Lecture Numerique

La réalité augmentée et le futur de l’édition

Date: 17/09/2014

Après avoir travaillé dans diverses maisons d’édition, Bruce Harris est maintenant consultant, et il adore ça. Travailler seul lui laisse plus d’espace pour innover. « J’ai eu une carrière fantastique », dit-il, « j’ai travaillé chez Crown, Random House, Worman… je n’aurais pas pu espérer mieux. Ces dix dernières années ont été merveilleuses ».

La réalité augmentée

En ce moment, Harris travaille avec des auteurs et des éditeurs pour trouver ce qu’il appelle “les stratégies éditoriales du XXIème siècle”. L’une des nouvelles stratégies qui lui plaît particulièrement est celle de la réalité augmentée (RA), qu’il a eu la chance d’expérimenter lorsqu’il a travaillé sur le projet d’Anomaly, un roman graphique de 370 pages imaginé par Skip Brittenham, avocat spécialisé dans le droit du spectacle, et l’illustrateur de bandes dessinées Brian Haberlin. Avec la RA, une incrustation digitale permet aux créateurs d’ajouter du contenu multimédia sur le papier. Les lecteurs téléchargent une application et scannent les pages à l’aide de leur smartphone ou de leur tablette, sur lesquels apparaissent du contenu supplémentaire tel que des vidéos, du son, des liens vers des sites internet ou des réseaux sociaux, entre autres possibilités.

Pour Harris, la réalité augmentée est une véritable rencontre entre le numérique et l’imprimé. « On utilise ses appareils pour découvrir plus de contenus. Le contenu est attrayant au point de vue numérique et permet des interactions, mais le livre imprimé est nécessaire pour accéder à ce contenu ». En quelque sorte, selon Harris, le numérique est resté « une expérience figée comme l’imprimé » : le lecteur a affaire aux mêmes contenus sur les supports numériques et imprimés. Avec la RA au contraire, « il y a du mouvement, de l’audio, et de nombreuses fonctionnalités en supplément du contenu écrit ».

La plupart des projets dont s’occupe Harris en ce moment sont créés en partenariat avec des artistes autoédités, comme c’était le cas pour Anomaly et Modernist Cuisine, une collection de cinq ouvrages de Nathan Myhrvold, au prix de 625$, qui s’est vendue dans le monde à plus de 150 000 exemplaires. L’un des attraits principaux de ce type de projets est la capacité de cibler un marché spécifique. « Ce que je fais avec mes clients, c’est que je me concentre sur les particularités du contenu qu’ils me proposent pour identifier la manière dont il doit être mis en forme, commercialisé et vendu ». Harris considère que les grandes maisons d’édition ne sont pas assez spécialisées. « Les grandes entreprises d’aujourd’hui n’ont pas assez de temps à consacrer à un grand nombre des ouvrages qu’elles publient et donc ne leur donnent pas l’attention dont ils auraient vraiment besoin avant d’être mis sur le marché. Aujourd’hui, pour ainsi dire, on peut mieux réussir en étant en dehors des systèmes d’édition traditionnelle plutôt qu’à l’intérieur. Les grandes maisons doivent gérer des centaines et des centaines de titres ».

L’autoédition, en revanche, n’est pas faite pour les timorés : elle demande un investissement important en termes de temps et d’argent, dit Harris. « Un auteur qui se dit ‘je vais mettre ça sur Facebook et il va se passer quelque chose’ fait preuve de naïveté. On travaille dans un pays gigantesque où la concurrence règne. On ne peut pas travailler autant pour rien ». Harris voit des auteurs s’impliquer de plus en plus dans la promotion de leurs ouvrages : « Il existe des moyens créatifs de faire participer les auteurs à la discussion, et beaucoup de choses pourraient être faites pour que les auteurs soient représentés sur internet et dans les médias comme des experts dans un domaine particulier et non pas simplement comme des gens qui ont écrit un livre ». Pour illustrer ses propos, Harris mentionne un livre chez Skyhorse intitulé Why Planes Crash, dont l’auteur, David Soucie, est devenu un expert régulièrement consulté par la chaîne CNN.

