Télévision

La production de séries TV aux Etats-Unis : méthodes et métiers

Date: 13/11/2013


La production de séries TV aux Etats-Unis : méthodes et métiers La production de séries TV aux Etats-Unis : méthodes et métiers

Les séries télévisées américaines font parties intégrantes de notre vie de téléspectateurs. Comment produit-on une série TV  aux Etats-Unis ? Le processus créatif d’un programme de ce type reste complexe, et chacun a ses particularités. Il est aussi très éloigné des modes de production de séries françaises.  L’objet de l’analyse ci-dessous est d’en tracer les grandes lignes, des premiers jets du scénario à la diffusion de l’épisode-pilote, en passant par le tournage, pour comprendre les méthodes et apprendre à connaître les différents métiers de ceux qui contribuent à faire naitre ces séries.


De la recherche du concept de la prochaine série à succès à la sélection par une chaîne.

L’élaboration du concept, logline, script, et treatment pour la chaîne

Toute création d’une nouvelle série commence d’abord par l’élaboration du concept qui doit pouvoir être résumé brièvement. L’idée centrale, exprimée en une ou deux lignes qui doivent immédiatement susciter la curiosité du diffuseur potentiel, porte le nom de logline.

La logline doit être accompagnée du script ou du treatment au moment de présenter le projet aux chaînes. Le script est un manuscrit détaillant les personnages et les lieux où se déroule l’action et incluant tous les dialogues. Le treatment, plus court et faisant souvent moins de cinq pages, est souvent privilégié par les networks. Il introduit le hook, l’idée qui attire l’attention, le plot twist, la péripétie inattendue, et le payoff, ou cliffhanger, le suspense qui poussera le spectateur à regarder le prochain épisode. Le projet une fois déposé (auprès de la Writers Guild of America ou tout autre organisme de même type) est protégé en propriété intellectuelle.

Dans le cas où le scénariste souhaite vendre directement un projet à une chaîne, il dispose bien souvent d’un temps très limité pour convaincre, lors de la rencontre. Quand le scénariste est déjà connu et expérimenté, surtout s’il bénéficie d’un development deal qui le lie à un network, selon lequel il doit développer plusieurs projets de séries, il dispose de davantage de temps et peut être reçu plusieurs fois sur un même concept en développement.


Les intermédiaires entre les scénaristes et les networks

Les scénaristes qui ne sont pas encore connus, peuvent être introduits auprès des networks par plusieurs intermédiaires, l’agent, le manager, l’entertainment attorney ou une société de production déjà en lien avec le milieu de la télévision, les chaînes étant difficilement accessibles directement.

Les agents et les managers ne travaillent habituellement qu’avec des scénaristes déjà expérimentés. Contre une commission de 10 à 15%, ils leurs feront profiter de leurs larges réseaux. Les entertainment attorneys (avocat en droit des médias en France), ont également d’excellents liens avec le secteur de l’audiovisuel. Le montant de leur commission est quant à lui très variable. Quant aux sociétés de production, elles ont en général chacune plus de 50 projets de séries en développement en même temps. Réécrits conjointement avec le scénariste, ils sont souvent présentés conjointement aux chaînes. Peu d’entre eux feront l’objet d’un épisode-pilote.

Les auteurs du concept, qui sont aussi scénaristes, sont présentés au générique et au public comme les créateurs de la série.

Parmi les créateurs renommés on peut citer  David Chase (Sopranos), Larry Gilbert (Mash), Matthew Weiner (Mad Men), Aaron Sorkin (The west wing), David Simon (The Wire), Alan Ball (Six feet Under), James Manos (Dexter), Howard Gordon et Alex Gansa (Homeland), Robert and Michelle King (The good wife), David Benioff et DB Weiss (Game of thrones), Steve Levitan (Modern family)….

Du lancement du projet au tournage de l’épisode

Engager le showrunner et les producteurs

Une fois que la chaîne a sélectionné un script pour une nouvelle série et donné son feu vert pour lancer le projet, la production engage le showrunner. Le showrunner (qui est souvent le concepteur de la série) qui apparaît au générique comme executive producer ou supervising producer est la personne qui suit le bon déroulement de la série et qui a le dernier mot aux côtés des chaînes. Il écrit le scénario, les épisodes les plus importants, assure la direction narrative de la série et recrute les talents. C’est en général un scénariste expérimenté. Il assure la direction artistique de la série. Il doit être aussi un vrai gestionnaire et bon manager capable de superviser l’ensemble du processus : écriture, production, tournage, relations avec les chaînes, promotion…

Parmi les showrunners renommés figurent Scott Buck, et Clyde Philipps (Dexter), Glen Mazzara (Walking Dead), Lena Dunhmam et Jenni Konen (Girls), Armando Lanucci (Veep), Steve Levitan et Christopher Lloys (Modern Family), Dan Harmon (Community)….

Le producteur et le showrunner forment l’équipe de scénaristes qui va travailler sur la série et procèdent à l’embauche des acteurs et de l’équipe technique.

