Paysage Audiovisuel

Prime Time : l’événement récurrent majeur de l’industrie audiovisuelle canadienne

Date: 20/02/2019

Prime Time, le rendez-vous à Ottawa des professionnels de l’audiovisuel et des médias canadiens est une opportunité unique pour pénétrer le marché canadien connu comme “la forteresse canadienne”. Au-delà d’une vision globale et stratégique du marché nord-américain et des enjeux liés aux tendances et à la distribution de contenu, c’est la possibilité de contact direct avec les décideurs canadiens dans un contexte d’internationalisation de l’événement et de coopération renforcée entre la France et le Canada à travers l’accord de coproduction audiovisuel à venir.

 

Un rendez-vous stratégique

Réunissant l’intégralité des têtes de l’industrie canadienne sous la houlette du ministère de la culture et du multiculturalisme fédéral, Patrimoine canadien, Prime Time est organisé par l’association nationale des producteurs du Canada, la CMPA (Canadian Media Producers Association) qui travaille la main dans la main avec l’association québécoise de la production médiatique (AQPM).

Cet événement centré sur le monde de la production et de la diffusion de contenus, notamment les professionnels de la télévision et de la diffusion numérique, réunit à Ottawa l’ensemble des PDG et capitaines d’industrie de ces domaines pour réfléchir et faire face aux changements de modèles de l’audiovisuel, qu’il s’agisse de production, de distribution ou de financement.

La 21e édition de ce rendez-vous des professionnels de l’audiovisuel et des médias a rassemblé la veille l’ensemble des commissions culturelles, du cinéma et des arts de toutes les provinces et territoires de ce vaste pays. Sponsorisé par CRAVE, le service de télévision premium et VOD de BELL Media, l’événement était également relayé par plusieurs applications (apps) dédiées dont une permettant d’accéder aux podcasts des panels auquel les participants n’ont pu assister.

 

Une prise de position plus en phase avec la France concernant Netflix

Les professionnels de l’industrie réunis à l’hôtel Westin les 31 janvier et 1er février ont eu l’occasion de débattre en privé et en public des actualités du secteur. C’est dans le cadre d’un bref état des lieux de l’audiovisuel canadien au cours du premier panel de la journée d’ouverture, que la nouvelle PDG de CBC Radio-Canada, Catherine Tait, a comparé Netflix à une “puissance coloniale”. La plateforme était représentée par son responsable des politiques publiques au Canada, Stéphane Cardin, par ailleurs ancien représentant du Fonds des Médias du Canada, le principal financeur de l’industrie audiovisuelle canadienne.

Cette comparaison inattendue dans un contexte d’ordinaire plutôt lénifiant a immédiatement trouvé écho dans les médias. Le ministre de Patrimoine canadien Pablo Rodriguez a lui-même conclu son allocution à ce propos en confirmant l’alignement du gouvernement canadien sur les positions françaises, à savoir que tout acteur d’un écosystème doit contribuer au fonctionnement du dit écosystème.

 

Les thématiques-clé de 2019

Les différents panels visaient à cerner les grandes tendances à venir de l’industrie audiovisuelle. Que ce soit en termes de genre ou de stratégie de distribution, les stratégies les plus significatives du domaine ont été débattues avec les participants de Prime Time au cours des deux jours de conférence. Si les points de ces discussions partent plutôt d’exemples canadiens, ceux-ci s’appliquent également à d’autres marchés numériques et murs comme le PAF. Les ateliers ont notamment porté sur :
– La création de contenu : Tous les aspects, incluant la chronologie et le choix des partenaires financiers, de la méthodologie de création d’une franchise (transmedia) ont été abordés. Comment passer d’un personnage à un jeu vidéo, le décliner en animation, en série TV et en film, tout en en développant les produits annexes (jouets, objets du quotidien, vêtements).
– La distribution : comment établir un plan stratégique de communication qui puisse devenir viral ? C’est en effet uniquement l’effet d’une communication savamment orchestrée autour d’une distribution réfléchie qui peut permettre à des contenus de devenir ‘viraux’ (et non le simple fait du hasard).
– L’accès au public à travers la narration et sa structure : quels sont les degrés de nouveauté susceptible d’attirer le spectateur sans l’effrayer ? Grâce au traitement des données, ces limites sont aujourd’hui mesurables et le concept ‘MAYA’ (Most Advanced Yet Acceptable) applicable aux nouvelles productions.

Ces propositions visent clairement à faire évoluer les parts de marchés des contenus canadiens à l’échelle nationale et internationale.

 

Une opportunité de lobbying dans la capitale nationale

Ottawa étant le siège de toutes les institutions fédérales, ce rendez-vous des professionnels du secteur accueille également les responsables de la règlementation, les acteurs publics, les plates-formes privées du continent nord-américain et semble marquer de son sceau la nouvelle année pour l’industrie audiovisuelle et médiatique. Ce n’est pas un hasard si cet aspect de l’industrie audiovisuelle se fait loin de la machine commerciale qu’est le TIFF (Festival international du film de Toronto) : les enjeux y sont les stratégies des politiques culturelles et la CMPA elle-même, organisatrice de l’événement, avait exprimé le souhait que l’éventuelle signature de l’accord bilatéral de coproduction se fasse durant Prime Time si l’agenda le permettait.

 

Une ambition internationale frustrée

Malgré le souhait de la CMPA d’accueillir les responsables internationaux de l’audiovisuel notamment de Grande-Bretagne (BBC) et de France (France-Télévision et Salto, Studiocanal), seuls les Etats-Unis ont répondu à l’appel. Dans ce contexte, une présence française pourrait permettre de fortement resserrer les liens avec les acteurs du paysage médiatique canadien et nord-américain en général, tout en faisant avancer les problématiques françaises sur un terrain particulièrement ouvert.

Nicolas Piccato, attaché audiovisuel, Ambassade de France au Canada


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Une Réaction

1 - La diversité culturelle dans l’ère numérique : Comité consultatif au Canada « Mediamerica | 20.02.19

[…] thématiques viennent compléter l’approche commerciale du Prime Time la semaine précédente, donnant ainsi un relief particulier à ce […]


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