Télévision
Dossier : Bilan sur la télévision connectée aux Etats-Unis
Date: 11/07/2011
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La télévision connectée est en plein développement aux Etats-Unis. Si les régulateurs américains ne se sont pas encore penchés sur les nombreuses questions que pose cette nouvelle technologie, elles sont au cœur des préoccupations des professionnels de l'audiovisuel et des médias.
1/ L'ÉTAT D'AVANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT DE LA TÉLÉVISION CONNECTÉE AUX ÉTATS-UNIS
La Consumer Electronics Association, association professionnelle qui regroupe près de 2 000 entreprises du secteur de l’électronique aux Etats-Unis, estime à 5,2 millions le nombre de téléviseurs connectés qui devraient être vendus en 2011 aux Etats-Unis contre 1,2 million en 2009.
Selon une étude publiée au mois d’avril 2011 par le cabinet d’analyses Leichtman Research Group, Inc., spécialisé dans le domaine de l’Internet et des nouveaux médias, 30% des foyers américains (contre 24% en 2010) possèdent un téléviseur connecté à Internet, que ce soit grâce à une télévision connectée, une console de jeux vidéo ou un lecteur Blu-ray.
Si elles sont généralement très positives, les prévisions des sociétés d’analyse divergent quant à l’avenir des téléviseurs connectés aux Etats-Unis. Selon iSupply, le nombre de téléviseurs connectés présents dans les foyers américains d’ici 2013 devrait être de 23 millions, alors que ce chiffre est de 31 millions pour DisplaySearch. Quant au fabricant de téléviseurs Samsung, il prédit que 20 millions de téléviseurs connectés auront été vendus aux Etats-Unis en 2012.
La société a connu un succès commercial dans ce secteur en vendant 2 millions de smart TV dans les 3 mois suivant le lancement de ses derniers modèles sur le marché mondial, en mars 2011. C’est aux Etats-Unis, le 1er marché mondial pour les téléviseurs, que la société a enregistré son meilleur chiffre avec 730 000 appareils vendus.
Toutefois, cela ne signifie pas que l’usage réel de la télévision connectée progresse au même rythme. En effet, selon une étude de Forrester Research publiée à l’été 2010, plus d’un tiers des utilisateurs ne connectent pas leurs téléviseurs à Internet et n’utilisent donc pas leurs propriétés interactives.
2/ LE VOLET ÉCONOMIQUE ET TECHNIQUE
- Modèles de distribution utilisés :
La console de jeu vidéo est l’appareil permettant de connecter un téléviseur à Internet le plus répandu aux Etats-Unis. Selon la société d’analyse NPD, Nintendo avait vendu au total 35,7 millions de consoles Wii au mois de mai 2011, Microsoft 27,3 millions de Xbox 360 et Sony 16,9 millions de PlayStation 3.
Les postes de télévision ou smart TV viennent en deuxième position et la société DisplaySearch estime qu’un cinquième des téléviseurs vendus aux Etats-Unis en 2010 pouvaient être connectés à Internet.
Ainsi, les fabricants de téléviseurs jouent un rôle important dans le développement de la télévision connectée aux Etats-Unis. Cela leur permet d’endosser un nouveau rôle et de développer un autre type de relations professionnelles, notamment avec les fournisseurs de contenu.
En troisième position viennent les lecteurs Blu-ray. Selon une étude publiée en mars 2011 par la société d’analyse TDG, 13 millions de lecteurs Blu-ray avaient été vendus aux Etats-Unis au 1er janvier 2011 et 40% d’entre eux seraient connectables à Internet, soit un peu plus de 5 millions.
