Lecture Numerique

La croissance rapide de l’édition numérique au Canada

Date: 15/02/2012

Si les changements du monde de l’édition du fait des développements numériques ont été relativement progressifs au Canada (comme ailleurs), la métamorphose s’est désormais accélérée. A la mi-2011, 12 éditeurs canadiens présentaient des titres de livres électroniques dans leur collection.

Les tendances constatées pour l’ensemble de l’Amérique du Nord vont dans le sens d’une forte progression des ventes dans ce domaine, et d’une baisse des ventes d’imprimés, même s’il n’existe pas encore de chiffres distincts pour les ventes de livres électroniques au Canada.


I. BREF HISTORIQUE

Il est utile de rappeler les décisions et les directions les plus marquantes de ces cinq dernières années.

2007
En novembre, Amazon lance sur le marché mondial la liseuse Kindle, disponible au Canada.

2010
En mai, le groupe canadien Indigo Books & Music lance officiellement la liseuse Kobo eReader (développée par une société canadienne).
Avant Noël, Amazon suspend la distribution du Kindle au Canada, n’étant pas en mesure de satisfaire la demande croissante aux États‐Unis.

2011
En janvier, Amazon annonce que les ventes de livres électroniques ont dépassé les ventes de livres de poche dans le monde.
En mars, la compagnie Kobo annonce qu’elle a vendu 2,3 millions de livres électroniques dans plus de 100 pays depuis la mise en vente de la première version de la liseuse en mai 2010.
En mai, la compagnie Amazon annonce qu’elle vend plus de livres électroniques que de livres imprimés.

En novembre, un après les Etats-Unis, Google lance au Canada sa libraire numérique Google ebookstore, rendant disponible son vaste catalogue comprenant des centaines de milliers de titres disponibles à la vente et plus de deux millions de livres libres de droit.
Ce lancement bénéficie d’un partenariat avec des éditeurs internationaux basés au Canada (Random House, McClelland & Stewart, Douglas & McIntyre), ainsi que de grands éditeurs canadiens (House of Anansi, Dundurn).
Un partenariat a également été établi avec les librairies en ligne existantes Campus eBookstore (consortium basé aux Etats-Unis et au Canada) et McNally Robinson (librairie canadienne), permettant l’achat de livres électroniques du catalogue Google depuis leur site Web.

En décembre, l’Association des libraires du Canada (Canadian Booksellers Association) annonce un partenariat avec la librairie numérique de Google.
Cet accord permet aux membres de cette association de vendre directement 250.000 titres ainsi que les nouveautés du catalogue de la librairie numérique de Google, via la plateforme Campus eBookstore.
Les 600 commerces membres de ce réseau canadien ont donc la possibilité, sans avoir à payer de coûts d’installation (évalués à 1200$), de vendre ces titres en reversant à Google un montant mensuel de 50$ (prélevé uniquement lorsque le montant des ventes est suffisant), et de retirer 75% des profits nets réalisés sur chaque vente.

Du côté d’Amazon, il a été annoncé, également en 2011, une hausse du versement des royalties (désormais fixés à 70 % au lieu de 35%) pour les auteurs et les éditeurs, utilisant le programme d’auto-publication “Kindle Direct Publishing”, qui vendraient des ebooks sur le territoire canadien. Jusqu’à présent, cette rétribution concernait uniquement les ventes effectuées aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

Le Canadian Writers Group, une agence qui représente des auteurs en freelance et les aide à trouver des contrats au sein de compagnies canadiennes qui souhaitent faire appel à des auteurs pour des projets ponctuels (écriture de documents formels, contenus écrits sur le site de l’entreprise, etc.), lancera une plateforme similaire dans le courant de l’année 2012.



II. LES LISEUSES (E-READERS)

Les formats de liseuses disponibles au Canada sont les suivants :

Le Kindle créé par Amazon, avec son catalogue de 45 000 titres en français et 900 000 en anglais, est disponible au Canada comme dans le monde entier. Les livres numériques sont distribués via le Kindle Store.
L’internaute peut acheter ses ebooks, en français ou en anglais, directement à partir d’un Kindle ou via l’une des applications disponibles : iPad, Windows, Android, PC, Mac ou Blackberry.
Les nouveautés coûtent environ 20 % de moins qu’un livre papier et les titres libres de droit près de 40 % de moins.

