Télévision

L’avenir des petites chaînes du câble et du satellite en suspens

Date: 19/02/2013


Current TV était sur la sellette quand elle a été rachetée par Al Jazeera fin 2012.

Il existe deux types de chaînes câblées aux Etats-Unis: celles qui sont gérées par des groupes médiatiques très importants possédant des dizaines d’autres chaînes, et celles qui sont indépendantes.

Les chaînes du second groupe se sentent aujourd’hui menacées. En effet, certains des opérateurs dont elles dépendent – Time Warner Cable, DirecTV, Verizon FiOS – parlent de se séparer des chaînes aux faibles performances, ou en tout cas de les payer moins. Par exemple, Current TV, la chaîne peu lucrative d’Al Gore, était sur la sellette quand elle a été rachetée par Al Jazeera fin décembre. Une aubaine sachant que Time Warner l’a abandonnée le 1er janvier 2013.

Cela fait déjà plusieurs années que les distributeurs parlent de se serrer la ceinture, mais ils doivent désormais faire face à deux évolutions majeures : les concurrents web potentiels sont à l’affût et les coûts de programmation s’envolent, tout particulièrement pour les chaînes de sport et les networks. « Nous sommes obligés de reconsidérer très attentivement notre programmation, à la manière d’une chaîne qui regarde sa grille en ayant à décider quel programme diffuser », a déclaré Melinda Witmer, responsable des négociations avec les propriétaires des chaînes pour Time Warner Cable. Elle prévoit plus de changements dans un futur proche, lesquels permettraient « d’acquérir les programmes dont nous avons vraiment besoin et de nous débarrasser de ceux qui ne font pas vraiment évoluer notre chiffre d’affaires. »

En pratique, les chaînes indépendantes sont plus en péril que celles qui appartiennent à des groupes médiatiques comme Walt Disney Company et Viacom. « Les grosses entreprises de contenu proposent aux opérateurs de la télévision payante des packages comprenant à la fois leurs petites chaînes et leurs chaînes les plus populaires », explique Dan York, responsable de programmation pour DirecTV. Ainsi, VH1 Classic et ESPNU ne vont pas disparaître prochainement. Toutefois, le 1er janvier dernier, Verizon FiOS a retiré Youtoo TV, une chaîne qui diffusait des vidéos envoyées par des téléspectateurs, de ses bouquets. De son côté, Time Warner Cable s’est séparé d’Ovation, une chaîne spécialisée en arts et culture. « Moins d’1% de nos abonnés regarde Ovation chaque jour », a déclaré le distributeur, en décembre, avant d’ajouter : « Ils ont eu la possibilité d’améliorer leurs chiffres et leur contenu, et ont échoué ».

Même si des chaînes peu connues comme Ovation coûtent seulement cinq centimes par mois par téléspectateur, ces cinq centimes s’additionnent et peuvent atteindre 10 millions de dollars en coûts pour les opérateurs et, indirectement, leurs abonnés. Sur les 10 principaux opérateurs, qui représentent 90% des abonnements à la télévision payante aux Etats-Unis, c’est Time Warner Cable qui a adopté la position la plus agressive contre les chaînes peu populaires telles qu’Ovation. Le mois dernier, Glenn Britt, CEO du groupe, a annoncé aux investisseurs que les coûts de programmation étaient disproportionnés, soulignant une augmentation de 30% dans les sommes payées aux propriétaires de chaînes depuis 2008. M. Britt a cependant écarté la possibilité de répercuter ces augmentations sur le prix des abonnements : cela pourrait faire fuir les abonnés. Lorsque Time Warner Cable a annoncé l’abandon possible de Current au mois de décembre, le géant a aussi évoqué des chaînes peu populaires comme Hallmark, IFC, Lifetime, NHL Network, the Style Network et WE tv.

