Cinéma

“Le Choc des Titans” : conversion de la 2D à la 3D

Date: 03/05/2010



"Le Choc des Titans" de Louis Leterrier

Pour Le choc des Titans, Warner a décidé de passer à la 3D alors que le film avait été filmé en 2D conventionnel. Coût de l’opération : 4,5 millions de dollars, dans un temps record d’à peine 10 semaines. Toutefois, les spécialistes ne reconnaissent pas au Choc des Titans la qualité de visionnage d’Avatar, comme l’explique Manohla Dargis du New York Times : « La conversion en 3D du Choc des Titans ne permet aucunement la même immersion qu’Avatar. Au lieu de cela, l’image paraît fragmentée et rappelle plutôt les livres animés ». 

Et le célèbre critique Rogert Ebert, sceptique à l’égard de la 3D, de conseiller : « Essayez d’expliquer aux enfants que le film a été filmé en 2D mais qu’on le montre en 3D pour vous faire payer 5 dollars de plus. Croyez-moi : j’ai vu le film en 2D, et il était génial. »

Les défenseurs de la 3D craignent que ce genre de réaction négative ne mette un frein au développement de la conversion pourtant bien engagée. Ils soulignent également la flexibilité artistique plus importante que celle-ci offre. C’est d’ailleurs ce facteur qui a décidé Tim Burton et son équipe à favoriser un tournage en 2D, quitte à effectuer la conversion a posteriori. De même, une 3D de qualité induit que tout le processus de création du film, du tournage à la post-production, s’effectue en fonction de ce nouveau facteur, chose relativement aisée pour un film d’animation, mais qui peut s’avérer bien plus ardue pour un tournage réel. « La 3D est un médium différent, qui nécessite de penser différemment », explique Rob Engle de Sony Pictures Imageworks. « Par exemple, le film d’animation Monster House a été initialement pensé en 2D, et sur certaines scènes nous avons rajouté un balancement de la caméra. Nous avons aussi pu l’inclure dans la version 3D. Toutefois, en réel, nous n’aurions pas pu le créer. Il y a des styles photographiques qui ne se prêtent pas facilement à la 3D. » Il ajoute également que « la conversion est très difficile. C’est comme créer un effet spécial sans que celui-ci ait été voulu. Ce n’est ni facile, ni abordable. Si on n’a pas le temps, ni l’argent, ni les compétences techniques et artistiques nécessaires, le résultat ne sera pas satisfaisant. »

M. Engle souligne ici l’importance des moyens financiers si l’on veut parvenir à une conversion réussie. « La mentalité est un peu à la ruée vers l’or : peut-on faire plus d’argent au box-office en dépensant moins ? » De ce fait, nombreuses sont les entreprises à proposer des solutions de conversion à des prix plus ou moins élevés. En haut du tableau se trouvent des entreprises telles que In-Three dont la facture peut atteindre cent mille dollars par minute convertie. Pour des tâches moins complexes, le prix peut toutefois descendre en-dessous de 50 000 dollars.

A l’autre bout du spectre se trouve une boîte que JVC envisage de lancer ce mois-ci et qui convertit automatiquement la 2D en 3D pour un coût de 30 000 dollars. Toutefois, l’entreprise se défend d’avoir créé la machine-miracle, tout au plus une technique qui « permettra d’augmenter la vitesse de conversion. »

Entre les deux extrêmes se situe la solution prônée par le processus View-D lancé par Prime Focus, au sein duquel se combinent travail automatique et manuel. C’est le processus adopté pour Le choc des Titans pour un coût situé entre 50 000 et 100 000 dollars par minute de film.

Le débat ne se limite plus seulement à Hollywood, car la 3D prend aussi son envol à la télévision. Et la chaîne britannique Sky, qui vient de lancer sa version 3D, indique dans ses spécifications techniques ne pas accepter de matériel converti.

Debate waging over 2D-to-3D conversion, de Carolyn Giardina, Hollywood Reporter, le 4 avril 2010

Maxime Redon


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