Cinéma
Jeu de chaises musicales à la tête des grands studios : la crise et les évolutions du marché frappent Hollywood
Date: 06/11/2009
La crise qui frappe les grands studios basés à Hollywood depuis quelques années s’est accentuée ces derniers mois, malgré un Box Office qui continue globalement d’augmenter (8,95 milliards de dollars en 2006, 9,85 en 2008, plus de 8 milliards sur les 10 premiers mois de 2009). Tout d’abord, les studios font face à une chute des sources de revenus secondaires (Vente de DVD, produits dérivés, diffusion TV…). D’autre part, les ventes de DVD, qui représentaient la moitié des recettes globales, s’effondrent (-13.5% au premier semestre 2009). Associée à la crise économique qui frappe les Etats-Unis et particulièrement l’Etat de Californie, cette baisse des revenus fragilise les studios, rend plus incertaine la concrétisation de futurs projets et a eu ces dernières semaines pour conséquence directe le licenciement de nombreux dirigeants.
En réaction logique à cette instabilité financière et à une concurrence très vive entres Etats pour attirer des productions sur leur territoire, les tournages en Californie subissent une réduction spectaculaire. La ville de Los Angeles a annoncé pour le premier semestre 2009 une baisse de 52.5 % du nombre de jours de tournage de film : 2.314 jours de tournage autorisés contre 4.868 pour la même période en 2008.
La vague de licenciements et de restructurations qui alimente les chroniques de la presse et les conversations en ville, a frappé et frappe encore les studios, n’épargnant pas les cadres, souvent mis en cause pour une gestion trop peu regardante aux dépenses.
Dernières victimes en date, les deux directeurs exécutifs de Universal Studios (filiale de NBC Universal, société appartenant au géant industriel General Electric et au français Vivendi), David Linde et Marc Shmuger. Ils ont été remerciés le 5 Octobre par le président d’Universal Studios, Ron Meyer. Depuis déjà quelques mois, Universal avait laissé apparaître ses difficultés à rentabiliser des productions très onéreuses, mais ne connaissant un succès que trop limité lors de leur sortie en salles (Land of the Lost, Love Happens, Funny People).
Ron Meyer, ne cachant plus la position de plus en plus délicate de son groupe, qualifiait ainsi il y a peu Universal de société déstabilisée, une déclaration d’autant plus symbolique qu’à Los Angeles, l’apparence est capitale. Alors que de nombreuses informations circulent sur une vente prochaine par General Electric de NBC Universal et que Vivendi dispose également d’une fenêtre lui permettant de vendre ses parts entre le 15 novembre et le 10 décembre, le groupe devait certainement réagir aux difficultés de sa filiale. La possible vente de NBC Universal au groupe de médias américains Comcast, premier câblo-opérateur américain, reste néanmoins dépendante d’un accord avec Vivendi sur la valorisation des parts du groupe français.
Désignés pour remplacer les deux directeurs fraîchement remerciés, Adam Fogelson et Donna Langley sont aujourd’hui face à un véritable challenge : ramener une certaine harmonie au sein d’une équipe désorientée tout en offrant à l’industrie une image dynamique accompagnée d’une stratégie solide en matière de réduction des coûts de production, et ce à un moment où l’industrie hollywoodienne affronte ce qui est sans doute l’une de ses périodes les plus houleuses.
Ce remaniement-surprise chez Universal intervient peu après que Disney s’est séparé le 18 septembre dernier de Dick Cook à la tête des studios depuis 2003 au profit de Rich Ross, ancien exécutif de la chaîne Disney Channel.
Le choix de Robert Iger, Président de la Walt Disney Company, de préférer au très respecté Dick Cook un professionnel de la télévision démontre un besoin très net de renouvellement.
Robert Iger mise sur le parcours sans faute de Rich Ross depuis son arrivée au sein de la célèbre chaîne en 1996 afin de redynamiser les recettes du box-office (selon le LA Times, les studios Disney auraient déjà perdu 12 millions de dollars sur les 6 premiers mois de 2009 alors que cette major n’avait connu aucune perte depuis 2005).