Les boîtiers de type Apple TV et Google TV se développent aux Etats-Unis, mais leur taux de pénétration du marché reste inférieur à celui des autres modes de distribution. Ainsi, selon la société d’analyse In-Stat, spécialisée dans les nouvelles technologies, en 2010, près de 3,5 millions de ces boîtiers ont été vendus aux Etats-Unis. En 1ère position, Apple a vendu un peu moins de 2 millions d’Apple TV, 1ère et 2ème génération confondues, ce qui permet à la société de contrôler 55% de ce marché aux Etats-Unis. Le boîtier Roku a été vendu à 450 000 appareils et plusieurs autres produits, dont la Google TV de Logitech et les boîtiers de Sony, Western Digital, etc. atteignent, au total, moins de 100 000 unités vendues sur l’année. Ainsi, les boîtiers ont du mal à trouver leur public au sein du marché de la télévision connectée, à tel point que certains analystes se demandent si ce marché est viable et si le boîtier n’est pas un appareil en voie de disparition. D’ailleurs, la plupart des acteurs, dont Google avec Sony, tentent de proposer des téléviseurs directement connectables à Internet. Apple prendrait également ce chemin.
Les chiffres mentionnés ci-dessus ne reflètent cependant pas l’usage de la télévision connectée aux Etats-Unis, puisque, par exemple, Nintendo reconnaissait, début 2011, que 85% de ses 35,7 millions de consoles Wii présentes dans les foyers américains n’étaient pas connectées à Internet.
- Monétisation des services :
Les opérateurs de la télévision connectée sont actuellement en phase d’expérimentation s’agissant du modèle économique. La grande majorité d’entre eux perçoivent des revenus liés à la publicité, avec le développement des publicités ciblées, et ont adopté un système de partage des revenus avec les propriétaires de contenu lorsqu’un programme est loué ou acheté sur leur plate-forme.
Rares sont ceux, cependant, qui tentent la formule de l’abonnement. L’abonnement est en effet plus compliqué. Microsoft propose depuis quelques temps un service d’abonnement sur la Xbox 360 qui donne accès à un certain nombre de services payants sur Internet, comme les plateformes musicales Lastfm et Zune. Toutefois, au début du mois de juin 2011, la société de Bill Gates a franchi une nouvelle étape en annonçant le lancement d’un service de télévision sur abonnement permettant, notamment, aux utilisateurs de la Xbox 360 d’accéder à la chaîne câblée sportive ESPN en direct. La société envisage de signer des accords avec des câblo-opérateurs et avec des chaînes de télévision payantes à l’étranger, ce qu’elle a déjà fait en France avec Canal + et en Grande Bretagne avec Sky TV.
Cependant, lorsque, début 2010, Apple avait tenté de mettre en place des abonnements afin de proposer à ses utilisateurs un bouquet de chaînes de télévision accessibles sur tous ses appareils, dont l’Apple TV, pour 30$ par mois, les groupes de médias américains, dont NBC Universal, Viacom et Discovery, n’avaient pas suivi.
En effet, les accords entre opérateurs de la télévision connectée et opérateurs de la télévision payante sont encore rares aux Etats-Unis. Comme le soulignait Jay Bockhaus, SVP of Corporate Strategy and Development, NBC Universal, au cours d’un entretien à l’été 2010, un modèle reste à définir pour le partage des revenus entre les opérateurs de la télévision payante américaine et les nouvelles plates-formes de distribution du contenu, comme les télévisions connectées.
- Principaux acteurs du marché
Les principaux acteurs du secteur sont les fabricants de consoles de jeux vidéo comme Microsoft, Sony et Nintendo. Viennent ensuite les fabricants de téléviseurs et de lecteurs Blu-ray comme Samsung, Sony, LG Electronics, etc. dont la grande majorité a déjà lancé sa smart TV. Les géants du multimédia comme Apple et Google tentent également de s’imposer sur ce marché, qui connaît une véritable prolifération de boîtiers tels que Roku, Boxee, Vudu, etc.
- Application des règles de concurrence :
Les autorités publiques ne se sont pas encore penchées sur les questions que pose le développement de la télévision connectée aux Etats-Unis et il n’y a pas de législation qui soit propre à cette technologie.
Cependant, les « anti trust laws » s’appliquent à toute activité commerciale aux Etats-Unis, dont l’Internet et la télévision. La Federal Trade Commission (FTC) et le Department of Justice sont chargés de veiller au respect de ces règles qui sanctionnent, notamment, les pratiques anti-compétitives.