Mais à ce jour, aucune d’entre elles, à l’exception de Current et d’Ovation, n’a été supprimée de la programmation de Time Warner. Et, sur les derniers mois, le groupe a continué de donner leur chance à de nouvelles chaînes comme BBC World News et RLTV, anciennement appelée Retirement Living TV. Certains responsables de chaînes y voient la preuve que les opérateurs de la télévision payante ne joignent pas les actes aux paroles, en semblant prendre des décisions fermes sur les coûts de programmation alors qu’ils n’en font rien. Chad Gutstein, le directeur de l’exploitation d’Ovation, a déclaré qu’il ignorait pourquoi on avait coupé sa chaîne. « Je sais ceci : ils ne font clairement pas ce qu’ils disent faire. En fait, ils sont en train de faire augmenter leurs coûts de programmation afin qu’ils augmentent pour tous les autres opérateurs du marché ». Le lancement d’une chaîne régionale coûteuse consacrée au sport, en Californie du Sud, en est un bon exemple.

Mais les chaînes qui détiennent des droits exclusifs sur la diffusion du sport sont essentielles, même si elles coûtent très cher aux distributeurs par ailleurs plutôt bien portants. « Une chaîne de sport peut ne pas avoir une audience très élevée sur le plan national, mais si on perd une équipe, on perd des abonnés », explique Mme Witmer chez Time Warner Cable. Dave Shull, qui s’occupe de la programmation chez Dish Network, a déclaré que « l’augmentation des coûts relatifs à la diffusion du sport, dont les produits Time Warner, force à effectuer des coupes budgétaires à d’autres niveaux ».

Alors quelles sont les solutions pour les petites chaînes ? Certains analystes proposent qu’elles se repositionnent en tant que chaînes gratuites sur internet, conçues sur le modèle des chaînes financées par YouTube (sur le sujet lire YouTube investit dans la création de contenu et crée 100 nouvelles chaînes professionnelles). En effet, les propriétaires des chaînes YouTube gagnent de l’argent via la publicité et non via les abonnements. Un autre modèle pourrait impliquer les abonnements sur internet, un projet que Glenn Beck a initié avec une chaîne en ligne appelée TheBlaze. Le propriétaire de Hallmark Channel a récemment proposé un service d’abonnement en ligne, à l’image de Netflix, pour sa bibliothèque de films Hallmark Hall of Fame. Mais beaucoup de chaînes en ligne, dont TheBlaze, tentent aujourd’hui d’être reprises sur le câble et le satellite, puisque la grande majorité du visionnage se fait toujours via le téléviseur et non sur internet.

De façon générale, peu de choses ont changé au cours des dernières années : aucune grande chaîne de contenu n’est devenue « à la carte » et n’a laissé ses abonnés choisir seulement les chaînes qu’ils désirent regarder. Personne n’a lancé de service de télévision payante sur internet, malgré les efforts d’Intel, de Sony et d’autres entreprises spécialisées en technologie. L’écosystème télévisuel qui, à certains moments, a semblé proche de l’effondrement, ne s’est finalement pas désintégré. Programmateurs et distributeurs ont trouvé leur compte dans le fait de le garder intact.

Fin décembre, par exemple, Suddenlink, 11ème plus gros opérateur du câble du pays, a eu un différend avec Fox Networks, la branche câblée de News Corporation au sujet des coûts de reprise des chaînes du groupe. Suddenlink a proposé que Fox fixe les prix pour chacune de ses chaînes, les grosses comme FX et les petites comme Fox Soccer et Fuel, et que les clients puissent ensuite choisir de payer seulement pour celles qu’ils veulent visionner. Suddenlink a qualifié cette offre de « tentative de réponse aux demandes de nos clients », mais Fox l’a refusée. Quatre heures plus tard, les deux entreprises ont annoncé qu’elles étaient parvenues à un accord de principe pour garder toutes les chaînes, et conserver ainsi le système intact.

Cable Companies Squeeze More Obsure Channels, de Brian Stelter, The New York Times, 7 janvier 2013

 

Laura Pertuy


Il y a 3 réactions sur cet article, réagissez!

