Cinéma

L’industrie du film US : la MPAA communique

Date: 17/03/2006

Plusieurs communications de la Motion Picture Association of America et de son Président, Dan Glickman, ont été exposées à l’occasion de ShoWest à Las Vegas.

2005 at the box office was a « soft year » :

Les mauvais chiffres du cinéma sur le territoire américain sont connus depuis quelques semaines  : un BO en recul de 6% et pour la troisième année consécutive, une baisse du nombre de spectateurs (-10%), avec 1,32 milliards de billets en 2005 contre 1,64 en 2004, qui aura sans doute été la dernière grande année des salles américaines.

A noter aussi que le budget moyen des productions d’un film de studios est passé de 62,4 à 60 millions de dollars, tandis que les coûts marketing ont augmenté de 5% atteignant 36,2 millions par film. En 2005, le prix moyen d’un film, « making and marketing », revient donc à 96,2 millions de dollars.

Le déclin du film américain se remarque également à l’étranger, en recul de 9%, avec une baisse sensible en Allemagne, au Japon, en Espagne, en France et en Italie. La reconquête de ces marchés, parmi d’autres, devrait être un objectif de l’industrie en 2006 et au-delà. Pour Dan Glickman, « the simple fact is that the international market is where the action is for the film industry. »

Sans être explicite à Las Vegas, on sait que la MPAA, jointe à l’administration américaine, entreprend, avec le réalisme qu’on lui connaît, de contrecarrer l’amorce d’un réseau international organisé en faveur de la diversité culturelle. Le vote de l’UNESCO a été perçu ici comme une déconvenue et un sérieux avertissement, d’où l’offensive actuelle en faveur d’accords bilatéraux de commerce, incluant les biens audiovisuels. On en a vu le résultat, par exemple, en Corée avec la réduction effective des quotas d’écrans!, un acquis « balayé » en quelques semaines.

Autre préoccupation majeure des studios : la lutte anti-piraterie, en Asie et en Europe de l’Est en particulier. Les pertes financières dues à la piraterie sont estimées, pour 2005, à 5,4 milliards de dollars en 2005. La Russie est citée à la fois comme un pays intéressant pour le développement du film US, mais un contre-exemple en matière de piraterie. La MPAA mène aussi une politique antipiraterie agressive pour le territoire américain : voir le séminaire bilatéral anti-piraterie à Los Angeles organisé le 7 avril à l’initiative de l’Ambassade et de la MPAA (article Rencontre franco-américaine sur l’anti-piraterie).

L’obsession du raccourcissement des fenêtres de diffusion :

Une partie de l’industrie s’inquiète également de l’abaissement de la période qui sépare une sortie en salles de celle du lancement en DVD (chronologie des médias). En effet, cette période -et au-delà, la programmation TV et VOD- a singulièrement baissé ces dernières années : 180 jours en 1996, 133 en 2005 et des projections de l’ordre de 100 jours dans un avenir proche, une estimation variant évidemment selon la catégorie, les circuits ou le budget du film. On commence aussi à expérimenter des sorties simultanées salles/DVD/TVHD comme pour Bubble de Soderbergh en janvier (peu concluante pour l’instant). Si le raccourcissement est jugé « inévitable » pour les dirigeants de Netflix (Ted Sarandos), Robert Iger et Disney tempèrent leur emballement récent en faveur du raccourcissement et les dirigeants médias de Viacom, Sony et Universal réaffirment leur attachement au « traditional release paradigm ». Mais avec quelle flexibilité ? Le NATO (National Association of Theater Owners) et son président John Fithian restent attentifs et modérément optimistes avec un « no death sentence yet », tandis que Variety résume sobrement « Windows shrink quietly ».

Les moyens de la relance ?

Dans ce contexte maussade, la MPAA a commandé à l’Institut Nielsen une analyse du comportement des spectateurs. 20% des personnes interrogées déclarent que leur dernier film en salle ne valait « ni le temps, ni l’argent » (la place est à 6,41 dollars en moyenne et à 10,75 à New York et Los Angeles, suite à une augmentation de 3%) et 15% répondent qu’ils auraient du attendre la sortie en DVD. Mais une majorité des sondés, les jeunes en particulier (81%), considèrent tout de même que la salle reste le meilleur endroit pour découvrir un film. En revanche, 31% des interviewés estiment que la vidéo à la maison reste la meilleure expérience de visionnage en matière de films.

Face à ces évolutions, la MPAA a décidé de réagir et de mettre en place des initiatives pour inverser la tendance. C’est sur le terrain de l’exploitation des salles que le président de la MPAA lui-même a centré l’une de ses communications… plus ou moins convaincante d’ailleurs, en énumérant une liste de bonnes intentions : création d’une « National Movie Week » en mars 2007 (après adoption par le Congrès d’une résolution appuyée par la MPAA), meilleur du confort des salles, progrès de la technologie numérique… et amélioration de la qualité des films, ce que Variety lui-même qualifie de proposition « ever-elusive » (incertaine entre toutes). Ou encore : « en vendant l’idée que les films sont une « enjoyable experience », les studios devront changer l’attitude d’ensemble du public… » Dont acte…

Patrick RENAULT
Sources : Nielsen, Kagen (Motion Picture Invester), et Variety


Il n'y a pas encore de réaction sur cet article, réagissez!

Votre Réaction





*

Copiez le code de sécurité dans le champ de droite


* Champ obligatoire