Télévision

Netflix se lance dans la production de séries télévisées

Date: 29/03/2011



"Watch Now" sur Netflix

HBO et Showtime ont un nouveau concurrent dans le secteur de la télévision américaine, et pour la première fois, ce n’est pas une chaîne de télévision.

Netflix, le service de location de films et séries télévisées sur Internet le plus populaire aux Etats-Unis, a annoncé, vendredi 18 mars, l’acquisition des droits exclusifs de la série télévisée House of cards qui sera réalisée par David Fincher (The Social Network) et dans lequel jouera Kevin Spacey.

House of cards sera produite de la même manière qu’une série classique, mais distribuée différemment. La série ne sera pas lancée sur une chaîne de télévision à une date et à une heure précises, mais en ligne, là où il n’y a pas d’horaire à respecter. La promotion s’effectuera via la rubrique « Recommandations » du site Netflix, dans laquelle sont listés un certain nombre de programmes, en fonction des goûts de chaque utilisateur. Plusieurs épisodes sortiront à la fois, pour répondre au mode de consommation des membres de Netflix, qui aiment regarder plusieurs épisodes à la suite.

« Il y a quelques années, cela aurait été complètement inconcevable » explique le directeur des programmes de Netflix, Ted Sarandos. « C’est révélateur de la vitesse à laquelle va le marché. Cela souligne également à quel point le service de Netflix est devenu une véritable référence du monde du divertissement, à la fois pour les consommateurs et pour les producteurs de contenu ». Avec l’acquisition de House of cards, l’entreprise prouve qu’elle est prête à payer cher pour des séries télévisées de grande qualité et offre à Hollywood une alternative à des chaînes du câble payantes comme HBO ou Showtime. Le prix de la transaction n’a pas été communiqué, mais selon des estimations, il pourrait s’élever à environ 100 millions de dollars.

Grâce à cette opération, Netflix cherche à la fois à diversifier ses services et à réduire sa dépendance vis-à-vis des films et séries produites par des tiers. Netflix se positionne ainsi en concurrence directe de HBO, de sa maison mère, Time Warner, et d’un grand nombre d’autres entreprises Cela pourrait avoir pour conséquence une augmentation considérable des prix d’achat des droits de diffusion des programmes de ces chaînes.

Netflix a 20 millions d’abonnés (voir l’article du 22 février 2011 Netflix dépasse les 20 millions d’abonnés) et ce chiffre ne fait qu’augmenter grâce à la prolifération d’écrans connectés à Internet, en particulier l’iPad. Ingrid Chun, analyste chez Goldman Sachs, fait remarquer que 27% des consommateurs américains visionnent des films et des séries en streaming sur Internet, alors que l’année dernière à la même période, ils n’étaient que 16%. La plupart le font sur Netflix, qui d’après Ingrid Chung « a maintenant une importance telle, qu’il est difficile pour de nouveaux concurrents d’entrer sur le marché. Les offres d’abonnement Netflix défient toute concurrence et les prix des programmes sont en revanche très élevés ».

L’action Netflix, dont la valeur a quasiment quadruplé l’année dernière, a terminé vendredi 18 mars à 209,40 dollars, perdant 4,50 dollars.

Un petit groupe d’entreprises, parmi lesquelles Hulu, YouTube de Google, Xbox de Microsoft, réfléchit actuellement à la mise en place d’un modèle de distribution tel que celui élaboré par Netflix et Media Rights Capital, producteur de House of cards.

Netflix a fait l’acquisition des droits de diffusion aux Etats-Unis de 26 épisodes, l’équivalent de deux saisons d’une série sur le câble. Cette démarche est en rupture avec le schéma habituel de production de séries télévisées aux Etats-Unis. De manière générale, un pilote est d’abord réalisé, puis, si ce dernier convient à la chaîne, celle-ci commande une saison entière.

Media Rights Capital conservera les droits de diffusion à l’international, les droits de syndication et de ventes de DVD.

Netflix relativise les risques pris en soulignant que l’entreprise a déjà mis en ligne des centaines de séries télévisées. La seule différence cette fois, c’est que Netflix « s’est engagé en amont de la production », explique Ted Sarandos.

Le lancement de la première saison aura lieu fin 2012. House of cards est adapté d’un roman portant le même nom qui raconte l’histoire d’un politicien britannique. Le roman a d’abord était adapté en minisérie par la BBC en 1990. Les producteurs de cette dernière seront producteurs délégués de la nouvelle série.

Netflix a un avantage majeur par rapport aux chaînes télévisées : sa nature de service à la demande. « Quand une série télévisée ne marche pas, c’est parce qu’elle ne parvient pas à rassembler suffisamment de personnes à un horaire précis », explique Ted Sarandos. « Il y a des millions de raisons différentes qui provoquent cette échec – ce n’est pas seulement parce que la série est mauvaise ».

Pour l’instant, il n’est pas question pour Netflix d’investir dans la production d’une autre série télévisée. Néanmoins, l’entreprise l’envisage pour plus tard. Elle se dit très intéressée par des séries comme 24h ou Lost, dont la popularité ne faiblit pas sur Netflix.

« Les séries télévisées ou dramas, dont le format est de 60 minutes, ne sont pas très rentables pour les chaînes de télévision. En revanche, elles sont très populaires sur Netflix. Nous pouvons être les sauveurs de ce genre », déclare Ted Sarandos.

Netflix Gets Into the TV Business, de Brain Stelter, The New York Times, 18 mars 2011

Laure Dahout


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