3 Réactions

1 - L’avenir des petites chaînes du câble et du satellite en suspens « Mediamerica | TV | marché nord-américain | Scoop.it | 19.02.13

[…]   […]


2 - L’avenir des petites chaînes du câble et du satellite en suspens | (Media & Trend) | Scoop.it | 19.02.13

[…] Il existe deux types de chaînes câblées aux Etats-Unis: celles qui sont gérées par des groupes médiatiques très importants possédant des dizaines d’autres chaînes, et celles qui sont indépendantes.Les chaînes du second groupe se sentent aujourd’hui menacées. En effet, certains des opérateurs dont elles dépendent – Time Warner Cable, DirecTV, Verizon FiOS – parlent de se séparer des chaînes aux faibles performances, ou en tout cas de les payer moins. Par exemple, Current TV, la chaîne peu lucrative d’Al Gore, était sur la sellette quand elle a été rachetée par Al Jazeera fin décembre. Une aubaine sachant que Time Warner l’a abandonnée le 1er janvier 2013. Cela fait déjà plusieurs années que les distributeurs parlent de se serrer la ceinture, mais ils doivent désormais faire face à deux évolutions majeures : les concurrents web potentiels sont à l’affût et les coûts de programmation s’envolent, tout particulièrement pour les chaînes de sport et les networks. « Nous sommes obligés de reconsidérer très attentivement notre programmation, à la manière d’une chaîne qui regarde sa grille en ayant à décider quel programme diffuser », a déclaré Melinda Witmer, responsable des négociations avec les propriétaires des chaînes pour Time Warner Cable. Elle prévoit plus de changements dans un futur proche, lesquels permettraient « d’acquérir les programmes dont nous avons vraiment besoin et de nous débarrasser de ceux qui ne font pas vraiment évoluer notre chiffre d’affaires. » En pratique, les chaînes indépendantes sont plus en péril que celles qui appartiennent à des groupes médiatiques comme Walt Disney Company et Viacom. « Les grosses entreprises de contenu proposent aux opérateurs de la télévision payante des packages comprenant à la fois leurs petites chaînes et leurs chaînes les plus populaires », explique Dan York, responsable de programmation pour DirecTV. Ainsi, VH1 Classic et ESPNU ne vont pas disparaître prochainement. Toutefois, le 1er janvier dernier, Verizon FiOS a retiré Youtoo TV, une chaîne qui diffusait des vidéos envoyées par des téléspectateurs, de ses bouquets. De son côté, Time Warner Cable s’est séparé d’Ovation, une chaîne spécialisée en arts et culture. « Moins d’1% de nos abonnés regarde Ovation chaque jour », a déclaré le distributeur, en décembre, avant d’ajouter : « Ils ont eu la possibilité d’améliorer leurs chiffres et leur contenu, et ont échoué ». Même si des chaînes peu connues comme Ovation coûtent seulement cinq centimes par mois par téléspectateur, ces cinq centimes s’additionnent et peuvent atteindre 10 millions de dollars en coûts pour les opérateurs et, indirectement, leurs abonnés. Sur les 10 principaux opérateurs, qui représentent 90% des abonnements à la télévision payante aux Etats-Unis, c’est Time Warner Cable qui a adopté la position la plus agressive contre les chaînes peu populaires telles qu’Ovation. Le mois dernier, Glenn Britt, CEO du groupe, a annoncé aux investisseurs que les coûts de programmation étaient disproportionnés, soulignant une augmentation de 30% dans les sommes payées aux propriétaires de chaînes depuis 2008. M. Britt a cependant écarté la possibilité de répercuter ces augmentations sur le prix des abonnements : cela pourrait faire fuir les abonnés. Lorsque Time Warner Cable a annoncé l’abandon possible de Current au mois de décembre, le géant a aussi évoqué des chaînes peu populaires comme Hallmark, IFC, Lifetime, NHL Network, the Style Network et WE tv. Mais à ce jour, aucune d’entre elles, à l’exception de Current et d’Ovation, n’a été supprimée de la programmation de Time Warner. Et, sur les derniers mois, le groupe a continué de donner leur chance à de nouvelles chaînes comme BBC World News et RLTV, anciennement