Téléphonie

L’échec de la fusion AT&T / T-Mobile

Date: 09/01/2012

Confrontés à l’hostilité des régulateurs fédéraux, AT&T et T-Mobile ont officiellement renoncé, le 19 décembre, à leur projet de fusion, le plus onéreux de l’année 2011. Portant le coup de grâce à ce projet, le Département de la Justice avait annoncé, le 13 décembre, le retrait de sa plainte contre AT&T, au motif que tout projet de fusion doit être examiné concomitamment par sa division antitrust et la FCC (laquelle avait été dessaisie du dossier par AT&T). Ainsi privé de la possibilité de défendre la fusion devant la Cour fédérale du District de Columbia, et contraint d’obtenir l’approbation d’une FCC jugée hostile, le géant des télécommunications n’avait guère d’autre choix que de renoncer à acquérir T-Mobile. Pour Sharis Pozen, chef de la division antitrust du Département de la Justice, « les consommateurs ont gagné ».

En bloquant la fusion, le gouvernement Obama a pris en compte plusieurs éléments qui jetaient le doute sur la crédibilité des arguments présentés par AT&T en défense de son projet. L’entreprise a en effet été contrainte de transmettre à la FCC des documents confidentiels qui, selon un porte-parole de l’agence, prévoyaient « des pertes d’emplois importantes » à la suite de l’opération. Dans un autre document rendu public par erreur, AT&T estimait à « seulement » 3,8 milliards de dollars les investissements permettant l’extension du haut débit 4G à 97 % des Américains, alors que la compagnie justifie par cet objectif un rachat à… 39 milliards ! Si ces incohérences ont certainement pesé dans l’attitude des régulateurs fédéraux, celle-ci reflète avant tout le refus de tolérer, en période de crise, la disparition de l’opérateur aux plus bas tarifs (T-Mobile) et l’émergence d’un quasi-duopole dans les télécommunications.


Le blocage de la fusion a des effets contrastés sur les différents acteurs du secteur :

– T-Mobile : souhaitant mettre fin à ses activités aux Etats- Unis, Deutsche Telekom avait tout intérêt à voir sa filiale rachetée par AT&T au prix fort. Cette dernière bénéficie néanmoins des compensations avantageuses prévues en cas d’échec de la transaction : paiement de trois milliards de dollars, et cession de fréquences d’une valeur d’un milliard. Le partage de réseau (« roaming ») devrait également lui permettre d’étendre sa couverture actuelle. L’avenir de la compagnie est cependant loin d’être assuré à long terme, en raison de problèmes structurels : sous-investissement, marges de profit plus faibles que celles de ses concurrents et clientèle déclinante. Les offres prépayées les moins onéreuses ont tendance à cannibaliser les forfaits de l’entreprise, qui souffre de ne pas parvenir à attirer des clients « de haute valeur », faute de proposer des terminaux comme l’iPhone d’Apple. En attendant de trouver un autre acheteur, Deutsche Telekom pourrait devoir persuader ses investisseurs, habitués à de forts dividendes, de la nécessité de réaliser de nouveaux investissements dans sa filiale américaine. Le déploiement éventuel de la 4G sera un test pour la compagnie.

– AT&T : l’entreprise espérait que les fréquences acquises auprès de T-Mobile seraient le futur socle de la croissance de son réseau. Après s’être acquittée des compensations promises à son partenaire, elle va devoir continuer à investir pour déployer la 4G et améliorer la qualité de son réseau, notamment dans les zones urbaines très denses où ses clients se plaignent d’interruptions fréquentes de leurs appels.

– Verizon a profité des déboires de son principal concurrent pour prendre de l’avance, avec le déploiement d’un réseau 4G LTE qui couvre aujourd’hui 200 millions d’Américains, et l’acquisition récente de réserves de fréquences auprès des câblo-opérateurs, rendant possible l’expansion de son réseau dans les années à venir.

– Sprint et les opérateurs régionaux, qui voyaient leur existence menacée par la fusion, ont applaudi la fermeté des régulateurs.

Life after a Failed Merger, de Matt Klassen, the telecomblog.com, 23 décembre 2011

Service Economique Régional de Washington


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