Cinéma

Les enjeux de Charles Rivkin, futur président de la MPAA et ancien ambassadeur des Etats-Unis en France

Date: 13/12/2017

Le nouveau CEO et futur président de la Motion Picture Association of America (MPAA), qui réunit les six grands studios américains, a un lien particulier avec la France. Il prend son poste à un moment-clé pour l’industrie du cinéma, plongée dans une mutation majeure.

 

1/ Le parcours de Charles Rivkin

Issu d’une famille de diplomates, Charles Rivkin connaît très bien la France, l’ayant visitée à de nombreuses reprises. Il y a réalisé des voyages d’études, à Rennes notamment, et y a appris le français qu’il parle couramment.

Charles Rivkin est nommé par Barack Obama ambassadeur des Etats-Unis en France en 2009. Il y restera en poste jusqu’en 2013. Il doit en grande partie sa nomination à son important engagement en faveur du parti démocrate, notamment via des levées de fonds. Il poursuit en parallèle une carrière dans le secteur des médias : présidence et direction d’entreprises majeures du secteur, production de la série Yo Gabba Gabba pour laquelle il remporte un BAFTA, équivalent des “Oscars” en Grande Bretagne.

A son retour aux Etats-Unis en 2013, il est nommé secrétaire d’État adjoint pour les affaires économiques et commerciales sous le président Barack Obama.

Nommé le 5 septembre 2017 CEO de la MPAA, il en prendra la présidence en janvier 2018,  après le départ de Chris Dodd, actuel président et ancien sénateur très influent.

 

2/ L’organisation de la MPAA

La Motion Picture Association of America est une association commerciale américaine qui représente les six grands studios hollywoodiens (Paramount Pictures, Sony Pictures, Twentieth Century Fox, Universal City, Walt Disney, Warner Bros). Elle a été fondée en 1922 par des producteurs et des distributeurs de films pour faire avancer les intérêts commerciaux des membres. Aujourd’hui, la MPAA dirige les efforts de lobbying pour prévenir le piratage et protéger le droit d’auteur, éliminer les barrières commerciales et améliorer l’image d’Hollywood à l’international.

La MPAA entretient par ailleurs des liens forts avec le cinéma français, notamment à travers différentes négociations européennes, mais également au travers de COLCOA, festival de cinéma français organisé chaque année à Los Angeles par le Fonds Culturel Franco-Américain, dont la MPAA est un des membres aux côté de la SACEM, la WGA et la DGA.

 

3/ Les grands chantiers de la MPAA

La MPAA pourrait chercher à s’élargir, et aurait fait plusieurs approches auprès d’autres acteurs de poids comme Lionsgate ou CBS. Par ailleurs, l’arrivée massive de nouveaux entrants dans la production comme Netflix et Amazon Studios bouleverse les équilibres actuels. Pour le moment, le rattachement de ces nouvelles entités n’est pas entériné, et l’élargissement de la MPAA se fait donc à petit pas et sur des questions précises. Par exemple, sur les questions de crédit d’impôt et de détaxe pour promouvoir les tournages à l’étranger, la MPAA travaille de concert avec CBS.

Sur le marché intérieur, le développement d’une législation stricte contre le piratage est un chantier prioritaire, soutenu par Netflix et Amazon.

L’apparition des “Kodi Box” renouvelle en effet la pratique du piratage et fait peser de nouvelles menaces sur les industries culturelles et créatives. Kodi propose un lecteur multimédia libre, très simple d’utilisation et constamment amélioré par une communauté de programmeurs informatiques à travers le monde. Kodi permet de lire de nombreux types de fichiers vidéos et audios, d’effectuer des recherches documentaires sur des bases de données, et d’accéder à des sites inédits pour un lecteur multimédia (prévisions météorologiques, stations radio, etc.). Des développeurs mal intentionnés ont utilisé le code source de Kodi pour concevoir des extensions de services VOD et de streaming illégaux, à la manière de PopCorn Time. Puisque les pirates utilisent une technologie brevetée déjà existante, il est plus difficile d’agir contre cette nouvelle forme de piratage que contre des sites entièrement frauduleux et tout entier dévolus au piratage comme Emule, ou PopCorn Time.

De leur côté, les entreprises de télécommunications et du secteur Internet militent pour une législation assouplie concernant le piratage. Charles Rivkin devra donc composer avec ces deux tendances antagonistes, alors que même des fusions s’annoncent entre les studios et certains groupes de télécommunication. La première en date, annoncée mais pas encore réalisée, concerne l’acquisition de Time Warner par AT&T. En effet, la législation anti-trust complique pour le moment ce rachat : un procès le 19 mars 2018 devrait avoir lieu pour confirmer ou interdire l’acquisition.

Sur le marché extérieur, la Chine représente un enjeu majeur, le box office chinois dépassant désormais le box office américain. Chris Dodd avait eu à cœur de nouer des partenariats de qualité avec les Chinois, favorisant notamment la diffusion de films américains en Chine. Toutefois, l’orientation économique protectionniste privilégiée par Donald Trump pourrait avoir des conséquences sur cette ouverture. C’est sans doute pour cette raison que Charles Rivkin a réservé une de ses premières prises de parole au “China film Summit” qui s’est tenu à Los Angeles 1er novembre 2017, en insistant sur l’avenir commun qui se dessinait entre les industries chinoises et américaines.

Séverine Madinier


Il n'y a pas encore de réaction sur cet article, réagissez!

Votre Réaction





*

Copiez le code de sécurité dans le champ de droite


* Champ obligatoire