Au cours d’une audition au Congrès au mois de mai 2011, Julius Genachowski, Président de la Federal Communications Commission (FCC), organisme chargé de la régulation des marchés de la communication aux Etats Unis, a souligné que les lois anti trust ne garantissaient pas l’ouverture d’Internet et que les règles de neutralité du réseau visaient à remédier à cela. Pour mémoire, ces règles ont été approuvées par les membres de la FCC en décembre 2010, et pourraient être officiellement publiées dans le Federal Register, l’équivalent de notre journal officiel, dès le mois de septembre 2011.
Cependant, ces règles seront sans aucun doute attaquées en justice après leur publication officielle, notamment par le groupe de télécommunications Verizon, qui a déjà fait connaître ses intentions. D’autre part, certains membres du Congrès estiment que la FCC a outrepassé le mandat qui lui a été confié et parlent de voter une motion d’annulation ou de priver l’agence des fonds nécessaires à la mise en œuvre de ces règles.
3/ LE VOLET RÉGLEMENTAIRE
- Mode de régulation de la publicité sur la TV connectée :
Il n’existe pas de législation propre à la télévision connectée en matière de publicité aux Etats-Unis.
Cependant, l’autorité compétente en la matière, la Federal Trade Commission (FTC), a publié des Guidelines on Internet Advertising qui confirment que la publicité sur Internet n’échappe pas aux règles qui s’appliquent à d’autres médias, notamment en matière de publicité mensongère. La FTC précise également, dans ce document, que ces règles concernent la publicité sur tous supports.
- Protection des mineurs :
Pour le moment, il n’existe pas, aux Etats-Unis, de réglementation spécifique en matière de protection des mineurs sur les télévisions connectées.
La législation qui s’applique dans ce domaine sur Internet découle du Children's Internet Protection Act (CIPA) de 2000. Celui-ci conditionne l’attribution de certains fonds fédéraux à la mise en place, par les bibliothèques et les écoles primaires, collèges et lycées américains, communément appelés K-12 (Kindergarten through 12th grade), de filtres permettant de protéger les mineurs de tout contenu pouvant heurter leur sensibilité. Les précédentes tentatives du Congrès de réguler le contenu sur Internet, afin notamment de soustraire les mineurs au contenu pornographique, avaient été jugées inconstitutionnelles par la Cour Suprême des Etats-Unis.
- Responsabilité vis-à-vis du contenu :
Pour le moment, il n’existe pas, aux Etats-Unis, de réglementation spécifique à la télévision connectée en matière de responsabilité vis-à-vis du contenu diffusé ou de neutralité du réseau.
En ce qui concerne Internet, selon la section 230 du Communication Decency Act, un fournisseur d’accès, comme un utilisateur, ne sont pas considérés comme responsables du contenu mis en ligne par une tierce personne.
- Rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées :
La question du rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées n’a pas encore été abordée aux Etats-Unis. Toutefois, la Federal Communications Commission (FCC) s’intéresse actuellement aux boîtiers permettant la transmission de contenu télévisé. Ainsi, la proposition « AllVid », contenue dans le National Broadband Plan de mars 2010, vise à créer un standard unique, un adaptateur universel, permettant d'accéder à tout type de plateformes payantes, la télévision par câble, satellite, l'IPTV, etc. Cette harmonisation a pour objectif de desserrer l’emprise des opérateurs sur ce marché. A l’heure actuelle, les opérateurs de la télévision payante louent leurs boîtiers aux usagers et ce marché leur est donc réservé. La FCC a demandé aux professionnels de la télévision payante de proposer un prototype de portail Internet (IP gateway) unique d’ici décembre 2012. Toutefois, certains d’entre eux, dont les responsables de Fox, estiment que les développements actuels, notamment en matière de télévision connectée, rendent inutile toute réglementation de la FCC en la matière. D’autre part, des opérateurs du câble, comme Time Warner Cable et Comcast, ont déjà entamé des discussions avec des fabricants de télévision pour pouvoir, à moyen terme, proposer l’accès à leur offre directement par le biais d’un téléviseur, sans boîtier.