Innovation dans une industrie en évolution

L’avènement du numérique et de l’autoédition n’a pas été une surprise pour Harris. « Ce n’est pas la première décennie qui voit des mutations importantes. Depuis que je suis arrivé dans cette industrie il y a 50 ans, chaque décennie a subi des bouleversements. Ce qui change aujourd’hui c’est bien entendu le support, de l’imprimé au numérique ». De son point de vue d’indépendant, Harris a maintenant un regard affirmé sur les manières dont les éditeurs s’adaptent aux modifications du secteur, et ce à quoi ils ne s’adaptent pas. Surtout, il considère que l’édition de livres a bien mieux supporté la « révolution » numérique que ne l’ont fait d’autres secteurs comme celui de la musique ou du cinéma. « La bonne nouvelle, c’est que les gens ont toujours l’air d’avoir envie d’un contenu qui dure, et les livres en font partie ».

Harris s’inquiète en revanche du fait que les centres d’intérêt de ses clients sont de plus en plus restreints. Les nombreuses librairies indépendantes qui offraient aux consommateurs un choix de livres complètement inattendus lui manquent. « Je pense qu’en un sens, cela a grandement affecté le fait de découvrir. Avant, on pouvait entrer dans beaucoup plus d’endroits susceptibles d’avoir des contenus qui nous intéressaient, même si l’on ne s’y attendait pas forcément. Les gens sont maintenant obligés d’aller dans des directions de plus en plus restreintes. C’est vrai pour la politique et pour la culture, et c’est une tendance qui m’inquiète un peu ».

Harris est un grand fan de livres illustrés et déclare “Je me suis inquiété du futur des livres illustrés au moment où les ventes de livres d’art et de photographie se sont écroulées ». Cependant, les nouvelles stratégies éditoriales le rendent plus optimiste. « Avec la réalité augmentée et d’autres technologies qui vont naître, nous serons capables d’avoir un nouveau regard sur l’illustré ‘longue durée’ ». Il attend avec impatience l’arrivée de celui qu’il appelle « notre Shakespeare numérique », c’est-à-dire un « génie créatif » qui saura utiliser ce format pour créer le mariage parfait entre le numérique et l’imprimé.

Lorsqu’on lui demande d’où il pense que les innovations du futur vont provenir, Harris répond qu’“elles ne viendront pas d’un éditeur, mais d’un auteur/créateur”. Pour illustrer son propos, il fait référence à son travail avec Douglas Adams, auteur de l’ouvrage The Hitchikers’ Guide to the Galaxy (Le Guide du voyageur intergalactique) publié chez Crown. « Lorsque j’ai rencontré Douglas Adams dans les années 1980, il a été la première personne à m’expliquer ce que allait devenir l’Internet. Il me manque beaucoup. Ce sera quelqu’un comme lui ou William Gibson – une personne qui a un sens de la technologie et qui comprend l’illustré – quelqu’un qui va vraiment pouvoir transformer tout cela en quelque chose de génial ».

Harris s’intéresse beaucoup au processus créatif. « J’ai beaucoup réfléchi à la créativité. Les gens pensent que les nouvelles idées arrivent aux gens comme par magie, mais ce n’est pas ainsi que cela se passe. La création est généralement la synthèse du travail de quelqu’un qui sait quelque chose dans un domaine et qui applique ses connaissances à un autre domaine ». Harris a hâte de voir comment les processus créatifs pour l’imprimé et le numérique vont se développer dans le monde éditorial. « Nous arrivons au moment où une ou plusieurs personnes vont parvenir à créer un tout nouveau mode de divertissement, mais avec du vrai contenu ».

 

Augmented reality and the future of books, de Lynn Rosen, 7 août 2014

 

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1 - La réalité augmentée et le… | 17.09.14

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2 - La réalité augmentée et le… | 17.09.14

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