Télévision

Les Rendez-Vous de Montréal 2007 – Compte-rendu de conférence

Date: 18/02/2007

Voici le compte-rendu des Rendez-Vous de Montréal qui ont eu lieu du 7 au 9 février 2007.


LE DEVELOPPEMENT DES CHAINES SPECIALISEES SUR CABLO-OPERATEURS

Le groupe VOOM possède 15 chaînes de télévision HD (Jeunesse, sport, arts, mode…) qu’il diffuse via le satellite Dish Networks. Il y a obligation de tourner en HD pour être diffusé sur leurs chaînes et VOOM n’accepte pas les conversions. Les Japonais sont les premiers à s’être lancés à la conquête du marché HD. Nous sommes dans une vraie phase de transition actuellement aux Etats-Unis où près d’une quarantaine de chaînes HD existent. Et 1/3 des abonnés à Dish possèdent des chaînes HD dans leur bouquet. Direct TV, concurrent de Dish vient d’annoncer le lancement fin 2007 de 200 chaînes HD.
Le développement de la HD a permis à VOOM de lancer des chaînes et de se développer. L’Europe va progressivement rattraper les USA avec la création par exemple en Angleterre cette année de 7 chaînes HD. L’analyse considère qu’il n’est pas plus onéreux de produire en HD. Seule la location de matériel est plus chère. Le modèle économique repose sur le paiement d’une redevance à Dish car le potentiel d’audience n’est pas suffisant pour le moment par rapport à la publicité.
Le coût de production d’un documentaire HD varie entre 100 et 250 000 dollars et requiert bien évidemment des coproducteurs. Un problème apparaît à l’ensemble de ces coproducteurs : les problèmes liés à la conversion.



MULTIMEDIA ET COPRODUCTION INTERNATIONALE

Une obligation s’impose : rester longtemps programmé sur les antennes pour pouvoir développer le marketing et les synergies avec les possibilités liées notamment à Internet. De telles initiatives nécessitent de penser le projet en terme de multi plate-formes et de créer des formats assez aisément localisables dans divers versions linguistiques. Une programmation TV cohérente doit accompagner ces projets, qui doivent absolument dépasser le cadre des unités.
L’intérêt est de décliner le programme audiovisuel sous de multiples formes. Arte par exemple va diffuser prochainement un documentaire « Back to Mars » sous diverses formes : 6*52 mn (fictions), 4*52 (documentaire) et décliner le concept sous forme littéraire, en DVD et bien sûr lancer un site web autour du projet.
En terme d’interactivité, on a constaté que la consommation de texte sur ce type de site est nulle. Seules les vidéos apportent une plus-value. L’idéal est de mutualiser les ressources avec des montages complémentaires. Il apparaît impossible néanmoins de rentrer dans un vrai système de coproduction. L’utilisation la plus adaptée réside dans la reprise de certains éléments, l’adaptation aux particularismes locaux pendant la diffusion du programme sur l’antenne.



LE MARCHE DE LA VOD

Plusieurs modèles cohabitent avec notamment les exemples suivants :

>Vodeo : distributeur français on-line new media spécialisé sur le documentaire (informations, savoirs, passions, reportage, magazine…) Trois types de VOD possibles : la location (streaming/visionnage) pour entre 1 et 3.99 euros, la vente (téléchargement) pour entre 2 et 9 euros et le DVD à la demande.
Près de 9000 titres au catalogue et 2900 films en ligne avec 180 films nouveaux rajoutés chaque mois. 95% des titres sont consommés, 300 000 visiteurs uniques et 800 000 extraits visionnés.

> MTV Digital : filiale de MTV pour l’exploitation des multiples marques du groupe. De multiples façons de consommer de la TV, DVD, … La VOD en fait partie. Plusieurs problèmes se posent compte tenu de la jeunesse de la source : comment libérer les droits ? Etablir un modèle économique ? Comment gérer la cannibalisation ? Actuellement, les chaînes fonctionnent avec des programmes dits catch-up (prime, sports, news) pour pousser à l’abonnement mais également des créations de programmes courts originaux et surtout le développement d’une interactivité toujours plus importante, notamment au niveau des téléphones mobiles.

