Paysage Audiovisuel

Interview de Mathieu Fournet (Services culturels de l’Ambassade de France aux États-Unis) : “Nous voulons développer la diversité des publics et celle des lieux”

Date: 11/03/2016

Mathieu Fournet, attaché audiovisuel aux services culturels de l’ambassade à New York, explique comment il y promeut des évènements français, et comment il tente de délocaliser les événements franco-américains en dehors de Manhattan.

Quelle est votre mission ?
Les services culturels de l’ambassade ont trois objectifs : d’abord promouvoir les industries créatives de la culture française, puis renforcer la part des contenus français sur les marchés, festivals ou auprès d’instituts culturels et universitaires, et enfin diffuser et promouvoir l’innovation française et francophone au sens large dans le domaine du cinéma. Nous avons comme mission de cibler les jeunes, les étudiants et les classes moyennes émergentes, notamment issus de l’immigration latino-américaine.

Comment travaillez-vous ?
Nous travaillons essentiellement en mettant en place des partenariats américains et français : avec UniFrance, la commission Ile-de-France, les ministères en France, avec le FIAF à New York mais aussi avec tout le réseau des alliances françaises aux États-Unis et différents festivals. Cela peut être le Museum of the Moving Image, le MoMa, le Lincoln Center ou encore la nouvelle salle du Metrograph, qui vient d’ouvrir. D’ailleurs, pour ce dernier, la première rétrospective est française et porte sur Jean Eustache.

Quels sont les principaux évènements ?
Il y a les Rendez-vous with French Cinema qui se tiennent en ce moment, mais aussi le festival South By Southwest à Austin avec un “French Tech Day” le 15 mars. En matière de cinéma, nous travaillons autour d’un cycle de rétrospectives et de tournées, comme avec Maurice Pialat, qui en est à sa septième ville. Nous travaillons aussi sur Young French Cinema, un programme d’offre de cinéma français qui n’a pas trouvé de diffuseur sur le territoire et que l’on co-présente par conséquent avec UniFrance Film et le Canada. Nous en étions à 60 programmes l’année dernière, et ce chiffre est monté à 80. Seuls, nous ne pourrions pas réaliser tout cela.

Quels sont les critères pour être partenaire de l’ambassade et se faire aider par les services culturels ?
Les services culturels de l’ambassade sont pilotes de projets pour lesquels nous faisons des partenariats et de la recherche de sponsoring. C’est le cas de Films on the Green l’été dans les parcs de New York par exemple. Les  financements directs ne sont pas très nombreux ! Il faut des lieux prescripteurs, des objectifs en matière d’audience et de public. Nos budgets ne sont pas illimités, il ne nous est pas possible de prendre en charge tous les festivals car nous mêmes devons aller chercher du soutien.

Pourquoi la France est-elle définie par une image de film “de luxe”, de patrimoine ou d’auteur et jamais de grand public ?
Au service culturel, nous n’avons pas de salles, nous faisons tout hors des murs. Les institutions américaines ont des équipes de programmation qui choisissent les films avec lesquels ils ont envie de travailler. C’est aussi le choix des distributeurs : plus de 75 films français sont sortis aux États-Unis et le premier au box-office, c’était “Taken 3” ! D’autres ont fait de très bons scores, comme “Clouds of Sils Maria” d’Olivier Assayas, et ont même dépassé le million de dollars de recettes aux États-Unis.

Faut-il soulever des montagnes pour aller chercher des fonds privés ?
C’est un challenge et en même temps une très bonne école. Cela représente une part importante de notre travail. Nous avons la capacité de trouver des alliances, ce qui est le rôle du service public. New York semble se cantonner à Manhattan… Justement, j’ai voulu casser cette image. Nous voulons développer la diversité des publics et celle des lieux. Nous avons comme partenaire le Museum of the Moving Image dans le Queens, et des universités comme le CUNY Staten Island. C’est très stimulant, ils sont très sérieux et nous apportent beaucoup d’aide. La diversité et la richesse de la programmation culturelle américaine sont très intéressantes.

Quelles sont les zones américaines qui vous suivent ?
Nous avons des zones prioritaires : New York, Los Angeles, la Nouvelle-Angleterre et le grand Midwest et enfin une zone très dynamique à Columbus, Minneapolis, et j’espère avec Saint Louis prochainement. Sur New York, nous sommes une trentaine et un peu moins de 80 aux États-Unis. Chaque consulat dispose d’une antenne culturelle.

Quelle est votre collaboration avec le consulat ? Qui fait quoi ?
Nous avons des réunions régulières : notre activité concerne le secteur culturel et le transmédia, et le consulat s’occupe de l’animation des start-up françaises, d’accueillir les nouveaux arrivants en organisant des événements qui leur permettent de s’insérer dans le réseau existant. Business France, de son côté, est en charge d’aider à l’implantation d’entreprises américaines en France et les start-up françaises à New York. Enfin, la chambre de commerce s’occupe du développement du business.

Vous venez également de créer des événements autour de la musique électronique…
Oui, nous tentons de décloisonner les thématiques. L’année dernière, c’était une expo photo et cette année, nous avons choisi de valoriser la musique pour fêter les 25 ans de la French Touch dans la musique électronique. Il y aura une projection sur les Daft Punk, une rencontre avec des DJ’s et une master class.

On parle beaucoup de cinéma. Que faites-vous en télévision ?
Nous avons mis en place des offres avec Annecy et des courts-métrages d’animation que nous proposons aux partenaires américains, comme les réseaux des alliances français et la School of Visual Art. Nous avons aussi mis en place un programme en 3D avec le pôle audiovisuel d’Angoulême et l’association Prenez du relief .

Pourriez-vous faire un festival de la télévision aux États-Unis ou développer d’autres domaines ?
Nous pouvons toujours y réfléchir. Pourquoi pas. TV France International réfléchit avec nous sur ces thématiques. C’est pour cela que nous avons été actifs sur les International Emmy Awards. S’il existait un festival du reportage ou une opération dans ce sens, nous serions partants.

Propos recueillis par Sandra Muller à New York. La Lettre de l’Audiovisuel est accessible par abonnements uniquement. Pour plus d’information : sandramullernyc@gmail.com.
Pour consulter quelques articles :
lettreaudiovisuel.com.


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1 - Interview de Mathieu Fournet (Services culturel… | 11.03.16

[…] Mathieu Fournet, attaché audiovisuel aux services culturels de l’ambassade à New York, explique comment il y promeut des évènements français, et comment il tente de délocaliser les événements franco-américains en dehors de Manhattan.  […]


2 - Films on the Green à New York, un exemple de réussite à la française « Mediamerica | 11.03.16

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