Télévision

La bataille des fréquences s’intensifie aux Etats-Unis

Date: 15/06/2011

Si l’avenir est dans le mobile, et notamment dans la télévision mobile personnelle et l’Internet mobile, cela signifie que la consommation en fréquences hertziennes pour la transmission de signaux ne va cesser d’augmenter. Le problème, c’est que les bandes de fréquences sont limitées. Par conséquent, les opérateurs de technologie mobiles et les chaînes de télévision américaines, qui en utilisent actuellement la plus grosse partie, se retrouvent alors en concurrence.

A Washington, cette concurrence a donné naissance à une discussion complexe, qualifiée par  certains journalistes de « guerre des fréquences » (air war), visant à déterminer si les détenteurs actuels des fréquences les utilisaient à bon escient. L’enjeu est un projet de la Federal Communications Commission visant à récupérer 120 MHz de fréquences auprès des chaînes de télévision américaines qui en cèderaient une partie volontairement. Les autorités américaines les vendraient ensuite aux enchères et l’argent récolté serait partagé entre les chaînes concernées.

Les responsables des chaînes américaines craignent que cette procédure ne soit finalement pas basée sur le volontariat. D’autre part, ils estiment avoir déjà fait un effort suffisant, après avoir renoncé à 25% de leurs fréquences lors du passage à la télévision numérique terrestre en 2009 et dépensé plusieurs centaines de millions de dollars à cette occasion. L’idée était alors qu’ils pourraient récupérer cet investissement notamment grâce au développement de leur offre en matière de télévision mobile personnelle. Or, si les chaînes de télévision rendent leur fréquence, cela compromet leur capacité à développer une telle offre.

Ainsi, les chaînes de télévision considèrent que l’abandon d’une partie de leurs fréquences mettrait en péril la pérennité des services qu’elles rendent. Elles mettent notamment en garde contre la disparition de ce qui fait la particularité de la télévision hertzienne, à savoir le localisme, la gratuité, des objectifs d’intérêt public et la qualité du signal. Dans un article publié dans Broadcasting & Cable et repris par la Coalition for Free TV & Broadband (Spectrum: What Is It Good For?, 06/06/11), association qui défend les intérêts des chaînes de télévisions dans ce débat, le journaliste John Eggerton met en avant 10 bonnes raisons pour lesquelles les télévisions devraient conserver leurs fréquences. Parmi ces raisons figure la question du prix : tous les téléspectateurs n’ont pas les moyens de s’offrir un service de télévision câblé payant et beaucoup dépendent d’un service de télévision hertzien gratuit, notamment la communauté hispanophone qui est celle qui connaît la plus forte croissance dans le pays. D’autre part, comme l’a souligné une étude du Pew Research Center Study, 50% des personnes qui consultent un programme d’information le font sur une chaîne de télévision locale. Certaines personnes pensent également qu’il serait absurde de ne pas exploiter les infrastructures existant déjà au sein des chaînes de télévision américaines pour développer la télévision mobile personnelle et de chercher à recréer ces infrastructures au sein des compagnies de services mobiles.

Pour les entreprises du secteur du mobile, les Etats-Unis risquent de perdre en compétitivité si ce problème de disponibilité des fréquences n’est pas rapidement résolu : cela pourrait conduire à une véritable crise (spectrum crunch). Toutefois, les professionnels de la télévision semblent considérer que le problème ne réside pas dans la rareté de cette denrée. Ils soulignent que le problème des fréquences tient au fait que la FCC ne surveille pas d’assez près l’usage qu’en font les entreprises du secteur du mobile, alors que le secteur de la télévision est contraint de rendre compte de cette utilisation de manière extrêmement précise.

Le puissant lobby de la télévision aux Etats-Unis doit cependant faire face à l’importance croissante des opérateurs de télécommunications. Début avril, 112 économistes américains ont envoyé une lettre au Président Obama en faveur du projet de vente aux enchères des fréquences, qualifiant le processus actuel d’attribution des fréquences de dépassé et inefficace.

Plusieurs projets de loi concernant la mise aux enchères des fréquences ont été évoqués au cours des derniers mois, mais il est peu probable qu’ils soient présentés au Congrès cette année ou en 2012. En effet, la cohabitation entre une majorité démocrate au Sénat et une majorité républicaine à la Chambre des Représentants donne une plus grande latitude aux professionnels de la télévision pour se défendre. D’autre part, les diffuseurs, grâce aux chaînes locales qui leur sont affiliées, représentent un pouvoir médiatique non négligeable dans chaque circonscription américaine, ce dont les élus ont bien conscience.

Air War, de Katy Bachman, Adweek, 25 mai 2011

Air war escalates, de Ted Johnson, Daily Variety, 27 avril 2011

Géraldine Durand


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