4/ LES DROITS D'AUTEUR
- Dispositions spécifiques relatives à ces services :
Il n’existe pas, aux Etats-Unis, de dispositions spécifiques relatives aux services de télévision connectée en matière de respect de la propriété intellectuelle.
Cependant, les professionnels américains s’interrogent sur la propriété des contenus télévisés et les possibilités de diffusion qu’offrent les accords actuellement en place entre opérateurs du câble et chaînes de télévision. Bien que Comcast, Cablevision et un certain nombre de câblo-opérateurs américains affirment que les accords qui les lient aux chaînes du câble leur permettent de diffuser le contenu sur d’autres appareils que le téléviseur au sein du foyer abonné, les propriétaires des chaînes concernées ne sont pas du même avis. Ainsi, Viacom a attaqué Time Warner Cable en justice suite au lancement de la nouvelle application du câblo-opérateur, qui permet de visionner les chaînes de son bouquet sur son iPad, chez soi.
La question centrale, dans ce débat, est de savoir si les câblo-opérateurs vont devoir payer des sommes supplémentaires pour les droits de diffusion sur les services de visionnage alternatifs, de type téléviseurs connectés, ou si les accords actuellement en place incluent ces droits.
La question de la propriété des contenus pour une diffusion sur télévision connectée se pose donc, mais elle n’a pas encore été résolue et elle englobe également les autres appareils susceptibles de diffuser ce contenu (tablettes, smart phones, etc.).
- Lutte contre le piratage :
Il n’existe pas, aux Etats-Unis, de dispositions spécifiques relatives aux services de télévision connectée en matière de lutte contre le piratage. En revanche, les tribunaux américains s'intéressent à la diffusion du contenu télévisé sur Internet et ils ont déjà fermé plusieurs sites qui retransmettaient des programmes télévisés en streaming sur Internet, sans l’autorisation de leurs ayants droit, dont le site FilmOn, au mois de décembre 2010.
En ce qui concerne Internet, la législation qui s’applique en matière de lutte contre le piratage est principalement issue du Copyright Act de 1976 et du Digital Millenium Copyright Act (DMCA) de 1998.
CONCLUSION
Les régulateurs fédéraux américains ne se sont pas encore penchés sur les questions que pose le développement de la télévision connectée. En revanche, le développement de la télévision connectée aux Etats-Unis est au centre des préoccupations des professionnels américains du secteur des médias et du contenu. Comme le soulignait récemment un article du magazine sur les médias Broadcasting & Cable, les Américains s'interrogent actuellement sur 4 points essentiels : à quel rythme la population va-t-elle adopter la télévision connectée et commencer à en faire usage ; comment les opérateurs de plateformes et les propriétaires de contenu vont-ils parvenir à se distinguer face à la multiplication des acteurs ; comment résoudre la question du droit des programmes diffusés ; quels services et appareils sortiront gagnants de cette évolution et lesquels disparaîtront.
Géraldine Durand
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Selon une étude de la société Strategy Analytics publiée en décembre 2011, 20% des personnes interrogées affirmaient avoir regardé une vidéo en streaming sur leur téléviseur au cours du mois de novembre 2011. Ce pourcentage est deux fois plus important pour le public américain que pour le public européen. Les analystes américains expliquent ce décalage par la différence d’offre, des services comme Netflix et Hulu tirant vers le haut la consommation de vidéo en ligne.
Ainsi, le visionnage de programmes sur Internet est en forte progression aux Etats-Unis et, selon Blair Westlake, Corporate Vice President of the media and entertainment group chez Microsoft, le paysage télévisé américain devrait subir plus de transformations au cours des prochains 18 mois qu’au cours des 5 dernières années.
Modèles de distribution utilisés :
Selon une étude du Leichtman group publiée au mois d’avril 2012, plus d’un tiers des foyers américains (38%) a, actuellement, au moins un téléviseur relié à Internet, contre 30% en 2011 et 24% en 2010.