Parmi les scénaristes renommés figurent Rafael Alvarez, Edward Burns et Shamit Choksey (The Wire), Allison Abner et Elie Attie (The West Wing), Laurence Andries, Rick Cleveland (Six Feet Under), Karen Campbell et Daniel Cerone (Dexter), Henri Bronell, Alexander carry, Chip Joahannenssen, Gideon Raff et Meredith Strehm (Homeland), Sam Catlin, Peter Gould, Gennifer Hutchinson (Breaking bad)…

Ensemble, ils doivent également établir le budget et veiller à ce qu’il ne soit pas dépassé. Car si cela arrive, ce n’est plus le network mais la société de production qui prend en charge le surcoût. Le coût d’un épisode de série est très variable : une sitcom comme Friends (1994-2004) coûtait en moyenne 125 000 dollars l’épisode, tandis qu’à l’extrême opposé l’épisode-pilote de Game of Thrones (2011) a coûté à lui seul 18 millions de dollars (source : Game of Thrones and the New Golden Age of Television, de Eric Bleeker, The Motley Fool, 9 juin 2013).

Recruter les acteurs et l’équipe technique

Durant cette étape de pré-production d’un épisode (avant la production, le tournage, et la postproduction, le montage), le showrunner et les producteurs peuvent s’adresser à une agence artistique ou à un directeur de casting pour recruter les acteurs. Ce dernier fait une annonce de casting via les agences et les managers avec qu’il est en lien. Accompagné du showrunner ou de l’un des producteurs, il fait passer des auditions, parfois à plusieurs reprises pour un même comédien (le callback).

Au sein de l’équipe technique, à la différence du cinéma, le réalisateur est un employé comme les autres, au même titre que le directeur de la photographie, le chef décorateur (production designer en anglais) ou le monteur. Il dépend du showrunner et peut changer d’un épisode à l’autre.

Au total, plus de 80 personnes peuvent travailler ensemble à la conception d’un épisode de série TV.

Tourner

Le tournage peut avoir lieu en extérieur ou en studio, les deux ayant leurs avantages et leurs inconvénients. Le tournage en extérieur peut s’avérer couteux, mais il apporte l’authenticité qu’on ne trouve pas en studio. Scrubs (2001-2010) a par exemple été tourné dans un hôpital abandonné dans la banlieue nord de Los Angeles. Tourner sur un plateau de tournage, en intérieur, est par définition plus onéreux. Il présente néanmoins l’avantage que l’on peut tout y contrôler, de la lumière, au bruit, en passant par le temps. La version américaine de The Office (2005) a ainsi d’abord été tournée dans un ancien immeuble d’entreprise à Culver City en Californie, avant de déménager dans un studio à partir de la seconde saison. Produire en studio donne aussi l’occasion de tourner face à un public, comme on a l’habitude de le faire dans les sitcoms. Cela permet d’enregistrer leurs réactions qui peuvent être intégrées au montage. Cela permet aussi de juger de l’effet d’une réplique ou d’une idée sur le public, pour, au besoin, la réécrire.

Au sein de l’équipe technique, c’est le location scout qui s’occupe de faire les repérages en amont du tournage pour trouver les lieux appropriés et négocier auprès des autorités locales. Il continue de travailler pendant le tournage pour tout ce qui concerne les questions logistiques. Certains shows sont tournés à Culver City, de nombreux le sont à New York, Toronto au Canada ou à Willmington en Caroline du Nord, mais Los Angeles reste le premier lieu de tournage aux Etats-Unis, notamment grâce à ses studios.

Le tournage d’un épisode, très rapide par rapport au cinéma, prend en général 6 à 10 jours. Sur le tournage d’une série, l’équipe de scénaristes, toujours présente, peut interrompre le tournage pour réécrire. C’est le showrunner qui affecte les écritures, supervise les réécritures, tout en gérant le planning global de la production. Responsable de l’identité du programme, il discute des aménagements avec la chaîne si besoin. Pendant le tournage, c’est le showrunner qui donne les instructions au réalisateur. Il peut faire remplacer un acteur si besoin. Il supervise le montage, et le contrôle du produit final. Le Tournage se déroule en flux tendu, l’écriture et la production étant menée ensemble concomitamment.

Le rôle de l’épisode-pilote

La décision de diffuser l’épisode-pilote par le network

Une fois l’épisode-pilote mis en boîte, il revient à la chaîne de décider si celui-ci fera partie de son line-up de nouvelles séries et nouvelles saisons qui seront diffusées début septembre. Si le network refuse le pilote, la série ne verra jamais le jour. Un article de Vanity Fair affirme qu’ « un network achètera 25 scripts de sitcoms, tournera 12 d’entre elles et en choisira 2 parmi les 12 (…) Une chaîne câblée quant à elle développera 3 projets de séries comiques, en tournera 2 sur les 3, et choisira la meilleure d’entre elles ».

Une fois la série validée pour être diffusée à l’antenne, le tournage des autres épisodes de la saison peut commencer, pour un total de 13 épisodes en moyenne. Une saison entière dure généralement 22 épisodes, mais ce nombre a tendance à se raccourcir au fil des années. Au début de la télévision, une saison pouvait compter jusqu’à une quarantaine d’1h chacun, comprenant 10 minutes de publicités. Aujourd’hui un épisode ne dure plus que 44 minutes, pauses publicitaires comprises.

