Télévision
Les services TV Everywhere des câblo-opérateurs vs les offres Over the Top
Date: 10/11/2011
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Les services TV Everywhere permettent aux abonnés de certains opérateurs du câble d’accéder à l’intégralité des chaînes que ces opérateurs proposent à la télévision à partir de n’importe quelle plate-forme numérique, grâce à un système d’authentification. Depuis que des câblo-opérateurs ont lancé les premières offres TV Everywhere, il y a deux ans (Lire Lancement imminent du service de visionnage en ligne de Comcast, Mediamerica, 10 décembre 2009), afin, notamment, de contrer les services over the top (OTT) de type Netflix, le nombre de services a fortement augmenté et les opérateurs ont développé différentes stratégies.
1. Des stratégies différentes pour chaque opérateur
Alors que les personnes qui ne sont pas abonnées à leurs services peuvent accéder à une partie du contenu proposé sur les plateformes XFINITY de Comcast, TV Online de Cox Communications et U-verse Online d’AT&T, seuls les abonnés à Time Warner Cable et à FiOS de Verizon Communications peuvent bénéficier des plateformes Internet de ces opérateurs. Si la plupart du contenu gratuit accessible aux non-abonnés sur ces sites vient du site Internet Hulu, XFINITY, qui propose plus de contenu gratuit que les sites des autres opérateurs, réunit un grand nombre de contenu provenant d’autres sites, notamment ceux des chaînes de télévision Comedy Central et CBS. Ainsi, en juillet 2011, seulement 22% du contenu de XFINITY provenait du site Internet Hulu contre 52,1% pour Cox TV Online et plus de 76% pour AT&T U-verse Online (ces pourcentages ont probablement légèrement augmenté depuis le début des nouvelles saisons, en septembre). Le fait d’agréger du contenu gratuit sur un seul et même site dont la navigation est facilitée représente sans aucun doute un atout de poids pour Comcast.
2. Classement des offres en matière de contenu
Bien que Netflix soit souvent considéré comme un service de VOD complémentaire par la plupart des utilisateurs, un abonnement unique à Netflix ou à Hulu Plus est une option envisagée par nombre de foyers qui cherchent à limiter leurs factures. Le prix est évidemment un facteur de choix, mais les consommateurs sont aussi influencés par le nombre d’épisodes de séries télévisées et de films récents disponibles sur une plateforme. XFINITY, qui est le premier service du type TV Everywhere à avoir été lancé par un câblo-opérateur en décembre 2009, est aussi le service le plus agressif en matière d’acquisition de contenu. Entre novembre 2010 et octobre 2011, son catalogue s’est enrichi de plus de 1 000 titres et selon une analyse de SNL Kagan, XFINITY est le premier site de streaming des câblo-opérateurs en termes d’offres, avec plus de 4 880 titres de films et de séries télévisées au sein de son catalogue à la mi-octobre 2011. AT&T U-verse Online se place en deuxième position avec près de 4 290 titres disponibles, suivi par Cox TV Online avec plus de 3 950 titres et Verizon FiOS avec 3 783 titres.
Le catalogue en streaming de Netflix, composé à 90% de films, est plus de deux fois plus important que celui de XFINITY avec environ 10 331 titres disponibles. L’écart entre les deux services s’est resserré au cours de l’année 2011, puisque en novembre 2010, le catalogue de Netflix était trois fois plus riche que celui de XFINITY. Hulu se positionne en dernière position en nombre total de titres proposés (séries télévisées et films confondus) et en nombre de films offerts, mais le site de VOD sur Internet se place en troisième position quand on considère seulement le nombre de titres de séries télévisées présents dans son catalogue. 93% du contenu accessible sur Hulu est gratuit, contre 62% sur XFINITY et aucun sur Netflix.
