Cinéma

La France reprend progressivement sa place à l’Ottawa International Animation Festival, aujourd’hui activité majeure de l’Institut Canadien du Film.

Date: 25/10/2019

Les Hommes machines (René Laloux, 1978), crédits : Henri Choukroun

La participation française en 2018 et 2019 a permis de renouer avec une présence française forte dans la manifestation la plus importante pour l’animation en Amérique du Nord. La coopération avec l’Institut Canadien du Film (ICF), institution qui chapeaute le festival international d’animation d’Ottawa (OIAF), est d’autant plus significative que l’ICF souhaite créer une deuxième manifestation professionnelle à l’occasion de l’ouverture des studios cinématographiques de la ville d’Ottawa au printemps 2020.

Fondé en 1975 par l’Institut Canadien du Film), l’Ottawa International Animation Festival a vu le jour l’année suivante et s’est rapidement établi comme le rendez-vous de l’animation en Amérique du Nord. Depuis 2002 au sein du festival, les Television Animation Conferences (TAC) accueillent par ailleurs les professionnels pour des rencontres et des réflexions sur les marchés et leurs évolutions. L’année dernière, grâce à la coopération de l’Ambassade de France avec l’OIAF, la productrice Luce Grosjean, du studio et distributeur français Miyu est intervenue aux TAC et a contribué à renouer les liens entre l’OIAF et l’animation Française.

Cette année, Jean-Baptiste Garnero du CNC et la réalisatrice Eléa Gobbé-Mévellec sont venus tisser les liens institutionnels et artistiques avec l’OIAF. Ce rapprochement intervient à un moment stratégique : l’ICF cherche en effet à renouveler son rôle et la ville d’Ottawa à se positionner à nouveau comme ville d’audiovisuel (actuellement elle est classée cinquième ville de tournages du Canada).

1- La présence française à l’OIAF et en Amérique du Nord

Suite à l’hommage au studio Folimages en 2017, l’invitation de la productrice Luce Grosjean en septembre 2018 a permis aux studios Miyu de beaucoup développer leur présence en Amérique du Nord. D’autre part, sa venue a contribué à réduire une certaine distance existante entre l’OIAF et l’animation française. Le programmateur Chris Robinson lui-même avait alors concédé qu’il ne souhaitait pas laisser une place prépondérante à la France, pourtant solidement reconnue dans le monde de l’animation.

Conséquence visible cette année, l’OIAF a présenté en film d’ouverture Les Hirondelles de Kaboul de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, en présence de cette dernière, artiste visuelle et co-réalisatrice.
Une présentation spéciale de 125 ans d’animations françaises intitulée It happened in France a été d’autre part organisée en coopération avec le CNC et l’Ambassade de France. M. Jean-Baptiste Garnero, chargé d’études pour la valorisation du patrimoine au CNC, a pu ainsi présenter les diverses formes d’animations, ainsi que le travail effectué par le CNC dans le domaine de la restauration et la valorisation du patrimoine audiovisuel. Enfin, J’ai perdu mon corps (I lost my Body) de Jérémy Clapin, acheté par Netflix et mis en ligne après le festival a fait sa première nord-américaine en salle grâce à l’OIAF.

Sous des dehors chaotiques caractéristiques du festival, le professionnalisme des ateliers était au rendez-vous. Les activités de réseautage, les projections ainsi que les collaborations avec d’autres entités du monde artistique d’Ottawa (la Galerie d’Art d’Ottawa GAO, la galerie d’art contemporain SAW, les professionnels des installations immersives) ont pleinement satisfait les invités, notamment lors de la soirée transdisciplinaire du samedi qui occupait l’intégralité du GAO.

2- Au-delà de l’animation, la coopération audiovisuelle avec la ville d’Ottawa

Au printemps 2020 devraient ouvrir les nouveaux studios d’Ottawa, co-financés par la ville d’Ottawa et Tribro (studios de Toronto). A cette occasion, l’Institut Canadien du Film, qui avait souffert de la restructuration de l’immeuble où avaient lieu ses projections (la GAO), souhaite se repositionner comme l’organisme de promotion du cinéma dans la capitale nationale.
Suite aux analyses sur l’intérêt d’un festival de cinéma à Ottawa, une approche pragmatique semble prévaloir et c’est sur une des niches de marché suivantes que pourraient s’orienter le choix stratégique de l’ICF :

– Les films classiques pourraient être un angle d’approche. La présentation des activités de valorisation du patrimoine du CNC ainsi que les informations transmises sur le marché du film classique de Lyon avaient très vivement intéressé nos partenaires canadiens.
– Les films d’action pourraient permettre d’orienter les projecteurs vers les professions d’acteurs et l’industrie des effets spéciaux.
– Les séries télévisées sont un autre axe à l’étude, dont la pertinence a déjà été évoquée sur plusieurs marchés professionnels canadiens (Prime Time à Ottawa en janvier et Banff World Media Festival en Juin). La présentation à des professionnels des deux premiers épisodes de la série Les Sauvages de Studiocanal organisée à la GAO avec l’ICF le 18 décembre fera office de test.

La participation à l’OIAF à travers la venue de professionnels (production en 2018, réalisation et institution en 2019) contribue à l’ouverture et à la structuration d’un joyeux rendez-vous riche de promesses. Il ne fait aucun doute que la France a, à cette occasion, désormais repris sa place sur le principal marché d’animation d’Amérique du Nord. Le prochain rendez-vous franco-canadien avec les membres de l’OIAF qui pourrait conforter nos avancées au Canada sera lors du 60e festival d’animation d’Annecy qu’ils fréquentent assidument.

Nicolas PICCATO, Attaché audio-visuel au Canada


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