Téléphonie

Le rachat de T-Mobile USA par AT&T en attente d’approbation

Date: 11/05/2011

AT&T a annoncé le 20 mars avoir négocié avec Deutsche Telekom le rachat de sa filiale T-Mobile USA. Le montant de la transaction devrait avoisiner les 39 milliards de dollars, et contribuer à concentrer d’avantage un secteur dont les quatre plus gros acteurs se partagent aujourd’hui 90% du marché. Selon AT&T, cette fusion permettrait d’atteindre plus facilement l’objectif annoncé par le Président en matière de très haut débit sans fil (accès de 98 % des Américains à l’internet 4G d’ici cinq ans). AT&T prévoit que 294 millions d’Américains puissent être couverts par le réseau 4G LTE de la nouvelle compagnie en cas de rachat. L’annonce de cette transaction dément les rumeurs de rapprochement entre Sprint et T-Mobile, respectivement 3e et 4e du secteur derrière Verizon et AT&T. Une fusion des deux « petits » opérateurs n’aurait cependant pas été sans poser de problèmes techniques, dans la mesure où les deux sociétés utilisent des standards incompatibles en matière de technologie sans fil. En janvier dernier, T-Mobile avait annoncé l’adoption à terme de la technologie LTE, la même que celle utilisée par AT&T.

Pour avoir lieu, la transaction devra néanmoins être approuvée par le Département de la Justice, qui examinera sa conformité avec la législation antitrust, et la FCC. Des dirigeants d’AT&T comme Randall Stephenson, Directeur Général, se déclarent confiants quant à l’approbation de ce rachat. Pour Wayne Watts, directeur juridique de l’entreprise, la raréfaction des fréquences disponibles devrait jouer en faveur de l’accord.
Les analystes sont cependant plus réservés, à l’instar de Jonathan Chaplin de Credit Suisse qui, affirme n’avoir « jamais vu un accord aussi risqué ».

Le grand perdant de la transaction serait incontestablement Sprint, opérateur déjà marginalisé par le choix de standards technologiques différents de ceux de ses concurrents. Dans un communiqué paru le jour de l’annonce, l’entreprise fait part de son inquiétude quant à l’émergence d’un « duopole » dans le secteur des télécommunications ; ainsi la nouvelle entité ferait-elle trois fois la taille de Sprint. Quant à Verizon, son CEO Daniel Mead a fait savoir le 21 mars qu’il ne s’opposerait pas à la fusion d’AT&T et T-Mobile USA, même si l’opération ferait passer l’opérateur de la première à la seconde place nationale.

Les analystes s’attendent à voir Sprint Nextel jouer un rôle de premier plan en matière de lobbying contre la fusion, aux côtés des opérateurs locaux qui craignent d’être d’avantage marginalisés par l’opération. Sprint a déjà dépensé 2,5 millions de dollars en frais de lobbying en 2010, notamment en soutenant les campagnes des Représentants Anna Eshoo (D-CA), membre de haut-rang du Sous Comité aux Communications, et Edward Markey (D-MA), candidats qu’AT&T n’a pas approchés. En matière de lobbying, Sprint ne peut cependant pas prétendre faire jeu égal avec AT&T, dont les dons bénéficient majoritairement aux Républicains.

Si les réactions au Congrès ont été contrastées, le Représentant Henry Waxman (D-CA), membre de haut-rang du Comité à l’Energie et au Commerce de la Chambre, et le Sénateur Jay Rockefeller (D-WV), Président du Comité au Commerce du Sénat, ont exprimé leur inquiétude à propos de la consolidation dans ce secteur. Par ailleurs, les ONG et associations de consommateurs comme Public Knowledge, Consumers Union, Free Press ou Media Access Project ont dénoncé le projet de rachat. La Computer & Communications Industry Association (CCIA), qui comprend Google, Microsoft, Yahoo ou eBay, y voit également une menace pour l’innovation.

Enfin, les détenteurs de fréquences pourraient également perdre à l’opération, qui devrait réduire la demande pour de nouvelles fréquences et faire mécaniquement baisser les prix en cas de vente aux enchères.

AT&T plans to acquire T-Mobile in $39B deal, making telecom giant, de Sara Jerome, The Hill, 20 mars 2011

Sprint raises concern about the ‘dramatic’ merger of AT&T and T-Mobile, de Sara Jerome, The Hill, 20 mars 2011

AT&T ‘confident’ government will approve T-Mobile deal, de Sara Jerome The Hill, 21 mars 2011

Verizon CEO won’t oppose AT&T/T-Mobile merger, de Gautham Nagesh, The Hill, 22 mars 2011

Service Economique Régional de Washington


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