Paysage Audiovisuel

Youtube, le streaming et les indépendants

Date: 14/07/2014

Difficile de passer à côté de la controverse qui agite actuellement le monde de la musique indépendante, suite à l’annonce par YouTube du lancement d’un nouveau service de streaming sur abonnement. Pour ceux qui n’auraient pas eu le temps de suivre les différents rebondissements ou de démêler le vrai du faux, retour en quelques points sur un conflit plus complexe qu’il n’y parait.

Youtube se lance dans le streaming par abonnement
La rumeur courait depuis plusieurs mois: YouTube, géant de la vidéo en ligne appartenant à Google, s’apprête à lancer son service de streaming musical sur abonnement. Très anticipé dans le milieu, le lancement de ce nouveau service a été officiellement confirmé par le principal intéressé le 17 juin, sans pour autant préciser de date.

Une évolution naturelle lorsque l’on sait que YouTube est devenu de fait l’un des principaux canaux d’accès à la musique en ligne, devançant même de très loin le numéro 1 du streaming Spotify. Avec ce nouveau projet, YouTube va pouvoir en quelque sorte régulariser la situation et offrir un service de streaming musical en bonne et due forme. En pratique, peu de détails ont pour l’instant été révélés, mais les analystes anticipent un fonctionnement similaire à celui de Spotify : un abonnement mensuel permettant d’éviter la publicité, une application de bureau ainsi qu’une application mobile, la possibilité pour les abonnés de poursuivre l’écoute offline.

Un accord difficile avec les indépendants

Fin mai, les rumeurs persistantes ont soudainement été relancées suite aux allégations de plusieurs labels en cours de négociation avec YouTube, faisant état de conditions très défavorables proposées aux indépendants. Ce lancement, qui aurait du être une bonne nouvelle pour l’ensemble de l’industrie musicale – car nouvelle source de revenus – s’est ainsi transformé en véritable bras de fer entre Google et le secteur indépendant.

Billboard s’est procuré un exemplaire du contrat type offert par YouTube aux labels indépendants. Trois points principaux posent problème :
1.     Des royalties trop peu importantes : YouTube se propose de reverser environ 65% des revenus du service aux ayant-droits, contre 70% pour des services comme Spotify ou Rdio. Le deal proposé se situe donc en deçà du marché.
2.     Un nivellement vers le bas : il est spécifié dans le contrat que si un label accepte un taux de royalties inférieur, tous les autres devront s’aligner sur ce taux. Une disposition qui favorise les majors : un contrat légèrement désavantageux pour une major peut être synonyme de catastrophe pour un petit indépendant.
3.     Pas de minimum garanti : pour l’instant, dans sa version gratuite, YouTube rémunère les ayants-droits uniquement lorsqu’une vidéo est précédée d’une publicité – ce qui n’est pas systématiquement le cas. Lors du passage au modèle de streaming gratuit/premium, les labels souhaiteraient que YouTube s’aligne sur ses concurrents, qui rémunèrent un minimum garanti pour chaque lecture de morceau, qu’il soit ou non précédé d’une publicité – ce que YouTube refuse catégoriquement, alors que selon les rumeurs, les trois majors auraient réussi à négocier ce minimum garanti.

A ces principaux points s’ajoutent d’autres désaccords : en signant le contrat en l’état, les labels indépendants s’engageraient à ne jamais poursuivre Google en justice, à ne plus jamais donner l’exclusivité à un concurrent lors d’une sortie d’album, à laisser l’immunité aux particuliers postant de la musique sur YouTube au mépris du droit d’auteur… autant de conditions inacceptables pour les associations de labels indépendants.

Youtube brandit une épée de Damoclès

Le 17 juin, Robert Kyncl, responsable du contenu, du marketing et des opérations de YouTube, a annoncé officiellement le prochain lancement du service et précise avoir passé un accord avec les 3 majors ainsi qu’avec un large nombre de labels indépendants. Selon ses dires, seuls 5% des acteurs de la filière auraient refusé les termes du contrat, des chiffres contestés par les associations d’indépendants qui parlent plutôt de 30 %.
Dès lors s’est posé un nouveau problème : que faire du contenu déjà en ligne provenant de ces labels réfractaires ? La réponse de Kyncl est claire : YouTube ne peut pas garder en accès libre des morceaux qui ne seront pas disponibles sur le service payant, ce serait injuste pour les abonnés. La solution envisagée est donc de purement et simplement supprimer le contenu posant problème. Les vidéos postées par des artistes ou des labels n’ayant pas donné leur accord pour rejoindre la future offre payante pourraient donc être bloquées “dans les jours qui viennent” – des artistes comme Adele, Jack White ou encore Vampire Weekend seraient concernés.
Une véritable épée de Damoclès pesant sur la tête des indépendants, qui se verraient ainsi privés d’une considérable source de revenus et d’exposition.

Un conflit qui ne profite à personne

A ce jour, aucune suppression de vidéo n’a encore été signalée – YouTube ne semble pas vouloir s’engager dans un bras de fer trop musclé, notamment suite à la plainte déposée par le Worldwide Independent Network auprès de la Commission Européenne.
De toute évidence, les indépendants auraient du mal à faire sans YouTube : la plateforme est à la fois une source de revenus et un formidable outil de promotion. Mais du point de vue de YouTube, fermer la porte aux indépendants ne serait pas non plus une solution, puisque cela reviendrait à se priver d’environ 30% du marché musical mondial. Le défi pour les indépendants est à présent de réussir à se souder afin de pouvoir peser dans les négociations au même titre qu’une major, et ce afin que chacun puisse sortir gagnant de ce complexe deal.

Information fournie par le Bureau Export de la musique à New York 


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