appelée Retirement Living TV. Certains responsables de chaînes y voient la preuve que les opérateurs de la télévision payante ne joignent pas les actes aux paroles, en semblant prendre des décisions fermes sur les coûts de programmation alors qu’ils n’en font rien. Chad Gutstein, le directeur de l’exploitation d’Ovation, a déclaré qu’il ignorait pourquoi on avait coupé sa chaîne. « Je sais ceci : ils ne font clairement pas ce qu’ils disent faire. En fait, ils sont en train de faire augmenter leurs coûts de programmation afin qu’ils augmentent pour tous les autres opérateurs du marché ». Le lancement d’une chaîne régionale coûteuse consacrée au sport, en Californie du Sud, en est un bon exemple.Mais les chaînes qui détiennent des droits exclusifs sur la diffusion du sport sont essentielles, même si elles coûtent très cher aux distributeurs par ailleurs plutôt bien portants. « Une chaîne de sport peut ne pas avoir une audience très élevée sur le plan national, mais si on perd une équipe, on perd des abonnés », explique Mme Witmer chez Time Warner Cable. Dave Shull, qui s’occupe de la programmation chez Dish Network, a déclaré que « l’augmentation des coûts relatifs à la diffusion du sport, dont les produits Time Warner, force à effectuer des coupes budgétaires à d’autres niveaux ».Alors quelles sont les solutions pour les petites chaînes ? Certains analystes proposent qu’elles se repositionnent en tant que chaînes gratuites sur internet, conçues sur le modèle des chaînes financées par YouTube (sur le sujet lire YouTube investit dans la création de contenu et crée 100 nouvelles chaînes professionnelles). En effet, les propriétaires des chaînes YouTube gagnent de l’argent via la publicité et non via les abonnements. Un autre modèle pourrait impliquer les abonnements sur internet, un projet que Glenn Beck a initié avec une chaîne en ligne appelée TheBlaze. Le propriétaire de Hallmark Channel a récemment proposé un service d’abonnement en ligne, à l’image de Netflix, pour sa bibliothèque de films Hallmark Hall of Fame. Mais beaucoup de chaînes en ligne, dont TheBlaze, tentent aujourd’hui d’être reprises sur le câble et le satellite, puisque la grande majorité du visionnage se fait toujours via le téléviseur et non sur internet. De façon générale, peu de choses ont changé au cours des dernières années : aucune grande chaîne de contenu n’est devenue « à la carte » et n’a laissé ses abonnés choisir seulement les chaînes qu’ils désirent regarder. Personne n’a lancé de service de télévision payante sur internet, malgré les efforts d’Intel, de Sony et d’autres entreprises spécialisées en technologie. L’écosystème télévisuel qui, à certains moments, a semblé proche de l’effondrement, ne s’est finalement pas désintégré. Programmateurs et distributeurs ont trouvé leur compte dans le fait de le garder intact. Fin décembre, par exemple, Suddenlink, 11ème plus gros opérateur du câble du pays, a eu un différend avec Fox Networks, la branche câblée de News Corporation au sujet des coûts de reprise des chaînes du groupe. Suddenlink a proposé que Fox fixe les prix pour chacune de ses chaînes, les grosses comme FX et les petites comme Fox Soccer et Fuel, et que les clients puissent ensuite choisir de payer seulement pour celles qu’ils veulent visionner. Suddenlink a qualifié cette offre de « tentative de réponse aux demandes de nos clients », mais Fox l’a refusée. Quatre heures plus tard, les deux entreprises ont annoncé qu’elles étaient parvenues à un accord de principe pour garder toutes les chaînes, et conserver ainsi le système intact.  […]


3 - L’avenir des petites chaînes du câble et du satellite en suspens « Mediamerica | Actu Média | Scoop.it | 19.02.13

[…] Il existe deux types de chaînes câblées aux Etats-Unis: celles qui sont gérées par des groupes médiatiques très importants possédant des dizaines d’autres chaînes, et celles qui…  […]


Votre Réaction





*

Copiez le code de sécurité dans le champ de droite


* Champ obligatoire