Paysage Audiovisuel

Au Festival South By South West (SXSW), l’intelligence artificielle et les plateformes numériques ont dominé les débats

Date: 02/04/2018

La 32è édition du festival SXSW s’est déroulée du 9 au 18 mars 2018, attirant près de 100 000 personnes de 80 nationalités différentes travaillant dans les secteurs de la culture, des médias, de la publicité et du numérique. Le festival se divise en deux temps : un premier temps visant à “célébrer la convergence des industries créatives” (Interactive Track), notamment rythmé par une multitude de conférences, puis un second temps dédié aux jeux vidéo et à la musique. L’Interactive Track a fait intervenir le sénateur Bernie Sanders, Elon Musk (Tesla/SpaceX), Melinda Gates, Sadiq Khan (maire de Londres) et la lanceuse d’alerte Chelsea Manning. Une dizaine d’élus au Congrès et tout autant de représentants de l’administration (membres de la White House Office of American Innovation, commissaires à la FCC, directeur de l’U.S. Patent Office) ont fait le déplacement. Parmi les nombreux sujets abordés, les interrogations sur l’intelligence artificielle et la régulation des plateformes numériques ont marqué un salon qui s’était révélé jusqu’à présent très optimiste sur la contribution des technologies au progrès de l’humanité.

Sur l’intelligence artificielle (IA), E. Musk a réitéré sa position alarmiste en estimant que l’IA pouvait être plus dangereuse que les armes nucléaires mais la plupart des intervenants ont tenu à rappeler qu’en dépit des avancées impressionnantes (succès d’AlphaGo, robots de Boston Dynamics, véhicules autonomes, reconnaissance faciale, applications médicales, …) la recherche était encore très loin d’une intelligence artificielle générale. Il est toutefois pertinent de penser ces questions dès à présent, selon le fondateur de Siri (assistant vocal intégré aux iPhone d’Apple) Adam Cheyer, qui voit dans l’IA le paradigme technologique de la prochaine décennie. La directrice de Partnership on AI Terah Lyons a expliqué que les entreprises de son organisation (Google, Apple, Facebook, …) s’intéressaient particulièrement à la question de l’explainability, consistant à être en mesure d’expliquer la décision d’une machine afin notamment d’identifier des biais algorithmiques dont les conséquences peuvent être graves – notamment en matière de justice pénale. La philosophe et ingénieure Nell Watson (affiliée à la Singularity University) a toutefois mis en garde contre la tentation d’obtenir une interprétation sélective de calculs très complexes pour panser une “blessure narcissique” de l’homme qui n’aurait, à l’avenir, plus l’exclusivité de la création de nouvelles idées et de nouveaux raisonnements.

La question de la régulation des plateformes numériques rejoint partiellement celle de l’IA selon Matt Lira, conseiller au sein de l’Office of American Innovation à la Maison Blanche. M. Lira s’est inquiété des systèmes automatisés de diffusion de fausses informations en ligne, et la capacité de ces systèmes à brouiller la frontière entre le vrai et le faux – notamment via la possibilité de réaliser des vidéos où l’on fait dire à des personnalités publiques des propos totalement inventés. Dans le cadre des élections, ce type de méthode est de nature à perturber dangereusement le débat public selon le sénateur Mark Warner qui a parlé de “militarisation de l’information”.

La question des fake news a aussi été abordée à partir de la tension entre la nécessité de marginaliser les contenus haineux et les fausses informations et le principe de liberté d’expression. Le représentant de Wikimedia (qui gère Wikipedia) Jan Gerlach s’est inquiété des législations qui apparaissent à travers le monde visant à forcer les plateformes numériques à renforcer leurs dispositifs de modération. Il estime que ces lois peuvent aboutir à un zèle des sites internet qui pourraient préférer censurer plutôt que s’exposer à des risques juridiques. A ce sujet, l’entreprise Facebook a été particulièrement mentionnée et la responsable des produits médias Alex Hardiman a refusé de définir le réseau social comme étant un éditeur, préférant se positionner comme une “plateforme responsable”. Si l’idée d’une réforme de l’exemption de la responsabilité dont jouissent ces plateformes (au titre de la Section 230 du Communications Decency Act) a été peu évoquée, les appels à davantage d’actions de la part de ces entreprises se sont multipliés et ont résonné comme un avertissement selon la presse spécialisée. Une représentante de Youtube a annoncé lors de l’événement que le site de vidéos en ligne allait faire apparaître des contenus Wikipédia aux côtés des vidéos identifiées comme conspirationnistes. Mais, au-delà de la régulation des contenus, la chercheuse Lina Khan (Open Markets Institute) a appelé les autorités de la concurrence à se saisir de la question du niveau de concentration dans le secteur du numérique ainsi qu’à s’interroger sur la pertinence de l’appréhension de ces plateformes comme étant des “marchés bifaces” aux spécificités nouvelles.

Sur le sujet, voir également:
Succès pour la présence culturelle française à South by South West – Austin 2018
Succès pour le Bureau Export New York à SXSW

Oualid BACHIRI
Service Économique Régional de l’Ambassade de France à Washington,
frenchtreasuryintheus.org 


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