fois qu’on sollicitait le fond de Tribeca mais il nous fallait un projet plus social. Nous avons eu cette dimension avec l’histoire de John Hull. Nous avons travaillé avec Arte, qui a financé le projet, puis avec Tribeca Film Institute qui nous a donné 50 000 dollars, ce qui n’est pas négligeable ! Mais surtout, cette alliance nous a ouvert un carnet d’adresses américain : POV, le New York Times, déjà partenaire du court-métrage avec notre producteur anglais, et un réseau de festivals comme Sundance. En fait, le court-métrage a servi de prototype au long-métrage.

Comment le perçoit-on en France ?
Nous n’avons pas changé notre travail : ce qui a changé, c’est le regard en France sur notre travail car des festivals comme Sundance ou Tribeca se sont intéressés à nous. Ils ont en quelque sorte labellisé notre projet, ce qui lui a apporté plus de crédibilité et de visibilité. Les États-Unis sont très ouverts à l’art numérique. Ça fait des années que l’on s’y intéresse avec Arte. La France ne l’est pas pour l’instant.

Quelle coopération attendez-vous de la part de la France ?
Nous aimerions encore plus d’intérêt et de reconnaissance avec les institutions françaises et même des musées. Aux USA, on est en contact avec le MoMA. En France, nous n’avons encore aucun projet avec des musées. Peu d’institutions s’intéressent aux arts numériques. Pourtant, nous le verrions bien au Palais de Tokyo par exemple.

 

Où avez présenté le film aux États-Unis en dehors de Sundance et de Tribeca ?
Le projet de réalité virtuelle et le film sont sur dans le même univers. De ce fait, nous pouvons prospecter sur les deux tableaux, entre festivals de cinéma et événements autour des nouvelles technologies.

Quels sont les budgets de ce film et du film en réalité virtuelle ?
Le budget du long-métrage est d’un million d’euros, pour un film qui se situe entre le documentaire et la fiction, avec une partie reconstitution en images de synthèse. Pour le projet de réalité virtuelle, le montant est de 400 000 euros car nous adaptons le concept pour pouvoir le regarder sur téléphone portable. L’utilisateur qui n’a pas de lunettes pourra quand même bénéficier de cette expérience.

Propos recueillis par Sandra Muller à New York. La Lettre de l’Audiovisuel est accessible par abonnements uniquement. Pour plus d’information : sandramullernyc@gmail.com.
Pour consulter quelques articles :
lettreaudiovisuel.com.


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