L’arrivée des sociétés Internet risque de provoquer de gros remous sur l’échiquier audiovisuel. Vista par exemple permettra de stocker sur son PC des vidéos et de regarder la TV et de diffuser sur n’importe quel écran du foyer. Apple va faire de même en permettant de diffuser du contenu sur tous les écrans.
En quelques années, le paysage audiovisuel a vu la continuité de la télévision classique, l’arrivée des télécoms et maintenant des sociétés Internet (yahoo, google, microsoft…). Les catch up TV vont permettre d’agréger sur un boîtier unique l’ensemble des systèmes d’exploitations et permettre sans abonnement à une IP TV d’avoir accès à l’ensemble des programmes sur son ordinateur et l’ensemble des médias du foyer.



RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENT

Cette thématique de documentaire est récurrente dans tous les pays même si l’approche varie. En effet, les Etats-Unis par exemple sont ils réellement convaincus du réchauffement climatique ? La difficulté réside dans la capacité à générer des audiences importantes avec ce thème. Jusqu’ici seul le documentaire présenté par Yann Arthus Bertand a réussi à obtenir des scores intéressants (8*100 mn en HD) : 20% de part de marché. Mais n’oublions pas que l’auteur est une star mondiale capable de vendre des millions d’ouvrages dans le monde entier… Le niveau de connaissance (moyen) a permis d’attirer une cible plus âgée et donc d’obtenir un spectre plus large.
En outre, le site Internet développé autour de ce programme était le second site le plus visité sur France 2.
Comment arriver à fédérer une audience large ? Le prime-time oblige à certaines contraintes de style et de forme, à tendre vers un classicisme important, à un programme plus formaté et marketing. Réussir à être présent sur l’ensemble des plate-formes peut permettre d’attirer des niches de spectateurs qui n’auraient pas été touchés sinon et de créer la demande via le principe du cross-plateform : mobizode, webisode, livres…
Aux USA, National Géographic et PBS sont les 2 chaînes productrices de ce type de documentaire. Ils préfèrent néanmoins avoir une approche éditoriale positive : pousser les spectateurs à prendre soin de la terre plutôt que de présenter les menaces qui pèsent actuellement écologiquement sur cette même terre.
Plusieurs séries existent, notamment amazing planet sur National Geographic.