3. Netflix et Hulu toujours en tête des services les plus économiques
Même si la différence de prix avec les offres TV Everywhere diminue, Netflix et Hulu Plus restent les solutions les plus économiques en matière de vidéo à la demande payante sur le marché américain. Par exemple, pour un abonné à Netflix, le coût peut être de moins de 50$ mois, avec les 7,99$ d’abonnement au service de streaming de Netflix et l’abonnement au réseau Internet. Le tarif est le même pour Hulu Plus puisque le service coûte 7,99$. Un abonnement mensuel à la fois à Hulu Plus et à Netflix pourrait donc coûter environ 56$ par mois, soit 15,98$ pour les deux abonnements et le reste pour l’abonnement à Internet. A titre de comparaison, accéder à une plus grosse partie du contenu disponible sur XFINITY peut revenir à 60$ par mois pendant un an, lorsqu’on bénéficie d’une offre promotionnelle de 19,99$ par mois pour un abonnement à XFINITY TV plus Internet. Accéder à tout le contenu disponible revient plus cher, puisqu’il est nécessaire d’avoir également un abonnement aux chaînes premium Showtime et HBO.
4. Les OTT : une menace pour les chaînes premium du câble
Comme le soulignait récemment Charlie Ergen, Président de DISH Network, 2ème opérateur satellite des Etats-Unis : « Quand un consommateur peut bénéficier des services de Netflix pour 7,99$ par mois, pourquoi paierait-il 14,99$ pour recevoir HBO ? ». Pour lui, la popularité des services over the top heurte de plein fouet les chaînes premium des services de télévision payante, de type HBO et Showtime, et la tendance devrait se poursuivre. Interroger sur la possibilité pour DISH de proposer une offre TV Everywhere, comme le mentionnait récemment le Wall Street Journal (Dish in Talks for Internet TV, Wall Street Journal, 08 novembre 2011), il a souligné qu’il s’agissait d’une option étudiée par tous les opérateurs de la télévision payante. Toutefois, pour le moment, DISH semble se cantonner à l’offre en lien avec Blockbuster présentée récemment (Lire Dish lance son service de vidéo à la demande : Blockbuster Movie Pass, Mediamerica, 12 octobre 2011).
5. La TV Everywhere comme source de tension entre opérateurs et chaînes de télévision
D’autre part, la croissance de la diffusion du contenu en ligne continue de générer des tensions entre les opérateurs et les chaînes du câble au niveau des droits et des frais de retransmission. La possibilité que les câblo-opérateurs diffusent le contenu sur plusieurs plateformes au sein du foyer est un point litigieux au sein des négociations (Lire Time Warner Cable retire des chaînes de son application iPad, Mediamerica, 15 avril 2011), comme l’est la diffusion de ce contenu en dehors du foyer.
Sources :
Surveying multichannel ops’TV Everywhere platforms versus Netflix, Hulu, de Michelle Ow, SNL Kagan, 20 octobre 2011
“TV Everywhere” sous la forme d’une nouvelle application pour iPhone, de Géraldine Durand, Mediamerica, 24 août 2010
Applications : comment le secteur de la télévision américaine tente de rentabiliser un marché encore naissant, de Géraldine Durand, Mediamerica, 13 septembre 2011
DISH’s Ergen: OTT hurts premium channels; sports could be cut, de Deborah Yao, SNL Kagan, 07 novembre 2011
Géraldine Durand
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Dossier : Bilan 2011 sur la Télévision Connectée aux Etats-Unis
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Selon une étude de la société Strategy Analytics publiée en décembre 2011, 20% des personnes interrogées affirmaient avoir regardé une vidéo en streaming sur leur téléviseur au cours du mois de novembre 2011. Ce pourcentage est deux fois plus important pour le public américain que pour le public européen. Les analystes américains expliquent ce décalage par la différence d’offre, des services comme Netflix et Hulu tirant vers le haut la consommation de vidéo en ligne.
Ainsi, le visionnage de programmes sur Internet est en forte progression aux Etats-Unis et, selon Blair Westlake, Corporate Vice President of the media and entertainment group chez Microsoft, le paysage télévisé américain devrait subir plus de transformations au cours des prochains 18 mois qu’au cours des 5 dernières années.
Modèles de distribution utilisés :
Selon une étude du Leichtman group publiée au mois d’avril 2012, plus d’un tiers des foyers américains (38%) a, actuellement, au moins un téléviseur relié à Internet, contre 30% en 2011 et 24% en 2010.