Le Kobo a été créé en 2009 par la société canadienne Kobo Inc., détenue à 88 % par Indigo Books & Music, une chaîne canadienne de librairies proposant également des produits culturels tels que des disques et des DVD et ayant un quasi monopole des ventes de livres au Canada. Le groupe a fait l’acquisition de plusieurs autres librairies canadiennes au fil de son histoire, dont sa principale concurrente la chaîne Chapters en 2001, et par la même occasion la chaîne de librairies Coles, propriété de Chapters.
Racheté en novembre 2011 pour 315 millions de dollars par le géant japonais du commerce électronique Rakuten, Kobo permet l’accès à plus de 2,2 millions de livres payants et plus d’un million de livres tombés dans le domaine public.
A la différence des liseuses et des tablettes d’Amazon qui ne lisent que les e-books vendus par ce dernier, l’« e-reader » du Canadien accueille tous les fichiers en format ePub, qui est en train de s’imposer comme le format standard, quel que soit le site sur lequel ils ont été achetés.
Par ailleurs, les e-books vendus par Kobo peuvent être lus sur tous les appareils : iPhone, iPad, BlackBerry, tablettes et smartphones équipés d’Android.
En France, la FNAC vient de lancer en partenariat avec cette entreprise le « Kobo by Fnac ». Pour l’instant, seules les personnes disposant d’une carte de crédit française avec une adresse postale en France peuvent procéder au téléchargement d’ouvrages en langue française sur le site de la Fnac, mais un partenariat entre les éditeurs français et la société canadienne est en cours de discussion et pourrait aboutir à assurer l’accès de tous les lecteurs canadiens au téléchargement d’ouvrages en français via le site de la Fnac.

Le Reader eBook créé par Sony. De nombreux livres électroniques sont disponibles à l’achat de cette liseuse, mais l’on peut également en emprunter ou en télécharger gratuitement sur différents sites (notamment un grand nombre de librairies et bibliothèques).

– Le Cybook Odyssey de Bookeen (société française fondée en 2003) met à disposition une librairie, BookeenStore.com, de plus de 50 000 livres électroniques en français et qui permet d’accéder directement aux catalogues des plus grands éditeurs.



III. LES VENTES D’IMPRIMÉS FACE AUX VENTES DE LIVRES ÉLECTRONIQUES AU CANADA

Il s’avère à ce stade difficile d’obtenir des données chiffrées sur les évolutions de ventes de livres spécifiques au Canada car, comme le confirme Noah Genner, de BookNet Canada – une agence à but non lucratif compilant des données, des statistiques et des études de marché sur le livre pour ses membres (éditeurs, distributeurs, libraires canadiens et associations de l’industrie du livre au Canada) –, Kobo et Amazon ne fournissant pas des chiffres séparés sur les ventes canadiennes, les données correspondantes ne sont pas encore disponibles. Il s’agit en effet pour l’instant de chiffres pour l’ensemble de l’Amérique du Nord.

Néanmoins, les grandes tendances fournies par ces chiffres confirment l’augmentation des ventes de livres électroniques et le déclin des ventes d’imprimés. Les données récentes sur les ventes en Amérique du Nord indiquent que la principale incidence des ventes de livres électroniques sur les imprimés touche les livres de poche grand public et les ouvrages de fiction.

BookNet Canada fait état d’une baisse de 3 % des revenus et des unités vendues pour les ventes d’imprimés au Canada en 2010, et d’une baisse « de plus de 3 % » des ventes d’imprimés canadiens pendant le premier trimestre de 2011.

