Cinéma

La jeune génération en force aux Oscars

Date: 27/02/2017


Damien Chazelle

A seulement 32 ans, Damien Chazelle est devenu le plus jeune réalisateur consacré par l’Académie des Oscars lors de la cérémonie qui s’est tenue dimanche 26 février à Los Angeles. Le sacre du jeune prodige franco-américain est révélateur d’une nouvelle tendance dans l’industrie hollywoodienne.

Une situation inhabituelle s’est produite cette année dans la course aux Oscars : un nombre important de réalisateurs considérés comme des vétérans ont été écartés de la compétition, laissant place à une nouvelle vague de jeunes réalisateurs. Les géants de l’industrie hollywoodienne, Oliver Stone, Martin Scorsese, Robert Zemeckis, Clint Eastwood et Steven Spielberg avaient tous un film à l’affiche cette année (respectivement Snowden, Silence, Alliés, Sully et Le Bon Gros Géant). L’Académie des Oscars a cependant préféré nommer quatre jeunes réalisateurs – Damien Chazelle (La La Land), Barry Jenkins (Moonlight), Denis Villeneuve (Arrival) et Kenneth Lonergan (Manchester by the Sea) – un seul vétéran en la personne de Mel Gibson (Tu ne tueras point). Plus tôt dans l’année, la sélection pour les awards de la DGA (Directors Guild of America) avait été encore plus radicale. Sur cinq prétendants au titre de meilleur réalisateur, seul Garth Davis (Lion) avait reçu une nomination par le passé, dans la catégorie télévision, et non film.

Ces nominations montrent que les cinéastes révélés dans les années 70 et 80 passent la main à la future génération. C’est la première fois que l’Académie met en lumière tant de nouveaux talents. Ces hommes (et non ces femmes), sont majoritairement à l’aube de leurs carrières et certainement au début de leur aventure avec les Oscars. En 2016, Alejandro G. Iñárritu (The Revenant) était le seul réalisateur à avoir déjà reçu une nomination dans cette catégorie, mais parmi ses rivaux, George Miller (Mad Max: Fury Road) avait été quatre fois nommé dans d’autres catégories (gagnant en 2006 de l’Oscar du meilleur film d’animation pour Happy Feet), et Tom McCarthy (Spotlight) avait été acclamé pour The Station Agent et Là-haut. Tous étaient plus âgés que les prétendants de 2017 au titre de meilleur réalisateur : Damien Chazelle (La La Land) a 32 ans et Barry Jenkins (Moonlight) en a 37. Quant à Denis Villeneuve, il a 49 ans, Kenneth Lonergan, 54 et Mel Gibson, 61.

Faut-il considérer qu’il s’agit là d’une Nouvelle Vague américaine ?

Il a fallu des années avant que le terme de « néoréalisme » soit utilisé pour définir les cinéastes italiens d’après-guerre. De la même manière, les critiques ont mis du temps avant de définir François Truffaut, Jean-Luc Godard et leurs pairs comme la Nouvelle Vague française. Ces réalisateurs semblent aujourd’hui plus différents les uns des autres qu’ils ne l’étaient à leur époque, et beaucoup sont allés dans des directions très distinctes en avançant dans leur carrière. Ils ont néanmoins représenté un même mouvement pendant un temps : les cinéastes italiens ont tous été mus par le même désir de représenter les réels problèmes de l’Italie ravagée par la guerre et les Français par un rejet du cinéma dit “de papa” en ayant à cœur de définir le réalisateur comme auteur.

La dernière Nouvelle Vague américaine, si c’en était une, a émergé dans les années 70 et 80, et a rassemblé des réalisateurs liés par leurs études ou par leurs amitiés, notamment Spielberg, Lucas, De Palma et Coppola. Ces cinéastes appartenaient au Nouvel Hollywood – mouvement né dans les années 60 et au début des années 70, qui a modernisé de façon significative la production de films sur la Côte Ouest. Ce cinéma, inscrit dans la contre-culture et influencé par le néoréalisme italien, la modernité européenne et la Nouvelle Vague française, se caractérisait par la prise de pouvoir des réalisateurs au sein des grands studios américains et la représentation radicale de thèmes jusqu’alors tabous comme la violence, la corruption des pouvoirs politiques, la sexualité ou encore le traumatisme de la guerre du Vietnam. Leur vision sombre s’est révélée à travers les films French Connection (1971), Le Parrain (1972) et Bienvenue, mister Chance (1979). Mais aujourd’hui, la critique sociale est reléguée au second plan au profit de grands récits audacieux sur l’amitié, incarnés par la jeune génération.

Le plus étonnant parmi cette jeune génération c’est de voir à quel point ils sont différents les uns des autres. La La Land est un hommage aux films de l’Âge d’or hollywoodien (et au Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy) en revenant aux sources de la comédie musicale, tandis que Moonlight (Oscar 2017 du Meilleur Film) est un rejet des conventions d’Hollywood, avec sa structure originale, ses personnages et ses thématiques qui auraient été mal accueillis il y a encore quelques années. Cette nouvelle génération est à l’aube d’un changement profond à Hollywood. Il se pourrait bien que Barry Jenkins, Damien Chazelle et leurs pairs représentent l’avant-garde d’une nouvelle génération brillante tout en étant profondément singuliers.

Stephen Galloway, Scorsese, Stone, Spielberg Pushed Aside as Oscar Makes Way for New Generation, Hollywood Reporter, 2/2/2017

Adaptation : Isaac Gaido-Daniel


Il n'y a pas encore de réaction sur cet article, réagissez!

Votre Réaction





*

Copiez le code de sécurité dans le champ de droite


* Champ obligatoire