Jeux Vidéo

Après la tragédie de Newton, questions sur la régulation des jeux vidéo et contenus violents

Date: 11/03/2013

Quelques mois après la tuerie de Newton dans le Connecticut, plusieurs Etats américains réfléchissent à la possibilité de se doter de législations afin de réguler les jeux vidéo et, plus généralement tous les contenus violents.


La multiplication des projets de loi

Moins de 3 mois après la tragédie de Newton, plus d’une douzaine de projets de loi ont été présentés dans plusieurs Etats américains. En Pennsylvanie, dans le New Jersey et dans le Massachussetts, l’objectif affiché est d’étudier les jeux vidéo et leur lien éventuel avec des comportements violents. A New York, le projet de loi vise à interdire la vente de jeux vidéo violents aux mineurs. Enfin, dans le Connecticut, il s’agirait d’imposer une taxe de 10% sur les jeux classifiés M (mature), c’est-à-dire les jeux déconseillés aux moins de 17 ans pour cause de contenu violent, sanglant, gore, sexuel et/ou langage grossier (intense violence, blood and gore, sexual content and/or strong language).

Les représentants de l’industrie des jeux vidéo, et plus généralement des contenus, se préparent à contre-attaquer en se basant notamment sur la protection que le Premier Amendement de la Constitution américaine accorde à la liberté d’expression. Cette stratégie leur avait déjà permis de remporter une bataille similaire en Californie en 2011 (Lire Protection des mineurs : les jeux vidéos violents protégés par le 1er Amendement, Médiamérica, 07/07/11). Toutefois, les législateurs tentent, cette fois, de contourner les arguments qui avaient, à l’époque, poussé la Cour Suprême à invalider une loi interdisant la vente de jeux vidéo violents aux mineurs.

La représentante Debralee Hovey (R-Conn.), dont la circonscription comprend la ville de Newton, a par exemple présenté un projet de loi afin d’imposer une taxe sur les jeux classifiés M. Elle assimile cette taxe à une forme de « sin tax », c’est-à-dire qui concerne des biens et services comme l’alcool, les cigarettes, les jeux d’argent, etc. L’argent récolté serait reversé au Department of Mental Health and Addiction Services de l’Etat du Connecticut et servirait à financer des campagnes de sensibilisation des familles à la détection de comportements antisociaux et d’addiction aux jeux vidéo chez leurs enfants. Son projet de loi tente de contourner la difficulté qui consisterait à charger les pouvoirs publics de déterminer ce qui est trop violent, et devant donc être taxé, en confiant cette responsabilité à l’Entertainment Software Rating Board géré par les professionnels eux-mêmes. Cet organisme décide de la classification des jeux vidéo aux Etats-Unis. Un projet de loi similaire, mais imposant une taxe à 1%, a également été présenté dans le Missouri.

Selon David Horowitz, directeur exécutif de la Media Coalition, qui représente des vendeurs de jeux vidéo, des libraires et des producteurs de films et de musique dans les débats mettant en cause la liberté d’expression, ces précautions n’empêcheront pas ces projets de loi d’être facilement contestables devant la justice s’ils venaient à être votés. Lors de jugements antérieurs, des lois proposant de « sous-traiter » la définition de ce qui doit être taxé à des organismes privés avaient été suspectés d’inconstitutionnalité (constitutionnally suspect). Il avait alors été spécifié que le gouvernement ne peut pas s’appuyer sur le mode de classification d’une entité privée pour définir son mode de régulation. David Horowitz souligne également que plus un projet de loi tentera de s’attaquer à une forme de média en particulier et à une caractéristique spécifique, plus il sera considéré comme suspect du point de vue de la liberté d’expression.

Finalement, les projets de loi qui ont le plus de chance d’aboutir sont ceux qui tentent de résoudre la question des effets de la violence dans les médias. Ainsi, certains projets de loi se rapprochent des idées avancées par le Président Obama. Le président américain a en effet demandé au Congrès américain de dégager un budget de 10 millions de dollars afin de permettre au Center for Disease Control de mener des recherches sur la relation entre jeux vidéo, média et violence (Lire Obama Calls on CDC to Probe Media, Video Game Violence in Gun Control Package, The Hollywood Reporter, 16 janvier 2013). Pour David Horowitz, il est aberrant que certains Etats présentent des projets de loi avant même qu’une étude ait été menée à ce sujet et il souligne l’existence de recherches montrant l’absence de corrélation entre jeux vidéo et comportements violents. L’Entertainment Software Association consacre une page entière de son site Internet, intitulée Game & Violence, à cette question, ainsi qu’un document de 4 pages publiés en 2012 qui reprend l’essentiel de ses arguments.


L’industrie contre-attaque à travers une campagne de sensibilisation

Face à ces tentatives pour réguler la violence dans les média, l’industrie du contenu a lancé une campagne visant à rappeler aux parents les possibilités qu’ils ont de contrôler les programmes visionnés par leurs enfants. Annoncée fin février, l’initiative est soutenue par la Motion Pictures Association of America (MPAA), la National association of Broadcasters, la National Cable & Telecommunications Association, la National association of Theater Owners, l’American Cable Association, ainsi que l’opérateur du câble DirecTV et celui des télécommunications Verizon FiOS. Cette campagne comprendra des annonces à la télévision, dans les salles de cinéma et sur Internet produites notamment par les associations professionnelles, les chaînes de télévision et les opérateurs de la télévision payante. Elles concerneront le système de classification des programmes télévisés et des films de cinéma et les technologies de contrôle parental intégrées dans la plupart des téléviseurs. Elles feront également la promotion de sites sur le contrôle parental comme www.TheTVBoss.org, repensé pour l’occasion, et www.FilmRatings.com, relancé récemment. Les annonces devraient commencer à être diffusées dans les mois qui viennent.

En parallèle, des chaînes de télévision, Associated Press et l’Entertainment Industries Council ont lancé une campagne prévoyant la création d’un guide afin d’éduquer les journalistes, les producteurs de cinéma et de télévision, les réalisateurs et les scénaristes à la terminologie des maladies mentales.

Ces initiatives n’incluent pas d’associations professionnelles du secteur des jeux vidéo. Quand le Vice Président, Joseph Biden, a rencontré des représentants du secteur des contenus au mois de janvier, le président de la MPAA, Christopher Dodd a demandé à ce que la rencontre entre les représentants du gouvernement et les associations professionnelles de la télévision et du cinéma soit distincte de celle organisée avec l’industrie du jeu vidéo, soulignant la nature interactive de ce secteur.

A ce jour, l’industrie du jeu vidéo, représentée par l’Entertainment Software Association, s’est contentée de publier un communiqué de presse quelques jours après la tuerie de Newton, afin de présenter ses condoléances aux familles des victimes et de rappeler les études soulignant l’absence de lien entre la violence au sein des jeux vidéo et dans la réalité.

States mull violence studies, even sin tax on games, Ted Johnson, Daily Variety, 14 février 2013

Media Companies, on Defensive About Violence, Plan Campaign on Parental Control, Brian Stelter, The New York Times, 27 février 2013

New campaign addresses violence in media, Ted Johnson, Daily Variety, 27 février 2013

Video game lobby breaks silence after Newtown shooting, de Jennifer Martinez, The Hill, 20 décembre 2012

Géraldine Durand


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