Paysage Audiovisuel

Neutralité du net : Netflix répond aux FAI

Date: 06/02/2014

A l’occasion de l’annonce de ses résultats pour le quatrième semestre, la plateforme de streaming est passée à l’offensive.

Mardi 14 janvier, la cour d’appel du District de Columbia rendait son verdict sur l’Open Internet Order (règlement sur la « neutralité du net ») adopté par la Commission Fédérale des Communications (FCC). La cour d’appel le déclarait alors inconstitutionnel, donnant ainsi raison à Verizon Communications. L’Open Internet Order prévoyait notamment d’empêcher les Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI) de discriminer voire d’interdire certains services en ligne.

Avant que cette décision de justice ait été rendue, Netflix faisait, à la Securities and Exchange Commission (Commission des Valeurs Mobilières, équivalent de l’AMF française), la déclaration selon laquelle si la neutralité du net était remise en cause par la cour d’appel américaine, cela aurait « des effets préjudiciables sur [ses] activités ». Au lendemain du verdict, les actions du groupe Netflix ont chuté de 5,5% (passant de 335$ à 319$), alors que la Bourse était à la hausse.

Plusieurs analystes prévoient une forte augmentation des coûts pour Netflix, car la décision de justice du 14 janvier implique que les FAI seront en droit d’exiger des plateformes SVOD de nouveaux frais liés à la consommation de bande passante. Dans une interview donnée à la chaine du groupe Bloomberg, l’analyste Jennifer Fritzche, (Wells Fargo & Co.) a déclaré que l’annulation de l’Open Internet Order « conduirait certainement les utilisateurs de Netflix à payer leur abonnement plus cher – même si, selon toute vraisemblance, cela ne serait pas immédiat». Michael Pachter, analyste chez Wedbush Securities (société d’investissement américaine), partage la même opinion. Il souligne cependant que la FCC peut faire appel.

« Selon nous, les FAI chercheront à tirer profit du refus essuyé par les défenseurs de la neutralité du net, et imposeront des frais supplémentaires aux plateformes de contenu comme Netflix. Ces frais seront proportionnels à la consommation de bande passante» commentait Pachter. Ce dernier considère que le titre Netflix est généralement surévalué parce que les actionnaires font confiance au groupe et à sa capacité à tirer le meilleur parti des évolutions du paysage audiovisuel.

Cependant, après le verdict, la tendance générale n’était alors pas à la confiance.

Cette crise de confiance n’a toutefois pas duré. A l’annonce de ses résultats pour le quatrième semestre, le 22 janvier, le géant américain de vidéo à la demande par abonnement a vu le cours de ses actions s’envoler pour atteindre 393,67$ (+18%). L’année 2013 a été excellente pour le groupe dont les titres ont connu la plus forte progression de l’indice Standard & Poor’s. Le groupe a réalisé 112 millions de dollars de bénéfice et compte désormais 44 millions d’abonnés – dont plus de 33 millions aux Etats-Unis. A l’automne, Netflix générait à lui seul 31,6% du trafic sur la bande passante en heure de pointe Internet, et était donc la plus grosse source de trafic d’Amérique du Nord.

Les extraordinaires résultats du groupe n’étaient peut-être pas la seule raison du regain de confiance à l’égard des titres Netflix. Au même moment, Reed Hastings, le PDG de Netflix, a adressé une réponse ferme à Verizon et aux FAI en général. Il a affirmé haut et fort qu’il n’hésiterait pas à appeler tous les abonnés Netflix à la « révolte » si les FAI imposaient au groupe des frais supplémentaires pour leur consommation de bande passante.

D’ailleurs selon lui, « les FAI sont conscientes du large soutien public au principe de neutralité du net et ne feront rien qui pourrait pousser le gouvernement à prendre parti. » Cet avis est partagé par quelques analystes, comme Rich Greenfield (BTIG Research), qui déclarait sur son blog : « Si tout d’un coup, les FAI disaient à Netflix : « payez-nous pour avoir accès à nos abonnés sinon nous réduirons le débit de la connexion» et que Netflix refusait, les FAI finiraient par pénaliser leurs propres clients »

Verizon et d’autres FAI ont d’ailleurs annoncé qu’ils n’allaient pas changer leur service. Quant à Comcast, la décision de justice du 14 janvier ne le concernait pas vraiment puisque le plus gros FAI américain avait d’ores et déjà annoncé – dans le cadre de son accord avec le gouvernement pour acquérir NBCUniversal –  qu’il se conformerait à l’Open Internet Order de la FCC jusqu’en 2018, indépendamment des décisions de justice.

Sources :

Netflix Stock Rockets to All-Time High on Solid Q4, Upbeat Outlook, Variety, 23/01/2014

Netflix Threatens to Provoke Subscriber Protests If ISPs Block Traffic, Variety, 22/01/204

Netflix Stock Drops on Fears of Higher Costs After Ruling Strikes Down Net Neutrality, Variety, 15/01/2014

Les défis de Netflix, nouveau champion de la télé, Le Monde, 23/01/2014


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[…] […]


2 - Netflix lève 400 millions de dollars pour accélérer son expansion en Europe « Mediamerica | 06.02.14

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