Pour cela, les studios attendent de lui qu’il développe, comme il l’a fait pour la chaîne télévisée, des produits qui rapporteront des bénéfices aux différentes branches du studio. Rich Ross a en effet réussi à faire de la chaîne un leader du divertissement auprès des 9-14 ans en créant des produits en interaction avec les différentes branches du groupe, à l’exemple d’ Hannah Montana et High School Musical, deux des énormes succès planétaires qu’il a lancés.
Ces concepts sont développés sous d’autres formes et sont la source de nombreux produits dérivés : show télévisés, tournées musicales, attractions dans les parcs à thèmes de la Walt Disney Company, albums, et films qui sont tous d’énormes succès au box-office.
Ces changements à la tête de Universal et Disney interviennent alors que d’autres têtes sont tombées au cours des derniers mois. John Lesher, président du département film de la Paramount et son vice-président en charge de la production, Brad Weston, ont été remerciés il y a deux mois. En août dernier, la MGM, étouffée par une dette estimée à plus de 3,5 milliards de dollars, s’est séparée de son Président Directeur Général, Harry Sloan, remplacé par un exécutif à trois têtes.
Les studios sont indéniablement désarçonnés par la crise qui frappe leur domaine d’activité. Nombreux sont les repères qu’ils doivent remettre en cause afin de renouveler un « business model » qui s’essouffle, bousculé par Internet. Les agences de talents doivent elles aussi faire face à la crise. L’une des plus grandes agences, International Creative Management (ICM), aurait demandé mi-octobre à ses salariés du département cinéma de renoncer à 25% de leur salaire.
Les studios continuent néanmoins d’investir plusieurs millions de dollars dans des super-productions telles « Spiderman », « Harry Potter », la future production basée sur les jeux Légo ou encore le film « Battleship » basé sur le fameux jeu de société. Ces projets reposent sur une logique de production différente qui semble rassurer les studios. Avec l’utilisation de franchises préexistantes et déjà populaires, le risque pris est minimisé. L’exploitation de ces licences déjà populaires devient essentielle : à l’image de Disney qui a, il y a quelques semaines, pris la décision de racheter Marvel.
Au-delà, les studios peinent à trouver des fonds auprès d’investisseurs refroidis par l’échec de leurs précédentes collaborations et eux-mêmes en difficulté.
Les prochaines sorties en salles de blockbusters sont très attendues et détermineront si 2010 est l’année de sortie de crise pour Hollywood. Universal compte notamment sur « The Wolfman » avec Benicio del Toro, « Green Zone » de Paul Greengrass avec Matt Damon et « Repo Men » avec Jude Law dont les sorties sont prévues début 2010, ainsi que sur le film d’animation réalisé en France par Mac Guff « Despicable Me » de Pierre Coffin avec la voix de Steve Carell, dont la sortie est prévue en juillet.
Disney, de son côté, compte sur « Alice in Wonderland » de Tim Burton avec Johnny Depp, « Prince of Persia » avec Jake Gylenhaal et « Toy Story 3 ».
2010 sera une année très importante pour Hollywood. Les Studios devront également choisir qui remplacera Dan Glickman à la tête de la Motion Picture Association of America (MPAA). Ce dernier a annoncé qu’il abandonnerait ses fonctions. L’homme qui avait succédé à Jack Valenti n’était jamais parvenu à réellement exister depuis sa prise de fonction en 2004. Même si la presse et l’industrie reconnaissent que succéder à Jack Valenti était une mission impossible, Dan Glickman était critiqué pour ne pas avoir assez défendu les intérêts d’Hollywood, notamment au moment des négociations sur les baisses d’impôts accordées dans le cadre du plan de relance économique de début 2009.
Mathieu Fournet, avec Sarah Galau et Mathieu Debusschere




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