La faiblesse du secteur de la vente de livres au détail est, en partie, un autre indicateur du déclin des ventes de livres. Les effets combinés de la prédominance des chaînes Indigo et Chapters, des ventes en ligne et de la diffusion des livres électroniques ont ainsi sans doute contribué aux nombreuses fermetures récentes de librairies indépendantes canadiennes (citons par exemple les librairies de Vancouver Duthie Books, créée il y a 50 ans, et Sophia Books, qui proposait un large fonds francophone, mais aussi à Toronto la plus vieille librairie indépendante, The Book Mark, la librairie Pages ou encore la librairie francophone Champlain).



IV. OFFRE NUMÉRIQUE CANADIENNE

1. Ouvrages

Selon une étude réalisée en mai 2011 gérée par la Commission du droit de prêt public (qui représente les organismes nationaux d’écrivains, de traducteurs, de bibliothécaires et d’éditeurs, ainsi que des membres du ministère du Patrimoine canadien, du Conseil des Arts du Canada, de Bibliothèque et Archives Canada et de Bibliothèque et Archives nationales du Québec), douze éditeurs canadiens présentaient des titres de livres électroniques dans leur collection. Ces éditeurs avaient publié 781 livres électroniques sur un total de 9 702 titres parus (soit 8 %). Les œuvres d’auteurs canadiens publiées par des éditeurs situés ailleurs qu’au Canada sont exclues de cette étude.

Le nombre de titres par éditeur (il s’agit de titres qui viennent en supplément de la version papier que l’on peut acquérir en librairie) s’établit ainsi :
– Arsenal Pulp : 28 titres
– Douglas & McIntyre : 50 titres
– Doubleday Canada : 116 titres
– ECW : 5 titres
– Greystone : 33 titres
– House of Anansi : 13 titres
– Knopf Canada : 159 titres
– McClelland & Stewart : 115 titres
– Orca : 60 titres
– Penguin Canada : 137 titres
– Random Canada : 62 titres
– Tundra : 2 titres
– Wordwrights Canada : 1 titre


2. Revues

Un grand nombre de revues canadiennes se sont lancées dans le numérique, soit en complément de la version papier, comme cela a été le cas pour les revues littéraire et généraliste Descant et The Walrus, soit directement, sans passer par la version papier complémentaire, comme la revue d’art visuel Ryeberg. A titre d’exemple, l’Université York compte aujourd’hui 10 revues de sciences humaines et sociales créées directement en numérique (born-digital journals), sur un total de 28 revues disponibles dans ce domaine à York.


3. Bibliothèques

Les bibliothèques constituent un acteur clef dans le développement de l’offre numérique au Canada. Si le paysage de l’offre numérique des bibliothèques canadiennes est contrasté, certains réseaux ont très tôt proposé à leur public cette nouvelle offre.

Ainsi, le réseau de la Toronto Public Library, le plus grand en Amérique du Nord avec 97 bibliothèques, propose des livres qui peuvent être téléchargés sur ordinateur, tablette ou liseuse pour une période de trois semaines. Ce système de prêt de livres numériques fonctionne très bien auprès du public de la ville.

David Gressot et Claire Le Masne


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3 Réactions

1 - La croissance rapide de l’édition numérique au Canada « Mediamerica | Livre(s) numérique(s) | Scoop.it | 15.02.12

[…] mediamerica.org – Today, 1:11 AM […]


2 - La croissance rapide de l’édition numérique au Canada « Mediamerica | Livres numériques et applications pour enfants | Scoop.it | 15.02.12

[…] mediamerica.org – Today, 1:24 AM […]


3 - Bzibzou | 15.02.12

Rectification: le Kindle n’est proposé à l’export au Canada qu’à partir de novembre 2009. Auparavant, il était possible d’acheter un Kindle aux USA et le ramener au Canada mais sans bénéficier du réseau cellulaire (qui a contribué au succès américain du Kindle) et je ne sais même pas si pour acheter des ebooks sur Amazon.com il n’aurait pas obligatoirement fallu un compte américain et non canadien. Voir la news sur le site d’Amazon http://phx.corporate-ir.net/phoenix.zhtml?c=176060&p=irol-newsArticle&ID=1356477&highlight=


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