Radio

Comment sauver la radio publique américaine ?

Date: 30/11/2015


National Public Radio National Public Radio

Les auditeurs de National Public Radio (NPR), la radio publique nationale américaine vieillissent. Beaucoup d’entre eux atteignent aujourd’hui l’âge de la retraite. NPR est donc confrontée à un nouveau défi : comment rajeunir son audience ?

Les derniers rapports sont clairs. D’après l’institut de mesure d’audience Nielsen, depuis 2010, le taux d’écoute de NPR a baissé de 11% le matin, et de 6 % l’après-midi. Cette baisse est plus importante parmi les jeunes. Seuls les auditeurs de plus de 65 ans représentent une part de marché croissante.

La radio publique a été inventée dans les années 70 par des étudiants qui avaient alors 20 ans et qui n’ont pas réalisé qu’ils programmaient pour des gens comme eux – c’est-à-dire, des baby-boomers diplômés. Ce public est resté fidèle. L’âge moyen des auditeurs de la radio publique (45 ans en 1995 ; 54 ans aujourd’hui) correspond grosso modo à celui des baby-boomers.

Le vieillissement et plus généralement la baisse de l’audience de NPR mettent tout l’écosystème de la radio publique dans une situation délicate, notamment sur le plan financier. NPR est basée à Washington mais compte près de 900 stations « membres » qui diffusent ses programmes à travers les Etats-Unis. Ces stations (comme NPR d’ailleurs) ne reçoivent quasiment pas de subventions publiques. Elles comptent principalement sur les dons de leurs auditeurs, dont elles retournent une partie à NPR en échange des droits de diffusion de ses programmes. Au fur et à mesure que les auditeurs se tournent vers des émissions à la demande, en podcast et en streaming, leurs liens avec les stations locales se distendent et les contributions qui vont avec, s’effilochent.
Quelles sont les solutions ?

Les managers de NPR tentent d’aller à la rencontre d’un public plus jeune d’une part en développant leur stratégie numérique, d’autre part en faisant évoluer la programmation.

NPR a ainsi lancé de nouvelles émissions comme la série consacrée aux filles de 15 ans à travers le monde, et un site Internet intitulé Generation Listen, avec des histoires à écouter et à lire, ainsi que des informations sur les événements organisés par les jeunes auditeurs de NPR. NPR a aussi engagé des présentateurs plus jeunes comme par exemple Ari Shapiro et Kelly McEvers qui ont rejoint Robert Siegel (68 ans) pour l’émission emblématique “All Things Considered”.

Même si les auditeurs privilégient largement la radio en direct, la diffusion de NPR passe désormais aussi par le podcast, le web text, le streaming, la diffusion par satellite, et les réseaux sociaux.

L’année dernière, NPR a lancé une application mobile : NPR One. NPR affirme que les téléchargements de cette App augmentent mais aucun chiffre n’a été publié.

D’une manière générale, l’audience de NPR sur les écrans croît. On estime que 32 millions de personnes par semaine, soit environ 1 personne sur 10 aux États-Unis, a écouté ou lu (via NPR.org) quelque chose qui a été produit par NPR. Mais il n’est pas sûr que le numérique puisse remplacer la radio traditionnelle dont l’audience baisse. On ne sait pas, par exemple, si les gens écoutent les podcasts qu’ils téléchargent et si le format podcast est fait pour durer. En outre, en favorisant la diffusion de ses programmes via ces nouveaux moyens, NPR concurrence les stations de radio qui les diffusent – et NPR tarit ainsi la source de financement qui permet de produire les programmes en question.

Enfin, la qualité des programmes joue énormément. La série podcastable  « Serial » qui a connu un succès phénoménal n’a pas été produite par NPR mais par une radio publique indépendante, “This American Life” de Chicago Public Media.

NPR is graying, and public radio is worried about it, The Washington Post, 22/11/2015

Adaptation: Pervenche Beurier


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