La console de jeu vidéo
La console de jeu vidéo est l’appareil permettant de connecter un téléviseur à Internet le plus répandu aux Etats-Unis et, toujours selon cette étude, 28% des foyers possèderaient une console reliée à Internet. La Xbox de Microsoft est le chef de file de cette nouvelle génération. Cette console propose le plus large éventail de contenu multimédia sur le marché. A partir de 5 dollars par mois, le service Xbox Live donne accès aux plateformes de vidéo en streaming comme Netflix et Hulu Plus, mais aussi aux réseaux sociaux Facebook et Twitter. Le contenu à la demande du service XFINITY de Comcast et l’offre IPTV FiOS de Verizon sont aussi disponibles sur la Xbox aux utilisateurs abonnés à ces services. Le Director of branded experience de Microsoft, Russ Axelrod, lors d’un discours au NATPE le 24 janvier 2012, a expliqué que plus de 20 millions de Xbox au Etats-Unis étaient connectées et que les utilisateurs concernés passaient 44% de leurs temps sur leur Xbox à faire autre chose que jouer.
La PlayStation de Sony connaît un succès similaire avec ses offres en ligne et notamment avec Playstation Network, portail interactif gratuit où il est possible de jouer en réseau. PlayStation Network compte plus de 90 millions de comptes activés dans le monde, dont 30 millions aux Etats-Unis. Lors de la conférence Streaming Media West, le 8 novembre 2011, Susan Panico, Directeur senior de PlayStation Network, a expliqué qu’un tiers du temps passé sur la console concernait une autre activité que le jeu. PlayStation Network a aussi développé un contenu propre pour se démarquer. Ainsi, elle a lancé des émissions comme “The Tester” (Le Testeur), émission de téléréalité où les joueurs s’affrontent pour un poste en tant que testeur de jeux vidéo, ou encore “Qore”, un “magazine vidéo” consacré aux jeux, et “Pulse”, une émission bihebdomadaire sur les dernières nouveautés PlayStation. L’avantage majeur de cette console sur la Xbox est que ses services sont gratuits – un facteur indéniable dans sa croissance explosive. Microsoft, de son côté, fait payer au moins 60 dollars par an pour le service Xbox Live.
Les services de vidéo à la demande sont les grands bénéficiaires de la montée en popularité de ces consoles connectées. Selon Susan Panico, 50% de l’usage de Netflix se fait à partir de consoles. De même, la chaîne premium EPIX, lancée sur la Xbox en décembre 2011, a vu son nombre d’abonnés doubler depuis son lancement sur console.
Les lecteurs de Blu-ray et les téléviseurs connectés
Les lecteurs Blu-ray connectables à Internet seraient présents dans 13% des foyers américains et les téléviseurs connectés dans environ 4% de ces foyers, selon Leichtman group. Ainsi, d’après la société d’analyse Magna Global, il y avait 5,4 millions de smart TV pouvant être connectées à Internet dans les foyers américains à la fin de l’année 2011. Selon une autre société d’analyse, DisplaySearch, près de la moitié des téléviseurs vendus aux Etats-Unis en 2013 devraient être des smart TV (47%) contre 35% en 2012 et 17% en 2010. Selon le cabinet Strategy Analytics, le principal marché pour les télévisions connectées sera les Etats-Unis en 2012 et près de 18 millions de téléviseurs devraient y être vendus cette année.
Les boîtiers
Selon une étude publiée par le cabinet d’analyse Park Associates au mois de février 2012, près de 14 millions de boîtiers permettant de se connecter à Internet (de type Apple TV et Roku) devraient être vendus aux Etats-Unis en 2012 et 31% des ménages américains possédant une connexion Internet regarderaient des programmes en streaming sur leur téléviseur.
Bien que ces boîtiers ne soient pas encore très répandus, la facilité d’utilisation de ces appareils et un tarif à la baisse pour la dernière génération d’Apple TV et de boîtier Roku en font un produit intéressant. Apple serait en tête de ce marché avec 4,2 millions d’Apple TV deuxième génération vendues en 2011 contre 1,5 millions pour Roku (pour un total de 2,5 millions depuis la création de la société en 2002).
