Télévision

Interview de Mathieu Béjot (TVFI): “En matière d’animation, le public américain est différent”

Date: 24/02/2014

Mathieu-Bejot-Mathieu Béjot, délégué général de TV France International, l’association des exportateurs de programmes français, parle de la place de l’animation française sur le marché américain.

Que faites-vous à New York où on vous a déjà vu il y a trois mois ? J’y étais pour soutenir mes producteurs dans le cadre des Emmy Awards où deux projets français ont été récompensés, “5 caméras brisées”, documentaire de France Télévisions, et “Les Revenants” diffusés en France sur Canal +. Là, je suis revenu pour le Kidscreen Summit, qui est une manifestation centrée sur l’animation qui attire 2 000 personnes du monde entier, producteurs, chaînes, créatifs. En même temps, il y a eu les Kids Emmy Awards où trois programmes français ont été nominés sur 6 catégories : “Spike 2” (TAT), à l’origine aussi des “As de la jungle” déjà nominés l’année dernière, “Zou” produit par Cyber Group et diffusé sur Spark aux États-Unis, et “Angelo la débrouille” produit par Teamto. Malheureusement, nous n’avons rien gagné cette fois-ci, mais trois nominés sur six, c’est un bon début.

Pourquoi, d’après vous, les Anglais ont-ils remporté les prix des Kids Emmy Awards ? Il y a eu 4 prix remportés par les Anglais. On a parfois l’impression que les jurés sont plus familiers de l’animation anglaise, même si l’animation française s’exporte beaucoup. Très honnêtement, c’est bien pour nous d’arriver à ce niveau de la compétition.  On est dans le top mondial.

Comment se portent les exportations dans l’animation ?`  Pour nous, l’animation représente toujours 35% des exportations françaises, donc c’est  un secteur évidemment extrêmement important, qui voyage bien. Nous sommes le plus gros  producteur d’Europe, le troisième exportateur au monde, donc il y a vraiment une industrie reconnue. On parle d’animation pour la télévision, mais le long-métrage se porte aussi très bien. On l’a vu avec “Minuscule”.

Que représentent les États- Unis pour l’animation française ? C’est un marché extrêmement important, avec des chaînes présentes dans le monde entier comme Cartoon, Disney ou Spark, avec lesquelles on travaille. Aux États-Unis, il y a aussi des plateformes qui deviennent intéressantes, comme Netflix qui achète des programmes avec des deals assez conséquents en termes financiers. Le marché américain est assez dynamique.

Pourtant, d’autres observateurs trouvent le marché américain hermétique. Oui, c’est assez vrai malgré tout. Il arrive assez fréquemment que l’on travaille avec Disney et Cartoon sur l’ensemble du monde, l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique latine. Mais le point noir pour nous reste les États-Unis, pas très ouvert aux productions étrangères.

A quoi imputez-vous cette propension des USA à rester un peu fermés à l’animation française ? Est-ce dû aux formats, à la longueur de nos séries animées  par exemple ? C’est une question de spécificité du marché américain, qui est d’ailleurs parfois un peu protectionniste de fait, et non pas de droit. Dans l’animation, les enjeux sont énormes, notamment en matière de licence et produit dérivés. Il est vrai que les sociétés américaines intégrées verticalement contrôlent la production, la diffusion le merchandising et ont tendance à favoriser leurs programmes. On entend souvent dire d’un programme qu’il a marché sur toutes les chaînes du groupe dans le monde entier.Mais non, le public américain est différent, même si on a du mal à le croire. Je pense que l’offre est différente, il existe une grosse mise en avant de leur programme.

Quels sont les programmes d’animation qui marchent aux États-Unis ? Il y en a plusieurs comme “Oggy et les Cafards”. La diffusion depuis le début de l’été dernier des “Lapins crétins” sur Nickelodeon est un véritable succès d’audience. Sur Netflix, on retrouve “Garfield” (aussi à l’antenne sur Cartoon Network), ou encore “Iron Man”, “Oscar’s Oasis” (“Oscar & Co” en français), Fish’n chips. On note aussi que le programme “Eliot Kid” est présent sur Qubo, qui vient d’acheter la série “Sally Bollywood”.

Quelle est la “French touch” dans l’animation ? L’esthétisme, les images léchées, une tradition de savoir raconter une histoire en images issue de la bande dessinée. Nous possédons une espèce de non conformisme, une capacité à se remettre en question à chaque nouveau projet, à travailler sur des rendus différents. Côté technique, certains spécialistes planchent sur des images 3D avec un rendu 2D par exemple. Nous ne nous restons pas sur des acquis, et nous ne sommes pas du genre à réutiliser sans arrêt la même recette qui marche. Nous avons un côté artisanal qui fonctionne assez bien.

Propos recueillis par Sandra Muller à New York

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