Paysage Audiovisuel

La convention de l’Unesco sur la diversité culturelle et les médias américains

Date: 12/11/2005

Si le vote sans appel de l’Unesco en faveur de la diversité culturelle n’a provoqué dans un premier temps que des comptes rendus des débats dans quelques grands titres de la presse, les médias américains se sont intéressés progressivement à ce sujet. La presse relève l’isolement des Etats-Unis et le rôle moteur joué par la France avec le Canada dans ce vote. Elle s’interroge aussi sur la notion de diversité culturelle que plusieurs titres opposent à la liberté d’expression…

Un vote qui isole les Etats-Unis

Dans son compte rendu du vote de la convention sur la diversité culturelle, le New York Times est direct : « entre défendre les intérêts d’Hollywood ou rejoindre un consensus international, les Etats-Unis se sont retrouvés pratiquement seuls à l’Unesco ». Il s’agit même « d’une gifle à la figure des Etats-Unis », écrit Variety. « Nous sommes globalement plus isolés que jamais », ajoute le patron de la Motion Picture Association, Dan Glickman, dans Hollywood Reporter.

Cet isolement s’oppose à une unité européenne « rare et qui contraste avec le dossier agricole » (agence UPI). L’Associated Press comme le New York Times insistent sur le soutien particulier des Britanniques, l’allié traditionnel des Etats-Unis, rallié à la cause et à la position française.

La France est considérée comme la première responsable du vote de la convention, donc de cet isolement des Etats-Unis. C’est « une victoire pour la France » (UPI), « fruit des efforts français désespérés pour tenir éloignée la culture américaine », ajoute Helle Dalle de la conservatrice Heritage Foundation dans le Washington Times. Le Washington Post rappelle que c’est sous l’impulsion du président Chirac que la France a voulu imposer une exception dans les règles du commerce international pour les biens culturels.

Certains commentateurs remettent en cause le retour des Etats-Unis au sein de l’Unesco après 19 ans d’absence. « Si la position américaine est restée digne », écrit l’Associated Press, « il existe malgré tout une menace de retrait des Etats-Unis de l’Unesco ». Le très conservateur New York Sun rappelle, comme d’autres médias, que les contribuables américains payent 22 pour cent du budget de l’Unesco, soit 134 millions de dollars. Le Pittsburgh Tribune estime d’ailleurs que c’est toute la politique de l’administration Bush vis-à-vis de l’ONU qui est contradictoire. Dans une analyse publiée par la Heritage Foundation, les auteurs demandent en tous cas à ce que la participation financière des Etats-Unis au budget de l’Unesco ne serve pas à financer une partie du Fonds international sur la diversité culturelle dont la création est prévue par la convention.

Une attaque contre la liberté d’expression

Que ce soit dans le Sacramento Bee qui titre : « les Nations Unies avancent pour contenir la liberté d’expression », le Washington Post ou le Washington Times, le renvoi à George Orwell est fréquent.

Les journalistes évoquent ainsi « la forme orwellienne du traité » ou encore « la rhétorique orwellienne du texte ».

La notion de diversité culturelle est présentée dans la presse américaine comme « la possibilité d’offrir un choix accru, grâce à la mondialisation, de biens culturels importés » (Tech Central Station). « Elle s’oppose à la notion de protectionnisme » (New York Sun). « Or l’exception culturelle est synonyme de protectionnisme et de quotas », peut-on lire dans Variety. « Le but de la convention consiste à limiter la diversité culturelle, non à la développer », écrit le Washington Times. L’auteur de cet article ajoute dans le web memo publié par la Heritage Foundation que cette convention pourrait être utilisée par des pays comme la Chine, l’Iran ou Cuba pour restreindre davantage l’accès aux « valeurs occidentales ». Variety se fait par ailleurs l’écho de la Corée du Sud qui pourrait décider de limiter le nombre de films étrangers diffusés dans les salles de cinéma.

Les grands quotidiens regrettent eux le manque d’une définition claire de la diversité culturelle et de la façon dont elle devrait être promue et protégée (New York Times), ainsi qu’une définition trop large du bien culturel qui peut comprendre le « café ou le textile » (Washington Post)…

Une attaque contre Hollywood et une alarme pour la diplomatie culturelle américaine

Beaucoup de médias s’accordent à considérer que c’est bien Hollywood qui est la cible de la convention. « C’est un référendum sur la relation haine/amour entre Hollywood, Big Mac et Coca Cola d’un côté et le reste du monde de l’autre », écrit le Washington Post. Variety rappelle que cette convention est votée alors que les grands films américains réalisent parfois plus de 70 pour cent de leur chiffre d’affaires à l’étranger. Mais le quotidien doute de l’efficacité de la convention à l’heure où il devient possible de télécharger sur Internet des contenus audiovisuels, donc des films et de la musique. Un avis que partage le Los Angeles Times.

Dans le New York Times –qui a publié trois articles dont un éditorial sur le sujet en deux semaines – Alan Riding constate que la convention ne menace pas Hollywood dont les produits sont consommés « avec plaisir », partout dans le monde, « même en Iran ». Il se demande en revanche « s’il est sage pour les Etats-Unis de laisser seul le marché définir son image culturelle ». « N’est-il pas temps de redonner vie à la diplomatie culturelle ? » ajoute-t-il, « avec pour objectif de persuader les élites politiques et intellectuelles des vertus de la civilisation américaine ». Cette idée fait l’objet d’un lobby artistique aux Etats-Unis auprès de Condi Rice pour que les efforts actuels en matière de diplomatie culturelle disposent d’une véritable base « financière et d’un soutien politique » et ne soient pas simplement « symboliques ». Et Alan Riding de mettre en exergue le travail effectué en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne et au Japon, et de donner comme exemple concret le festival de théâtre contemporain, Act French, qui se tient en ce moment à New York.

Jean-Christian AGID


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