La console de jeu vidéo
La console de jeu vidéo est l’appareil permettant de connecter un téléviseur à Internet le plus répandu aux Etats-Unis et, toujours selon cette étude, 28% des foyers possèderaient une console reliée à Internet. La Xbox de Microsoft est le chef de file de cette nouvelle génération. Cette console propose le plus large éventail de contenu multimédia sur le marché. A partir de 5 dollars par mois, le service Xbox Live donne accès aux plateformes de vidéo en streaming comme Netflix et Hulu Plus, mais aussi aux réseaux sociaux Facebook et Twitter. Le contenu à la demande du service XFINITY de Comcast et l’offre IPTV FiOS de Verizon sont aussi disponibles sur la Xbox aux utilisateurs abonnés à ces services. Le Director of branded experience de Microsoft, Russ Axelrod, lors d’un discours au NATPE le 24 janvier 2012, a expliqué que plus de 20 millions de Xbox au Etats-Unis étaient connectées et que les utilisateurs concernés passaient 44% de leurs temps sur leur Xbox à faire autre chose que jouer.
La PlayStation de Sony connaît un succès similaire avec ses offres en ligne et notamment avec Playstation Network, portail interactif gratuit où il est possible de jouer en réseau. PlayStation Network compte plus de 90 millions de comptes activés dans le monde, dont 30 millions aux Etats-Unis. Lors de la conférence Streaming Media West, le 8 novembre 2011, Susan Panico, Directeur senior de PlayStation Network, a expliqué qu’un tiers du temps passé sur la console concernait une autre activité que le jeu. PlayStation Network a aussi développé un contenu propre pour se démarquer. Ainsi, elle a lancé des émissions comme “The Tester” (Le Testeur), émission de téléréalité où les joueurs s’affrontent pour un poste en tant que testeur de jeux vidéo, ou encore “Qore”, un “magazine vidéo” consacré aux jeux, et “Pulse”, une émission bihebdomadaire sur les dernières nouveautés PlayStation. L’avantage majeur de cette console sur la Xbox est que ses services sont gratuits – un facteur indéniable dans sa croissance explosive. Microsoft, de son côté, fait payer au moins 60 dollars par an pour le service Xbox Live.
Les services de vidéo à la demande sont les grands bénéficiaires de la montée en popularité de ces consoles connectées. Selon Susan Panico, 50% de l’usage de Netflix se fait à partir de consoles. De même, la chaîne premium EPIX, lancée sur la Xbox en décembre 2011, a vu son nombre d’abonnés doubler depuis son lancement sur console.
Les lecteurs de Blu-ray et les téléviseurs connectés
Les lecteurs Blu-ray connectables à Internet seraient présents dans 13% des foyers américains et les téléviseurs connectés dans environ 4% de ces foyers, selon Leichtman group. Ainsi, d’après la société d’analyse Magna Global, il y avait 5,4 millions de smart TV pouvant être connectées à Internet dans les foyers américains à la fin de l’année 2011. Selon une autre société d’analyse, DisplaySearch, près de la moitié des téléviseurs vendus aux Etats-Unis en 2013 devraient être des smart TV (47%) contre 35% en 2012 et 17% en 2010. Selon le cabinet Strategy Analytics, le principal marché pour les télévisions connectées sera les Etats-Unis en 2012 et près de 18 millions de téléviseurs devraient y être vendus cette année.
Les boîtiers
Selon une étude publiée par le cabinet d’analyse Park Associates au mois de février 2012, près de 14 millions de boîtiers permettant de se connecter à Internet (de type Apple TV et Roku) devraient être vendus aux Etats-Unis en 2012 et 31% des ménages américains possédant une connexion Internet regarderaient des programmes en streaming sur leur téléviseur.
Bien que ces boîtiers ne soient pas encore très répandus, la facilité d’utilisation de ces appareils et un tarif à la baisse pour la dernière génération d’Apple TV et de boîtier Roku en font un produit intéressant. Apple serait en tête de ce marché avec 4,2 millions d’Apple TV deuxième génération vendues en 2011 contre 1,5 millions pour Roku (pour un total de 2,5 millions depuis la création de la société en 2002).