Les Upfront, présentations des séries par les networks aux annonceurs, financiers de la série TV

La pilot season se termine en mai par les Upfront, évènement durant lequel chaque network présente ses nouvelles séries et nouvelles saisons aux annonceurs publicitaires. C’est durant cet évènement que les annonceurs achètent l’espace publicitaire auprès des télévisions pour la saison à venir entre septembre et mai. Les grands annonceurs achètent le trois quart de leur espace pendant les Upfront se déroulant à New York. C’est donc un moment décisif pour les networks.

Le fonctionnement est cependant différent pour les chaînes de télévision par câble (HBO, Showtime, FX et AMC parmi les principaux cable networks dédiés aux séries) qui sont des chaînes payantes accessibles par abonnement. Pour elles, c’est plus le nombre d’abonnés et leur taux de satisfaction qui comptent. Cela explique que les séries qu’elles financent et diffusent soient moins consensuelles, explorant souvent des sujets plus variés, complexes et polémiques.

Septembre, l’examen de passage pour une nouvelle série

C’est à la rentrée que sont diffusés les premiers épisodes des nouvelles séries/saisons. L’épisode-pilote est un épisode test pour prouver au network que la série rencontre le succès ou a du potentiel. Si c’est le cas, elle sera renouvelée pour une seconde saison. Sinon, elle sera annulée à la fin du dernier épisode de la première saison, voire même à la moitié de celle-ci, et peut être remplacée prématurément par une autre série en prime time pour être diffusée à une autre plage horaire. Le succès d’un nouveau show est mesuré par plusieurs indicateurs : les retombées presse, le buzz sur les réseaux sociaux, les résultats publicitaires et le succès en VOD sur Internet. Mais le premier indicateur reste l’indice Nielsen qui mesure d’audience en télévision.

La production en syndication

La syndication (broadcast syndication) consiste à vendre les droits de diffusion d’un programme à des stations de télévisions privées, hors du champ des principaux réseaux.

Ce sont souvent des droits de rediffusion pour des séries préalablement diffusées par les networks. Cela permet de donner une seconde vie aux séries. Pour qu’une série soit vendue en syndication, elle doit généralement compter au moins quatre saisons et 88 épisodes. Mais la plupart des chaînes préfèrent le chiffre rond de 100 épisodes. Car elles veulent pouvoir les rediffuser au rythme d’un épisode par jour ou plus, ce qui nécessite une certaine quantité d’épisodes disponibles. Certaines séries ont ainsi été sauvées de justesse de l’annulation totale grâce à la syndication. L’exemple le plus connu fut Alerte à Malibu (1989-2001), qu’ABC a annulé dès la première saison et qui a été revendu en syndication pour durer 10 saisons de plus et devenir la série la plus regardée de l’époque (plus d’1 milliard de téléspectateurs par semaine).

Une série peut également être produite dès le départ pour le marché de la syndication. Le dernier exemple important en date est Legend of the Seeker (2008-2010). A la différence d’une production par un network, c’est la société de production qui finance ici la série pour ensuite aller démarcher les stations locales qui la diffuseront. L’inconvénient majeur est le risque financier que prend le studio, avec pour avantage d’éviter la censure qu’imposerait un network. Il vend à un prix forfaitaire sa série à une station locale, qui elle seule récolte les recettes publicitaires. Dans le cas où la série rencontre le succès, ce sont donc les stations qui en récoltent les fruits, et non les sociétés de production.

Cependant cette pratique de first-run syndication (par opposition au premier cas de off-network syndication) est devenue de plus en plus rare.

Sources :
The Business of Television, Howard J. Bluementhal, Billboard Books, 2006
Game of Thrones and the New Golden Age of Television, de Eric Bleeker, The Motley Fool, 9 juin 2013
What Netflix’s ‘House of Cards’ Means For The Future Of TV, de Greg Satell, Forbes, 4 mars 2013
The Wire in the context of American television, de Jason Mittell, Just TV, 9 février 2010
Cable picks up networks’ sitcom slack, de John Dempsey, Vanity Fair, 3 mars 2007
How TV production works, de Winifred Fordham Metz, How Stuff Works, 2007

Services Culturels de l’Ambassade de France aux Etats-Unis
Département Cinéma, Télévision et Nouveaux Médias


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5 Réactions

1 - La production de séries TV aux Etats-Uni… | 13.11.13

[…]   […]


2 - La production de séries TV aux Etats-Uni… | 13.11.13

[…] RT @KinoScript: La production de séries TV aux Etats-Unis : méthodes et métiers… http://t.co/jOZ9uunpDc  […]


3 - francisco KOE | 13.11.13

J’ais beaucoup aimer cet article.my passion is been one day a great actor


4 - asnar malika | 13.11.13

j aimerais que la séries los hombres de paco sois diffuser en France sinon en faire une série en terme comme les série los hombres de paco comme en Espagne ses un très bon séries je vous remercie d avance bisous melle asnar Malika


5 - Tussing | 13.11.13

Cc à tous


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