Interrogé lors d’une conférence sur le contenu over-the-top au mois de mars 2012, le CEO et créateur de Roku, Anthony Wood, déclarait que les télévisions connectées souffraient de plusieurs handicaps face aux boîtiers. Tout d’abord, selon les recherches menées par Roku, la qualité de l’interface fait partie des principaux critères de choix des consommateurs pour ce type de produit. Or, l’un des défauts des smart TVs est justement que leurs logiciels deviennent obsolètes au bout de 2 ou 3 ans, alors qu’un téléviseur, connecté ou pas, se change généralement tous les 6 à 8 ans. Anthony Wood pense que les consommateurs obtiennent un meilleur service en achetant une télévision classique et un boîtier connecté à Internet séparé. Il explique que les logiciels de Roku sont mis à jour tous les deux mois et que de nouvelles chaînes sont ajoutées toutes les semaines. Les boîtiers Roku proposent ainsi plus de 500 chaînes.
Rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées :
La question du rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées n’a pas encore été abordée aux Etats-Unis. Toutefois, une audition visant à examiner de quelle manière les services de vidéo en ligne altéraient l’avenir de la télévision s’est tenue devant la Commission du Sénat sur le Commerce (Senate Commerce committee), à la demande de son Président, le sénateur Jay Rockefeller (D-W. VA.), à la fin du mois d’avril 2012. Lors de l’annonce de l’organisation de cette audition, le sénateur Rockefeller avait souligné que « les spectateurs regardent toutes sortes de programmes sur une grande variété de plateformes, à différentes heures du jour et de la nuit, sans les protections qui encadrent la télévision traditionnelle ».
Lors de cette audition, les professionnels entendus ont défendu le droit du marché à créer des programmes accessibles aux consommateurs de manière universelle. Ils ont également souligné l’importance de maintenir un Internet ouvert et critiqué la démarche de Comcast qui impose une limite de 250GB à ses utilisateurs, mais, dans ses calculs, ne prend pas en compte ses propres sites comme l’offre de TV Everywhere Xfinity. Pour Barry Diller, Président du site de voyage Expedia et de IAC/InterActiveCorp., conglomérat de sociétés du secteur de l’Internet comme Vimeo, l’application des règles de neutralité du réseau est obligatoire pour maintenir le développement d’Internet.
Conclusion :
Le développement de la télévision connectée pourrait avoir plusieurs conséquences. La 1ère concerne le trafic sur Internet. Selon la société d’analyse Cisco, le trafic lié à la consommation de vidéos sur Internet devrait passer de 3 039 petabytes (1 petabyte = 1000 terabytes) par mois en 2011 à 8 130 petabytes par mois en 2015.
D’autre part, la popularité grandissante des télévisions connectées et des tablettes augmente l’intérêt pour les « synch apps », applications liées à la diffusion d’une émission à la télévision et synchronisées avec celle-ci. Ainsi, plus de 200 chaînes de télévision américaines, parmi lesquelles NBC, Discovery Channel et HBO, se sont associées pour lancer l’application ConnecTV, qui permet aux utilisateurs de bénéficier d’un contenu additionnel ou d’interagir avec leurs amis sur tablette ou smartphone, pendant qu’ils regardent un programme télévisé.
Enfin, bien que le développement de la télévision connectée ne signifie pas forcément que les clients résilient leur abonnement au câble, cela peut signifier l’annulation de l’abonnement à certaines chaînes premium. C’est un risque que les opérateurs de la télévision prennent en compte et une tendance que les fabricants de télévision et les propriétaires de contenu suivent de près.
Ainsi, le développement de la télévision connectée aux Etats-Unis est au centre des préoccupations des professionnels américains du secteur des médias et du contenu.
Pour plus d’informations sur les questions liées au droit d’auteur et à la réglementation de la télévision connectée, lire Dossier : Bilan sur la télévision connectée aux Etats-Unis, Médiamérica, 11 juillet 2011.
Géraldine Durand

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