Anti-Piraterie

Saison des Oscars : saison de la piraterie

Date: 16/03/2011

Selon une étude commandée récemment par la chaîne de télévision américaine NBC à la firme britannique Envisionnal, près d’un quart du trafic sur Internet au niveau mondial, soit 23,8%, serait dédié au piratage (lire le document complet). Le protocole de peer-to-peer (P2P) BitTorrent serait concerné par la moitié de ces activités (11,4%).Aux Etats-Unis, près de 17% du trafic sur Internet serait dédié au piratage et BitTorrent représenterait 9% du trafic total dans le pays. En termes de contenu, au niveau global, la pornographie serait la plus recherchée (35,8% du trafic), suivie par les films de cinéma (35,2%) et les programmes de télévision (12,7%).

A Hollywood, le sujet est suivi de près, d’autant que la saison des Oscars se traduit, traditionnellement, par une forte hausse du piratage des films nominés. Selon Peer Media Technology, société qui a signé des accords avec les studios et surveille le trafic P2P, dans la semaine qui a suivi l’annonce de la liste des films nominés, le téléchargement illégal du film True Grit a augmenté globalement de 34%, celui du film The Fighter de 23% et celui de Black Swan de 6%. Aucun de ces films n’étant disponible actuellement en DVD, la « fuite » vient soit d’un caméscope dans une salle de cinéma, soit d’un membre de la production, soit des screeners envoyés aux membres de l’académie.

Selon Peer Media, avec laquelle Variety a également signé un accord afin de réaliser, chaque semaine, un classement des films les plus téléchargés, parmi les films qui étaient nominés pour l’Oscar du meilleur film, Inception est le film qui a le plus souffert du téléchargement illégal. En tout, le film de Chris Nolan a enregistré 17 millions de téléchargements illégaux depuis sa sortie sur les écrans américains, le 16 juillet 2010. L’Italie se place en tête du nombre de téléchargements avec 2,5 millions au total.

The Social Network se place en 2ème position avec 5,6 millions de téléchargements depuis sa sortie le 1er octobre 2010, l’Italie se plaçant encore une fois en tête avec presque 700 000 téléchargements dénombrés au 25 février 2011.

Les deux films étaient déjà sortis en DVD lors de l’annonce de leur nomination aux Oscars, une chance pour eux, car les chiffres du téléchargement illégal sont bien plus importants quand le film n’est pas encore sorti en DVD ou sur les écrans.

« La piraterie fonctionne de manière très simple : quand il y a de la demande, il y a du piratage », résume Hemanshu Nigam, fondateur de SSP Blue, société de conseil sur la sécurité en ligne. « La demande augmente de la même manière sur les plates-formes de distribution légales et illégales ».

En 2003, les studios avaient envisagé de supprimer les screeners, mais ils avaient dû se rétracter face à la colère des réalisateurs et des sociétés de production indépendantes. Finalement, ils avaient décidé que les screeners envoyés aux membres de l’Académie et des guilds possèderaient un niveau de protection accrue, notamment grâce à un système de tatouage numérique (watermark). Toutefois, selon Andy Baio, entrepreneur dans le domaine des nouvelles technologies qui collecte des données sur le piratage de films nominés aux Oscars depuis 2003, les screeners des films Black Swan, The Fighter, True Grit, 127 heures, King’s Speech et Social Network ont tous été diffusés sur Internet cette année. Il a en effet annoncé sur son blog, www.waxy.org, qu’il pensait que près de 11 screeners des Oscars avaient été diffusés sur Internet cette année. Point positif, il note que ce chiffre est inférieur à celui des années passées et que le système de tatouage numérique des DVD a certainement contribué à cette baisse.

Selon Peer Media, après que le screener d’un des films nominés aux Oscars, dont la société ne révèlera pas le nom, a été diffusé sur un site de P2P, celui-ci a été téléchargé des dizaines de milliers de fois en seulement un jour.

Pour Mike Robinson, Executive Vice President of Content Protection à la Motion Picture Association of America (MPAA), « malgré les milliers de screeners qui sont envoyés par la poste, les chiffres de téléchargement illégal de ces films font pâle figure à côté des chiffres du téléchargement dû à l’enregistrement des films sur caméscope en salle ». La MPAA a déjà poursuivi des personnes ayant fait passer des screeners sur Internet et selon Robinson, l’organisation est actuellement en train de mener une enquête sur les screeners qui ont filtré cette année. Pour le moment, aucune poursuite n’est en cours.

Les principaux studios d’Hollywood concentrent leurs efforts dans la lutte contre la piraterie sur la source des contenus, mais Voltage Pictures, qui a produit le film Hurt Locker, a décidé d’adopter une approche plus agressive. La société de production a engagé un cabinet afin de poursuivre les milliers de personnes qui ont obtenu des copies du film à travers des sites de partage de données. Le film a enregistré un box office de 17 millions de dollars aux Etats-Unis et 49 millions de dollars dans le monde, et il était disponible en DVD au moment de l’annonce de sa nomination aux Oscar.

Mais ce processus est compliqué. Il a d’abord nécessité l’envoi d’assignations aux fournisseurs d’accès Internet (FAI) afin de récupérer l’identité des utilisateurs, puis la mise en place de poursuites pour violation du droit de la propriété intellectuelle (copyright infringement suits) à travers le pays, afin de demander réparation pour des montants variant entre 30 000$ et 150 000$ par violation. Bien que les personnes poursuivies aient la possibilité de trouver un arrangement à l’amiable pour 2 900$, les chiffres peuvent croître à mesure que le procès traîne.

L’avocat en charge du dossier, Thomas Dunlap, estime que la communication autour des actions en justice de Voltage a eu un effet dissuasif important : le partage illégal du film Hurt Locker sur Internet a baissé de 80% après que les procès ont été entamés en mai 2010. L’avocat a annoncé qu’il mènerait certainement une action similaire contre les downloaders du film The Machinist, pour le compte de la société Nu Image.

L’inconvénient d’une telle stratégie n’est pas seulement l’imbroglio juridique, mais c’est surtout l’image que cela donne des sociétés qui sont dans la position inconfortable de poursuivre ceux qu’ils souhaiteraient voir payer pour les films. Selon Hemanshu Nigam, le fait que les studios n’aient pas adopté de stratégie similaire (Voir l’article Lutte contre la piraterie : Positions des différents acteurs et mise en application) « ne change rien au fait que le téléchargement est illégal, et souligne l’importance d’éduquer les citoyens et de leur montrer que dans une société numérique, les lois concernant la piraterie s’appliquent aussi en ligne ».

Oscars noms drive illegal downloads, de Ted Johnson, Variety, 25 février 2011

Piracy Nearly A Quarter Of Global Internet Traffic, Says Study, d’Andrew Wallenstein, Paidcontent.org, 31 janvier 2011

Géraldine Durand


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