Interrogé lors d’une conférence sur le contenu over-the-top au mois de mars 2012, le CEO et créateur de Roku, Anthony Wood, déclarait que les télévisions connectées souffraient de plusieurs handicaps face aux boîtiers. Tout d’abord, selon les recherches menées par Roku, la qualité de l’interface fait partie des principaux critères de choix des consommateurs pour ce type de produit. Or, l’un des défauts des smart TVs est justement que leurs logiciels deviennent obsolètes au bout de 2 ou 3 ans, alors qu’un téléviseur, connecté ou pas, se change généralement tous les 6 à 8 ans. Anthony Wood pense que les consommateurs obtiennent un meilleur service en achetant une télévision classique et un boîtier connecté à Internet séparé. Il explique que les logiciels de Roku sont mis à jour tous les deux mois et que de nouvelles chaînes sont ajoutées toutes les semaines. Les boîtiers Roku proposent ainsi plus de 500 chaînes.
Rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées :
La question du rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées n’a pas encore été abordée aux Etats-Unis. Toutefois, une audition visant à examiner de quelle manière les services de vidéo en ligne altéraient l’avenir de la télévision s’est tenue devant la Commission du Sénat sur le Commerce (Senate Commerce committee), à la demande de son Président, le sénateur Jay Rockefeller (D-W. VA.), à la fin du mois d’avril 2012. Lors de l’annonce de l’organisation de cette audition, le sénateur Rockefeller avait souligné que « les spectateurs regardent toutes sortes de programmes sur une grande variété de plateformes, à différentes heures du jour et de la nuit, sans les protections qui encadrent la télévision traditionnelle ».
Lors de cette audition, les professionnels entendus ont défendu le droit du marché à créer des programmes accessibles aux consommateurs de manière universelle. Ils ont également souligné l’importance de maintenir un Internet ouvert et critiqué la démarche de Comcast qui impose une limite de 250GB à ses utilisateurs, mais, dans ses calculs, ne prend pas en compte ses propres sites comme l’offre de TV Everywhere Xfinity. Pour Barry Diller, Président du site de voyage Expedia et de IAC/InterActiveCorp., conglomérat de sociétés du secteur de l’Internet comme Vimeo, l’application des règles de neutralité du réseau est obligatoire pour maintenir le développement d’Internet.
Conclusion :
Le développement de la télévision connectée pourrait avoir plusieurs conséquences. La 1ère concerne le trafic sur Internet. Selon la société d’analyse Cisco, le trafic lié à la consommation de vidéos sur Internet devrait passer de 3 039 petabytes (1 petabyte = 1000 terabytes) par mois en 2011 à 8 130 petabytes par mois en 2015.
D’autre part, la popularité grandissante des télévisions connectées et des tablettes augmente l’intérêt pour les « synch apps », applications liées à la diffusion d’une émission à la télévision et synchronisées avec celle-ci. Ainsi, plus de 200 chaînes de télévision américaines, parmi lesquelles NBC, Discovery Channel et HBO, se sont associées pour lancer l’application ConnecTV, qui permet aux utilisateurs de bénéficier d’un contenu additionnel ou d’interagir avec leurs amis sur tablette ou smartphone, pendant qu’ils regardent un programme télévisé.
Enfin, bien que le développement de la télévision connectée ne signifie pas forcément que les clients résilient leur abonnement au câble, cela peut signifier l’annulation de l’abonnement à certaines chaînes premium. C’est un risque que les opérateurs de la télévision prennent en compte et une tendance que les fabricants de télévision et les propriétaires de contenu suivent de près.
Ainsi, le développement de la télévision connectée aux Etats-Unis est au centre des préoccupations des professionnels américains du secteur des médias et du contenu.
Pour plus d’informations sur les questions liées au droit d’auteur et à la réglementation de la télévision connectée, lire Dossier : Bilan sur la télévision connectée aux Etats-Unis, Médiamérica, 11 juillet 2011.
Géraldine Durand

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