LES NOUVELLES PLATEFORMES – LE FUTUR DE LA DIFFUSION TV

Les approches américaines, Discovery en tête, tournent autour de la TV HD, du mobile et du web. Les producteurs souhaitant collaborer avec le groupe doivent avoir en tête dès le lancement du projet des éléments de bonus (vidéos notamment) destinés au web ou au DVD qui correspondent à de véritables obligations.
La haute définition est une obligation en terme de tournage comme de montage et de livraison même pour le mobile car les interstices sont en HD. Certes, seulement 25 à 30 millions de foyers sont équipés en HD aux Etats-Unis. Mais l’investissement sur la HD est capital.
L’autre élément d’avenir est la capacité des chaînes à attirer des spectateurs sur le web. L’audience devient tellement morcelée que cela oblige les chaînes à s’intéresser au recrutement de téléspectateurs via le web.
Les chaînes publiques ont l’obligation de diffuser des documentaires. En regroupant Internet, TV et radio, on peut créer une masse critique susceptible d’instaurer un véritable changement culturel et de nature de contenu. Ce qui apparaît évident est la menace qui pèse sur les médias traditionnels et la présence de plus en plus fondamental sur Internet.
Le prochain défi réside dans la faculté grâce à Internet à se renouveler en terme de contenu et de redéfinir la relation média-spectateur.
L’impact des nouvelles plate-formes est indéniable et correspond à un véritable défi technologique qui nécessite pour les programmes leurs présences sur un maximum de support. Il n’en demeure pas moins qu’Internet ne sauvera pas le contenu et qu’une exigence de qualité s’avère, à l’ère des UGC, de plus en plus évidente.
Les chaînes du service public se doivent d’être ancrées dans la communauté mais ont le pouvoir de se payer des échecs… alors les producteurs se doivent d’oser. (forme, contenu, problématique…).
Il y a un véritable enjeu de société rendu possible par l’évolution technologique des nouvelles plates-formes.
L’expertise des télévisions généralistes est importante mais la multiplication des chaînes thématiques et le développement du web remet en cause l’avenir de la télévision.
Est-ce que le web deviendra la voie royale pour faire du documentaire ? Et surtout quel va être l’impact des nouvelles plates-formes sur le documentaire et sa programmation dans les grilles ?
Ce qui est certain est que la manière de produire est en train de changer (VOD, mobile…). L’évolution sera graduelle mais nous rentrons actuellement dans l’œil du cyclone d’une véritable révolution qui va changer probablement la place du diffuseur : leader ou suiveur ?
L’origine de cette révolution fondamentale se trouve dans Internet. Il se peut que Yahoo soit le network de demain. Un documentaire n’aurait plus de contrainte de grille de diffusion et quid de la disparition des fenêtres.
Les chaînes se doivent de parvenir à être au centre de la révolution Internet. Le problème est qu’actuellement, elles n’investissent pas dans la production. Avec la globalisation de la production, on peut s’attendre à l’arrêt des subventions locales voire nationales.
Actuellement, de toutes façons, à l’heure de ces interrogations sur le modèle économique d’Internet, il n’en demeure pas moins qu’un documentaire coûte 300 000 euros/heure et qu’Internet ne peut les financer. La télévision généraliste se doit de jouer son rôle de généraliste.
Cependant, le passage de l’analogique au numérique dans les cinq ans à venir, va obliger les diffuseurs traditionnels à passer au HD mais ne changera pas fondamentalement leur métier. Il faut néanmoins être présent via des sites spécifiques de programmes. De nombreuses chaînes offrent les lendemains de diffusion pendant une semaine souvent certains de leurs documentaires, notamment Arte en France.
Quant à la VOD : poule aux œufs d’or ? Il n’y a pas pour l’instant de réels revenus. Par contre, la VOD et les nouveaux médias posent la nécessaire question de l’acceptation du mode de fonctionnement du web qui peut engendrer des remontées de spectateurs. Et donc les chaînes se doivent de penser à une forme de réorganisation globale
Il ne faut néanmoins pas oublier un paramètre qui apparaît contradictoire au principe essentiel d’Internet : la démocratisation. Le web se veut un outil permettant à tout individu/structure de s’exprimer au-delà des investissements marketing ou de communication. Or, comment appréhender alors le fait que des sociétés comme Google, référence ultime, fassent payer le référencement de mots-clés ?



LA PROPRIETE INTELLECTUELLE ET LES MULTI PLATEFORMES

Les coproductions sont des mariages de raison. Les nouvelles plates-formes engendrent de nouveaux soucis liés à la notion de copyrights. L’audiovisuel doit retenir les leçons de l’industrie musicale il y a 5-10 ans afin de pouvoir lutter efficacement contre cette menace de la piraterie et ne pas « perdre la main » sur le contenu.

Qu’entend-on par nouvelle plate-forme ?
Au niveau des consommateurs : écrans d’ordinateur, ipod, jeux-vidéos, téléphone mobile… Au niveau des médias, interviennent les notions de download, de streaming, de podcasting, de mobilité et de transmission. Entre toujours en compte dans les contrats l’éléments « connu et inconnu à ce jour ».

Etat de l’économie des nouveaux médias :
– Les revenus engendrés par les nouveaux médias demeurent très limités
– L’impact des offres illégales est énorme en terme financier, ce qui pousse à une législation et une vraie course contre la montre pour définir un vrai business model
– L’obligation de ne pas cannibaliser les plates-formes traditionnelles pour permettre de lancer ces nouveaux formats
– L’absence d’un vrai business model
– La complexité des contrats à établir et parfois leur inefficacité

La stratégie
– La spécificité des droits remet les contrats perpétuellement en cause
– La durée limitée de ces contrats
– Les implications en terme financier avec le danger de laisser des options en terme de droit trop floue

Attention en outre aux spécificités de l’industrie du film par rapport à l’industrie musicale.
Une vraie coproduction au sens originel du terme n’existe pas vraiment aux USA. Il s’agit davantage de « coventure » de nature financière. Il existe environ une trentaine de coproduction annuellement dans le documentaire. Une baisse récente est à noter car ce chiffre a été divisé par 2 en quelques années.
Le budget moyen d’une production avec les USA s’élève aux alentours de 1.2/1.9 millions d’euros et la moitié de ces projets sont des unitaires de 90 mn.

Olivier Daube


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