Cinéma

Le transmédia sur le devant de la scène à l’Independent Film Week de New York, en présence de Michel Reilhac

Date: 10/10/2012



Michel Reilhac

Le transmédia est un sujet qui agite le monde du contenu, mais dont les frontières restent encore floues pour un grand nombre de non-initiés. Lors de la dernière Independent Film Week, organisée à New York du 16 au 20 septembre 2012, une conférence a réuni plusieurs acteurs du secteur qui, grâce à des études de cas, ont permis de clarifier ce qui se cache derrière ce terme.


Michel Reilhac, Directeur du cinéma d’ARTE France depuis 2002 et pour encore quelques semaines, a notamment précisé quelle était, selon lui, la définition d’un contenu transmédia et donné quelques exemples de projets développés à ARTE.

Tout d’abord, il estime que le développement du transmédia est nécessaire, car la télévision est un média « vieillissant », qui doit désormais se définir à travers son contenu et non plus à travers son mode de diffusion. Selon lui, le monde des médias est un formidable lieu d’expérimentation.

D’autre part, il estime que la jeune génération (des collégiens aux jeunes adultes) est experte en jeux vidéo et que cela a un impact sur notre manière de raconter des histoires.

Pour Michel Reilhac, le transmédia, ce sont des histoires qui prennent forme dès l’origine, en ayant recours à Internet, à la télévision, au cinéma, etc. Chaque média reprend une partie de l’histoire, est une pièce du puzzle, et propose un autre point de vue sur cette histoire. D’autre part, chaque morceau de l’histoire doit pouvoir exister en lui-même et proposer une expérience enrichissante.

ARTE a développé des contenus dans le secteur du transmédia dès 2008, en commençant par les web documentaires Gaza Sderot et Prison Valley. Ces deux créations audiovisuelles sont des références pour ARTE, mais la chaîne a depuis développé de nouvelles expériences.

ARTE a notamment mis en place des campagnes marketing transmédia comme pour le film Louise Wimmer. A cette occasion, le numéro de téléphone du personnage de Louise Wimmer a été écrit à la main sur 12 000 post its qui ont été collés un peu partout en France. Les personnes qui appelaient ce numéro tombaient sur le personnage de Louise Wimmer et pouvaient échanger avec elle. Le taux de retour est monté jusqu’à 13% sur les 12 000 post its.

ARTE développe aussi une application de réalité augmentée appelée Cinema City. Celle-ci permettra à quiconque se trouvant à Paris à des endroits où des scènes de films ont été tournées de voir ces scènes. Des jeux seront également proposés afin de permettre à l’utilisateur de deviner des informations sur le film, comme le nom du réalisateur, etc. Cela pourrait par exemple leur permettre de gagner une invitation à se rendre sur un tournage à Paris, etc. Il y aura également un site Internet attaché à l’application et des parcours thématiques dans la ville.

Parmi les derniers projets en date figure également un projet de Live Action Role Play (LARP). L’idée est de demander à des individus d’incarner, dans la réalité, un personnage de fiction. Pour sa première expérience, la chaîne franco-allemande travaillera avec deux équipes de 28 personnes chacune, une à Paris, une à Berlin, qui incarneront chacune un des personnages du film de Mathieu Amalric, Tournée. Avec les maîtres de jeux et les assistants, ce sont au total 75 personnes qui participent à l’expérience. Ils visionneront le film et imagineront la suite en interprétant leur personnage pendant 6 heures.

Finalement, pour Michel Reilhac, le transmédia est une histoire et une expérience et cela n’est pas forcément attaché à des outils ou à des plateformes spécifiques. Selon lui, la manière de raconter les histoires que nous avons toujours connues est aujourd’hui remise en question : nous voulons vivre des expériences physiques. Le transmédia est une expérience immersive, participative et interactive.

Cette définition caractérise également le type de projets développés par la société de marketing Campfire. En effet, comme l’explique Steve Coulson, Directeur artistique, la stratégie de Campfire consiste à mobiliser une base de fans avant la sortie d’un film ou d’une série. Pour cela, Campfire étend au maximum le monde de l’histoire afin que le public puisse en faire l’expérience avant même la diffusion en salle ou à la télévision et que le bouche à oreille fonctionne. Par exemple, la société travaille actuellement sur le lancement de la série Hunted prévu le 19 octobre sur la chaîne câblée premium Cinemax. Pour cela, Campfire a créé une sorte de prologue (prequel) à la série, avec un affichage de posters dans New York poussant le public à se rendre sur un site Internet (www.ByzantiumSecurity.com) ayant l’aspect d’un site de véritable société de sécurité industrielle. Il peut ensuite accéder à un autre site, afin de faire des tests de personnalités (www.ByzantiumTests.com) au terme desquels la compagnie détermine s’il est apte à être recruté comme agent pour mener à bien ses activités d’espionnage industriel. Ce « recrutement » permet d’immerger le potentiel spectateur dans l’univers de la série.

Des projets très différents ont également été développés pour le réseau de chaînes publiques américaines PBS. Celui-ci a en effet commandé une web série sur l’art à la société de production spécialisée dans le web, Kornhaber Brown. Comme l’explique Eric Brown, producteur et co-fondateur de la compagnie, il lui paraissait compliqué de faire des documentaires traditionnels sur l’art pour Internet, car, selon lui, personne ne les aurait regardés. C’est pourquoi la société a mené une recherche approfondie sur ce que le public recherchait sur Internet en matière d’art. Le résultat, c’est Off Book, une série où chaque épisode de 6 à 7 minutes traite de thèmes comme le lego art, le motion graphics, le tatouage, etc. Pour Eric Brown, cela a indéniablement eu un impact sur ce que les gens considèrent comme de l’art.

Autre projet développé par Kornhaber Brown pour PBS, et qualifié de transmédia par ses créateurs, Idea Channel traite des questions qui intéressent les internautes : un épisode s’interroge, par exemple, sur le fait que Facebook change, ou non, l’identité de ses utilisateurs. Après chaque épisode, deux minutes sont consacrées aux meilleurs commentaires reçus pour l’épisode précédent : cela a accru la participation des internautes et le nombre de commentaires reçus. Le programme compte aujourd’hui 50 000 abonnés et a comptabilisé plus de 2 millions de visionnages en 6 mois. Finalement, l’idée qui guide Kornhaber Brown qui, pour Eric Brown, est aussi une forme de transmédia, c’est de créer du contenu en fonction de ce qui intéresse les internautes, de déterminer cela en étudiant leurs goûts de manière approfondie et de leur donner la parole sur le contenu.

Géraldine Durand


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1 - Le transmédia sur le devant de la scène à l’Independent Film Week de New York, en présence de Michel Reilhac « Mediamerica | Cinéma | Etats-Unis et Canada | Scoop.it | 10.10.12

[…] Le transmédia est un sujet qui agite le monde du contenu, mais dont les frontières restent encore floues pour un grand nombre de non-initiés. Lors de la dernière Independent Film Week, organisée à New York du 16 au 20 septembre 2012, une conférence a réuni plusieurs acteurs du secteur qui, grâce à des études de cas, ont permis de clarifier ce qui se cache derrière ce terme.  […]


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