Cinéma

Les dessinateurs de bande dessinée investissent Hollywood

Date: 03/03/2010



The Book of Eli

Il fut un temps où les dessinateurs de bande dessinée ne servaient qu’à proposer des histoires et des personnages à Hollywood afin que les studios les adaptent au cinéma. La tendance est en train de changer et les dessinateurs se faisant une place dans la production cinématographique se multiplient. Dernier exemple en date, la réalisation des frères Hughes, The Book of Eli, à laquelle ont participé Chris Weston et Tommy Lee Edwards, tous deux issus de la bande dessinée et effectuant leurs débuts sur les plateaux de cinéma.

Des personnalités issus du milieu de la bande dessinée s’impliquent également dans le travail de postproduction, à l’instar de Tory Nixey pour le film Don’t Be Afraid of the Dark, et même dans la réalisation, comme John Cassaday pour un épisode de la série Dollhouse. « Quand on a des talents de narrateur, je pense que la bande dessinée est un aussi bon terrain d’entraînement pour la réalisation que tout autre travail dans le cinéma ou la télévision », précise Cassaday. « Les points de convergence entre la B.D. et le cinéma sont nombreux. Quand je lis une bande dessinée, je peux voir les scènes derrière la caméra, les plans, les mouvements, les sons, les acteurs. »

Bien qu’ayant utilisé le savoir-faire de Weston pour The Book of Eli, Albert Hughes tend à nuancer l’affirmation selon laquelle tout dessinateur de bande dessinée aurait sa place derrière la caméra : « On peut être incapable de faire ressortir quelque chose d’un être humain si on a l’habitude d’être enfermé dans une chambre sans communiquer avec le monde extérieur».

Bien souvent, d’ailleurs, la rencontre entre la B.D. et le cinéma est fortuite. Pour Chris Weston, tout est parti de l’amitié qu’il entretenait avec Gary Whitta, scénariste d’Eli. Quand ce dernier voulut proposer son scénario à Hollywood, il demanda des croquis à Weston en lui promettant une place dans l’équipe du film si le scénario était accepté.

Ainsi, les dessinateurs ayant réussi à se lancer dans le cinéma ont longtemps fait figure d’exception. Frank Miller apparaît à cet égard comme le premier grand dessinateur à être parvenu à pénétrer le monde du cinéma avec Sin City, réalisé en collaboration avec Robert Rodriguez, qui avait généré 158 millions de dollars d’entrées à travers le monde. Toutefois, le succès ne fut pas au rendez-vous quand Miller avait tenté l’expérience en solitaire avec The Spirit.

Mais les échecs de certains n’empêchent pas les autres de tenter leur chance, souvent pour des raisons financières. « Au cinéma, tu es payé à l’heure, que tu sois en train de travailler ou non. Dans la bande dessinée, tu es payé à la page », précise Mike Mignola dont la BD Hellboy a été adaptée par Guillermo del Toro avec lequel il travaille actuellement sur un nouveau projet.  Cette situation ne va pas sans certains inconvénients, au premier rang desquels la perte d’indépendance dans la création. Alors que les artistes de BD disposent généralement d’une grande liberté, ils restent au cinéma sous la direction d’un réalisateur. Sur Blade 2 et Hellboy, le travail de Mignola consistait à « mettre sur le papier l’idée de del Toro, avant que des personnes spécialisées se chargent d’adapter cela en images susceptibles d’être filmées. […] J’avais parfois la possibilité de créer, mais bien souvent del Toro savait ce qu’il voulait. Quand je travaille sur un film de del Toro, je l’aide à faire un film de del Toro. »

Parfois aussi, le travail à Hollywood empêche les artistes de continuer à créer sur le papier. Chris Weston, qui a aussi travaillé à la réalisation d’une adaptation pour Internet de Eli avant sa sortie au cinéma, fut contraint de laisser de côté sa bande dessinée The Twelve, au grand désespoir de ses fans. Il compte s’impliquer de plus en plus dans le cinéma à mesure que les réalisateurs s’intéressent à son travail sur Eli.

Réalisateur de la série Buffy contre les vampires et plus récemment de Dollhouse, Joss Whedon pense que la présence d’artistes de BD au cinéma est une tendance qui va s’imposer : « Quand j’étais écrivain et que je voulais me lancer dans le cinéma, les gens se moquaient de moi. De même, les gens qui passaient du cinéma à la télévision étaient mal vus, ce qui n’est plus le cas. La technologie permet désormais à chacun d’étendre ses propres possibilités. »

Designing directors, de Borys Kit, The Hollywood Reporter,  12 février 2010

Maxime Redon


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