Cinéma

Tribeca et Sundance prévoit d’étendre leurs activités de distribution numérique

Date: 14/03/2011



Tribeca Film Institute

Deux importants organisateurs de festival, Tribeca Enterprises et le Sundance Institute, sont sur le point de redoubler d’efforts pour rendre les films indépendants accessibles à une plus large audience.

Pendant des années, la fonction des festivals était claire : créer une émulation autour des films indépendants et espérer que des distributeurs en achètent les droits en vue d’une sortie en salle.

L’apparition du streaming et de la vidéo à la demande (VoD) ont libéré les festivals de leurs limitations géographiques. Tout à coup, des festivals comme Sundance, Tribeca, et South by Southwest se sont essayés à organiser des avant-premières retransmises au même moment, à la fois dans le cadre géographique du festival, et sur des sites comme YouTube ou en VoD sur le câble.

Désormais, l’étape à franchir est la suivante : passer de l’expérimentation à une distribution numérique aux règles bien définies.

Tribeca a annoncé le 28 février dernier l’expansion significative de sa société de distribution Tribeca Film. Cette entreprise test a été créée l’année dernière, et est en charge de la sortie des films à la fois en salle et sur supports numériques.

Dans les films de cette année – prévus pour être distribués dans les salles, via les services de vidéo à la demande dans 40 millions de foyers et via des services Internet comme iTunes – on retrouve des acteurs populaires du cinéma indépendant comme Zach Braff et Vincent Gallo.

« Nous avons très vite réalisé que notre nom résonne au-delà de New York », a déclaré Jane Rosenthal, la co-fondatrice de Tribeca. « Il y a des centaines de films merveilleux qui n’ont jamais eu la possibilité d’atteindre un public plus large, nous voulons par conséquent saisir toutes les opportunité qui s’offrent à nous pour changer cela ».

Sundance, qui en matière de distribution a pendant des années « bricolé » des partenariats, devrait annoncer officiellement sa stratégie pour l’année à venir, afin d’aider les réalisateurs de films indépendants à distribuer leur films sur supports numériques et ce, dans les semaines qui viennent. Les chaînes de l’enseigne Sundance devraient être diffusées sur iTunes, Hulu, Netflix, YouTube, etc.

Sundance a refusé de commenter prétextant que les négociations étaient toujours en cours. Un porte-parole a cependant souligné que le modèle sur lequel se base Sundance diffère nettement par rapport à celui de Tribeca Film, puisqu’il permet aux réalisateurs de rester propriétaires de leurs œuvres.

« Il y a de grandes opportunités sur ce marché, particulièrement pour une poignée de films dont la sortie en salle ne représente pas un grand intérêt pour les distributeurs, mais peuvent faire des profits grâce à la VoD et aux autres plateformes numériques », a expliqué à l’agence United Talent, Rena Ronson, co-présidente de The Independent Film Group.

Tribeca et Sundance étendent leurs activités au-delà de leurs limites traditionnelles pour des raisons économiques et technologiques. Ces dernières années, gravement touchées par la récession et le gel des coûts du marché, les distributeurs de cinéma d’art et d’essai tels que Paramount Vantage et Picturehouse ont fait faillite, laissant un vide sur le marché.

« C’était vraiment génial que Tribeca se lance, parce qu’il n’y avait presque plus personne pour acheter quoique ce soit », a expliqué Julien Nitzberg, le réalisateur de The wild and wonderful whites of west Virginia, un documentaire sur une famille Apache que Tribeca a distribué avec succès l’année dernière.

L’arrivée du streaming sur Internet et des systèmes VoD – de plus en plus nombreux – dans les salons a rendu la distribution plus démocratique. Désormais, tous les films indépendants – pas uniquement ceux qui ont un fort potentiel en termes de sortie en salle – peuvent être vus par un large public. Toutefois, tandis que les services numériques se développent, ces films, qui ont peu ou pas de budget marketing, ont de plus en plus de mal à se faire remarquer.

Des organisations comme Tribeca ou Sundance, qui ont des critères de sélection et un nom reconnus par les cinéphiles, voient là l’opportunité d’aider à dynamiser le secteur du cinéma indépendant en servant de référence. Mr. Nitzberg attribue d’ailleurs à Tribeca l’attention portée à son documentaire sur le service en streaming d’Amazon, ce qui lui a permis de passer devant Hurt Locker, ayant pourtant reçu l’Oscar du meilleur film en 2010.

Certains festivals ne font pas partie de l’initiative. « Les gens nous sollicitent car nous avons une grande réputation, mais la distribution est un secteur à part entière », a déclaré Janet Pierson, programmatrice de la section films du festival South by Southwest, qui a lieu à Austin au Texas, et s’est déroulé cette année du 11 au 19 mars.

Mme Pierson a l’expérience pour appuyer son propos. South by Southwest a fait équipe avec IFC en 2009 pour la diffusion de cinq films en simultané, c’est-à-dire à la fois pendant le festival et sur la télévision payante à travers les Etats-Unis. Elle a depuis abandonné cette initiative. « Ca devient très vite très compliqué », a-t-elle expliqué. « Ce que nous voulons, c’est nous concentrer sur le festival en lui-même, et en faire un grand événement live ».

Mais, l’opinion de Mme Pierson est minoritaire. D’autres organisateurs de festivals tel que Film Independent, le moteur qui se cache derrière le Los Angeles Film Festival, sont en train de tout mettre en œuvre pour suivre le chemin pris par Tribeca et Sundance. Un groupe de festivals d’influence Afro-américaine – le BronzeLens Film Festival à Atlanta, le ReelBlack Film Series à Philadelphie – ont récemment annoncé une alliance, afin de favoriser la sortie en salle de leurs films.

L’initiative de Tribeca reste unique, et ce, en partie parce qu’elle a pour sponsor une entreprise aussi importante qu’American Express. L’organisateur s’est aussi arrangé pour que ses films soient disponibles sur LodgeNet, un service VoD installé dans 1,8 million de chambres d’hôtel.

Mme Ronson de United Talent pense que Tribeca est pris au sérieux grâce aux cadres que l’entreprise a engagés. L’année dernière, Nick Savva, auparavant chez Revolver Entertainment, a rejoint Tribeca comme directeur des acquisitions ; Randy Manis, un des co-fondateurs de ThinkFilm, une entreprise de production et de distribution connu pour des titres comme Half Nelson, intervient en tant que conseiller.

Tribeca, dont le festival se tiendra du 20 avril au 1er mai à Manhattan, étend son activité alors que le cinéma d’art et d’essai semble en pleine relance. Les acquisitions étaient florissantes au festival de Sundance et quelques films nominés aux Oscars comme Black Swan ont eu un succès inattendu au Box Office. Cependant, Mme Rosenthal ne considère pas que cela soit acquis. « Avec un paysage qui évolue si vite », dit-elle, « il nous faut nous adapter très vite ».

Tribeca and Sundance Festivals Plan big growth, de Brooks Barnes, The New York Times, 27 février 2011

Laure Dahout


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