Paysage Audiovisuel

Vivendi dans Echostar : de véritables enjeux industriels

Date: 10/01/2002

La création de Vivendi Universal Entertainment a repoussé au deuxième plan l’entrée de Vivendi à hauteur de 10% (soit 1,5 milliards de dollars) dans le capital d’Echostar. Pourtant cette participation devrait marquer un pas décisif dans la stratégie du groupe sur le territoire nord-américain.

En échange d’un apport financier qui aidera sans doute Echostar dans son projet d’acquisition de DirecTV, premier opérateur satellitaire aux Etats-Unis, Vivendi pourrait trouver dans ce partenariat un accès stratégique à un réseau de diffusion qui jusqu’alors lui manquait aux Etats-Unis. Cet accord offre un canal de distribution pour les contenus de Vivendi-Universal auprès des 6 millions d’abonnés à Echostar, et à terme, potentiellement plus de 17 millions d’abonnés, si la fusion avec DirecTV reçoit l’approbation des autorités régulatrices. Cette alliance est intervenue parallèlement au rachat d’USA Networks (que Vivendi contrôlait déjà à 41%), et en particulier des activités de distribution de télévision d’Universal pour le marché nord-américain – qui avait été cédées en leur temps à Barry Diller. La reprise de contrôle de ces activités télévisées semble en effet être un point crucial de l’opération. Enfin, il s’agit également pour Vivendi-Universal et sa filiale technologique Canal Plus Technologies d’une excellente opportunité pour lancer de nouveaux services sur une plate-forme de diffusion qui a toujours bénéficié d’une situation technologique avancée, puisque numérique depuis 1994. Ainsi le déploiement de services de “Personal Video Recorder”, de TV interactive, voire de distribution électronique de contenus pourrait trouver un nouvel essor grâce à ce partenariat. Il faut noter que Vivendi-Universal a annoncé récemment qu’il rassemblerait ses divisions Internet aux Etats-Unis autour de la seule et même division Vivendi Universal Net USA, laquelle aura en particulier pour fonction de fournir l’infrastructure technologique pour les activités Internet d’autres divisions telles qu’Universal Studios, Universal Music Group et Universal Publishing. Vivendi Universal disposant d’une infrastructure centrale aurait la possibilité d’uniformiser les technologies utilisées, et de faciliter la mise en place de nouvelles applications communes à plusieurs divisions du groupe, en particulier pour la distribution électronique de contenus.

 LE CONTEXTE
Dans un contexte général de déréglementation, le secteur des médias continue à connaître un mouvement de concentration de fond illustré par les nombreuses opérations de fusions-acquisitions enregistrées depuis 5 ans. En particulier, les investissements dans le secteur des nouvelles technologies s’inscrivent dans une politique d’intégration verticale qui caractérise le secteur depuis plusieurs années. Ainsi, pour les fournisseurs de contenus, si le programme est roi, l’accès aux infrastructures est également stratégique. Cette vision est le fondement des nombreuses opérations qui ont récemment bouleversé le paysage audiovisuel, et qui ont donné naissance aux géants de la communication américains.

Cette stratégie est :

– essentielle pour des producteurs, qui cherchent à assurer les débouchés pour leurs contenus et qui cherchent à se rapprocher du consommateur final. Cette politique est illustrée par le rachat en 1996 d’ABC/Capital Cities par Disney qui aujourd’hui s’intéresse de très près à Comcast (réseau câblé) ou Yahoo (Internet).

– une composante essentielle de la fusion AOL – Time Warner qui, outre l’accès aux contenus de Time Warner sur le service Internet de AOL, s’articule autour de l’accès aux infrastructures : ainsi la stratégie AOL anywhere repose sur la diffusion des contenus et services d’AOL sur tous supports : réseaux câblés (ceux de Time Warner Cable), TV interactive, réseau Internet, réseau satellitaire. Le défi à moyen terme pour le groupe AOL – Time Warner est certainement de construire de nouveaux services à la croisée des activités média traditionnelles et de l’Internet, l’intérêt de cette fusion restant basée sur la capacité de ces sociétés à créer de nouvelles opportunités dans leurs marchés respectifs.

– la pièce qui devrait se substituer à l’élément manquant du nouveau groupe Vivendi – Universal Entertainment : incontestablement en position de force sur le “contenu”, celui-ci devait se renforcer dans le domaine de l’”accès” pour pouvoir donner réellement forme à sa vision stratégique. Le groupe ne bénéficiait en effet pas aux Etats-Unis de la position privilégiée qu’il détient en Europe, en tant que premier opérateur de télévision payante et acteur majeur de la téléphonie mobile.

 Arnaud VUILLERMET


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