Télévision

Interview de Nathalie Perus (French in Motion) : “L’industrie américaine nous regarde, nous avons une crédibilité”

Date: 19/01/2017


Nathalie Perus

Nathalie Perus, fondatrice de French in Motion, à New York, explique comment son organisation, soutenue par Unifrance et les services culturels, noue des partenariats transatlantiques entre les acteurs français et américains de la production audiovisuelle.

 

French in Motion, qu’est-ce que c’est ?
C’est une organisation professionnelle franco-américaine basée à New York, rassemblant tous les métiers qui contribuent à la création et à la fabrication d’un film, d’une série, d’un documentaire : nos membres sont scénaristes, réalisateurs, chefs déco, producteurs, distributeurs, institutionnels… Nous avons le soutien des services culturels et d’Unifrance dont le cadre de mission ne permet pas nécessairement d’intervenir sur le codéveloppement et la coproduction des œuvres en amont. Notre organisation rassemble les professionnels du cinéma et de la télévision qui travaillent sur des projets internationaux. Soit des Français installés ici, soit des Français qui cherchent des partenaires aux Etats-Unis, soit des Américains qui cherchent des partenaires et des talents en France.

 
En quoi avez-vous la légitimité de créer une telle structure ?
Nous étions plusieurs à la création de l’association, dont un réalisateur (Benoît Cohen), une scénariste (Éléonore Pourriat), un distributeur (François Scippa-Kohn). Nous avons ressenti le besoin de nous rassembler pour développer notre réseau ici et donner de la visibilité à notre travail et à nos projets.
Pour ma part, j’ai toujours été tournée vers l’international. J’ai travaillé douze ans à la direction des programmes de chaînes du câble, dont sept ans dans le groupe Canal+. J’ai notamment lancé les nouvelles chaines Allociné, National Geographic, Disney, Planète No Limit. Puis je suis partie chez Fox où je m’occupais des acquisitions et des productions des chaînes. C’était l’époque de l’éclosion des séries internationales, je me suis orientée vers la fiction. Je me suis lancée dans la direction littéraire chez EuropaCorp TV pour la série “XIII”, puis j’ai rejoint la société Son et Lumière. C’est alors que nous avons décidé, mon mari et moi, de partir à l’étranger, cela nous semblait une étape nécessaire pour notre famille. Quand je suis arrivée à New York, j’ai poursuivi une collaboration avec Klaus Zimmerman, ex-Atlantique (Lagardère), sur des séries internationales pour lesquelles nous recherchions des partenaires anglo-saxons. Par ailleurs, les professionnels de mon réseau en France ont commencé à m’appeler régulièrement pour que je les conseille sur des tournages aux États-Unis ou pour les mettre en relation avec des Américains. Il m’a semblé nécessaire de créer un relais entre Français et Américains.
 

Concrètement, que faites-vous avec French in Motion ?
L’organisation est toute jeune. Nous avons lié un partenariat avec l’IFP (Independent Filmmaker Project), association de producteurs et réalisateurs à New York, qui, tous les ans, organise l’IFP Film Week, seul marché de coproduction internationale aux États-Unis. C’est un marché très sélectif, car sur 2 000 candidatures, seuls 150 projets sont sélectionnés dans les catégories documentaires, films, séries. Durant ce marché, les producteurs et talents des équipes sélectionnées rencontrent les diffuseurs, comme HBO ou Amazon par exemple. Nous sommes avec Unifrance leur partenaire français et leur apportons des projets internationaux initiés en France. Nous avons lancé en mai un appel à projets en France (écrits en anglais) ; sur les 35 candidatures, nous en avons présélectionné 8 et l’IFP en a retenu 3 au final (lire Trois projets de films et séries français retenus lors de la très sélective IFP Film Week).
 
En quoi l’IFP a-t-elle été importante pour vous ?
Cela nous a permis de faire valider la qualité des professionnels et des projets que nous portions, nous avons aussi continué à construire notre réseau sur place. Puis nous avons pris des contacts d’Américains qui cherchaient à rencontrer des partenaires français. Nous avons organisé dans le cadre de ces rencontres en septembre un événement d’image qui s’est très bien passé. L’industrie américaine nous regarde, nous avons une crédibilité.
 

Quel est votre but ?
Notre but est de développer cette communauté transatlantique de producteurs, de talents et de distributeurs. Nous travaillons avec l’IFP à développer notre partenariat sur un programme annuel, et nous nous positionnons aussi sur d’autres festivals. Nous sommes présents pour créer la plateforme et le réseau nécessaire. Il faut savoir que les Américains ont besoin de vendre à l’international car le marché est très tendu et concurrentiel, aux Etats-Unis. Par exemple, sur les séries, il faut qu’ils puissent compter sur la distribution à environ 40 %, pour rentabiliser leur production. Avec l’arrivée de plateformes comme Netflix ou Amazon, le besoin de développement à l’international est encore plus fort. Du coup, le marché est porteur.
 

Comment appréhendez-vous les relations entre les professionnels français et les Américains ?
Les Français sont un peu désemparés pour tourner aux Etats-Unis ou trouver des partenaires. Il y a un véritable décalage de l’appréhension du marché, de la manière de produire, de financer. Les Américains n’avaient jusqu’à présent pas besoin des Européens, ils vivaient sur leur marché domestique. Maintenant que les cloisons se défont, ils sont eux aussi désemparés. Ils n’ont jamais eu besoin de collaborer jusqu’à présent. Ils n’ont pas la même législation, comme le droit d’auteur. Ils ne connaissent pas les talents, les producteurs. Nous sommes là pour leur apporter de l’information. Et nous avons lancé un site qui est une première étape.
 

Comment fonctionnez-vous ?
Nous nous réunissons tous les mois autour d’un thème précis – par exemple en juillet autour des tournages à New York avec Cédric Klapisch, le mois dernier, sur la distribution des films étrangers aux Etats-Unis. Nous avons réuni, samedi dernier, un panel de showrunners internationaux pour comparer les processus de création et explorer les collaborations entre scénaristes de plusieurs pays sur des séries internationales.

 
Propos recueillis par Sandra Muller à New York. La Lettre de l’Audiovisuel est accessible par abonnements uniquement. Pour plus d’information : sandramullernyc@gmail.com.
Pour consulter quelques articles :
lettreaudiovisuel.com.


Il n'y a pas encore de réaction sur cet article, réagissez!

Votre Réaction





*

Copiez le code de sécurité dans le champ de droite


* Champ obligatoire