Paysage Audiovisuel

État des lieux après le Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas

Date: 14/02/2013

Du 7 au 11 janvier, les leaders de l’industrie électronique se sont réunis à Las Vegas pour présenter leurs derniers produits high-tech. En parallèle, le congrès a accueilli plus de 300 conférences afin de faire le point sur les enjeux économiques, technologiques et politiques du secteur, qui a représenté un chiffre d’affaires de 200 milliards de dollars aux États-Unis pour l’année 2012, dont 72 milliards pour les technologies de l’information et de la communication.


Vers l’Internet des Objets

C’est devenu un lieu commun : l’innovation de rupture aurait déserté le secteur du hardware, mû désormais par une innovation incrémentale, moins novatrice. À Las Vegas, même si la qualité des produits s’améliore chaque année, rien ne semble révolutionnaire : télévisions HD, lunettes 3D, écrans multitouches… Peut-on en déduire pour autant que le hardware ait atteint un plateau et que le software serait désormais plus propice à l’innovation (Twitter, Facebook, etc.) ?

En réalité, la vitesse d’adoption de l’innovation varie selon le secteur : pour le software, dont les coûts de réplication sont quasiment nuls, l’adoption est très rapide ; elle est plus lente pour le hardware. Il est probable que des technologies inventées il y a plusieurs années soient adoptées en 2013 : selon certains analystes, la technologie Near Field Communication (NFC), particulièrement utile pour les paiements à distance, devrait rapidement devenir un usage courant pour les américains.

Cependant, l’Internet des Objets – Internet of Things ou Internet of everything, qui désigne les objets connectés entre eux et à Internet – remet largement en question la dichotomie traditionnelle entre software et hardware. Bien que son développement relève du moyen voire du long terme (4 à 8 ans), quelques applications sont déjà commercialisées – Nest, le thermostat intelligent, sera beaucoup évoqué. En conséquence, comme Apple en son temps, les entreprises de software “s’exportent” désormais vers le hardware – Google installe la fibre optique et produit des lunettes, Microsoft commercialise des tablettes… La connectivité croissante des terminaux, des services et des contenus donne lieu au déploiement d’écosystèmes qui permettent une expérience utilisateur globale et homogène. Aujourd’hui, deux modèles se dessinent : l’écosystème d’Apple, fondé sur une intégration totale et une liberté restreinte en échange d’une qualité garantie, fait face à l’écosystème de Google, plus ouvert et collaboratif. Les analystes estiment qu’il est encore trop tôt pour déterminer si l’écosystème de Microsoft parviendra à rivaliser avec les deux leaders.

Par ailleurs, les différents intervenants ont souligné que les principaux freins à l’innovation sont aujourd’hui d’ordre juridique – et non technologique – et sont utilisés par certaines corporations pour préserver des rentes de situation. Ainsi, dans le domaine de l’entertainment, les détenteurs de droits sur les contenus (rights holders, notamment les chaînes de télévision) freinent la diffusion de ces derniers sur les nouveaux canaux afin de garantir leurs revenus sur les canaux traditionnels. Dans la même perspective, la startup Uber, qui offre des services de chauffeurs personnels, n’a pu s’implanter à Miami en raison d’une règlementation trop contraignante – toute course en voiture avec chauffeur personnel est facturée au minimum 60 dollars – qui protège les compagnies de taxis.

Enfin, si l’innovation s’est jusqu’ici concentrée sur des marchés grand public (BtoC) – téléphone, télévision… – il est probable qu’elle bouleversera en 2013 des secteurs moins ouverts, relevant de la sphère publique, comme l’éducation et la santé – cours en ligne, télémédecine…


Garantir un Internet libre et ouvert sans renoncer à la régulation

Le rôle des politiques publiques en matière d’innovation a été largement évoqué. Dans cette perspective, le CES a accueilli à la fois des membres du corps législatif – notamment le sénateur Ron Wyden (D-OR) – et des représentants de l’administration Obama – le chairman de la Federal Communications Commission (FCC) Julius Genachowski et la commissaire de la Federal Trade Commission (FTC) Maureen Ohlhausen. Pour ces derniers, il s’agissait en partie de rassurer le secteur privé, un an à peine après le Blackout Day, qui avait mobilisé de manière massive les internautes et les géants de l’économie numérique contre les projets de loi Protect Intellectual Property Act (PIPA) et Stop Online Piracy Act (SOPA). La lutte commune pour la préservation d’un Internet libre et ouvert a été largement mise en avant. Les intervenants ont notamment salué la position ferme de la délégation américaine face aux « tentatives d’ingérence intergouvernementale » dans la régulation d’Internet lors de la World Conference on International Telecommunications (WCIT) de décembre.

Pour autant, la réélection confortable de Barack Obama à la tête de l’exécutif américain ouvre la voie à un interventionnisme plus poussé qui s’appliquera également au secteur des télécommunications. Le statu quo ne semble plus être à l’ordre du jour : dans un discours intitulé freedom to compete, Ron Wyden a présenté les grandes lignes d’une pro-innovation policy en soulignant que « le rôle du gouvernement dans l’économie numérique est d’éliminer les barrières juridiques et la stagnation ».

Selon le sénateur, l’internet libre et ouvert serait une condition nécessaire mais non suffisante pour garantir un marché efficient : certaines défaillances exigent une intervention ferme du régulateur, notamment en ce qui concerne l’accès à Internet. Dans le cadre du duopole américain, Comcast et Verizon pourraient donc être soumis à une régulation plus poussée afin d’éviter tout abus de position dominante (data caps notamment). Le sénateur a également annoncé que le système des brevets logiciels (software patents), considéré par certains comme une tax on innovation, ferait l’objet d’un audit au Congrès et pourrait être profondément réformé.

Enfin, l’enjeu de la protection de la vie privée est devenu fondamental : le sénateur a notamment évoqué le projet d’un Privacy Act plus contraignant. Dans un monde où l’échange de données – notamment personnelles – est massif et permanent (phénomène des Big Data), il est nécessaire de protéger le consommateur face aux abus potentiels du gouvernement et des entreprises. Les technologies de détection et de reconnaissance faciales, qui sont déjà largement répandues, font l’objet d’une inquiétude particulière. Cependant, la FTC estime que le titre 5 du Federal Trade Commssion Act (qui interdit les unfair or deceptive acts or practices) est pour l’instant suffisant pour limiter les abus.

Service Economique Régional de l’Ambassade de France à Washington


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