Télévision
Qui gagnera la bataille de la télévision connectée ?
Date: 13/12/2011
[caption id="attachment_8737" align="alignright" width="230" caption="Télévisions connectées"]
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Tout comme le marché des Smartphones où la concurrence est intense, le secteur de la télévision connectée est agité par de nombreuses rumeurs. Apple entretient le mystère sur ce que la société prépare dans ce domaine, tandis que Google et Microsoft travaillent sur le développement de nouvelles plateformes de contenu. Les bruits qui courent laissent même entendre que Google préparerait une offre Triple-Play traditionnelle regroupant des services de connexion Internet, de téléphonie et de télévision payante.
Mais chaque entreprise mise sur une stratégie légèrement différente et les spécialistes de cette industrie ont du mal à prévoir qui sortira vainqueur de cette âpre compétition.
Microsoft a relancé le débat au mois de septembre quand son CEO, Steve Ballmer, a fait la démonstration de la nouvelle interface de recherche pour la XBox 360. Cette interface sera à commande vocale pour les utilisateurs de Kinect. Elle intègrera non seulement des services d’abonnement comme Hulu et Netflix, mais aussi du contenu à la demande et une programmation de télévision en linéaire.
Microsoft a, peu après, confirmé avoir signé des contrats avec les offres de programmes à la demande HBO GO de Time Warner, XFINITY On Demand de Comcast Corp. et ESPN, dont Walt Disney est actionnaire majoritaire. Cela vient s’ajouter à l’intégration de Youtube, Dailymotion et d’autres services de vidéos en ligne.
Ce fut ensuite au tour d’Apple d’être sous les feux des projecteurs. Une phrase de Steve Jobs, “J’ai finalement trouvé la solution“, reprise dans sa nouvelle biographie, a provoqué une véritable effervescence chez les journalistes et analystes, persuadés d’y voir l’annonce d’un nouveau gros projet télévision chez Apple.
L’analyste Gene Munster de la banque d’investissement Piper Jaffray, qui avait prédit le développement de l’iPad et annonce depuis des années la sortie d’une télévision Apple, a écrit, dans une note de recherche publiée au mois d’octobre, que non seulement une télévision Apple était en développement, mais que selon des sources proches des fournisseurs de pièces détachées, un prototype aurait déjà vu le jour. Gene Munster et d’autres ont également suggéré que le contrôle vocal Siri pourrait remplacer la télécommande et le clavier.
Google a ensuite annoncé le lancement de 100 nouvelles chaînes de télévision sur Youtube, amenant une dose de professionnalisme à ce site de partage de vidéos amateurs, grâce à une programmation structurée et étendue, avec des catégories comme le sport, la musique et la santé. Certaines de ces chaînes sont développées sous l’égide de stars comme Jay Z, Madonna ou Shaquille O’Neal. Ce développement coïncide par ailleurs avec une amélioration de la Google TV, dotée désormais d’une interface utilisateurs plus fonctionnelle et de la possibilité d’utiliser des applications. Les nouvelles applications télévision et films permettent, par exemple, aux utilisateurs de rechercher du contenu sur le câble, Netflix, Youtube, Amazon.com et bien d’autres plateformes.
“C'est intéressant, car d’un côté, Google tente de faire de Google TV la plateforme de référence pour les télévisions connectées et travaille avec des propriétaires de contenus pour pouvoir proposer leur contenu au sein des plateformes de Google TV. Mais en même temps, ils sont plus ou moins en concurrence avec les MSOs (Multiple Service Operator, c’est-à-dire les opérateurs du câble et du satellite) puisqu'ils créent du contenu par eux-mêmes”, explique Dan Rayburn, vice-président de StreamingMedia.com. “Cela fait plusieurs années que Google tente de transformer Youtube en destination de premier plan pour le contenu, mais cela n’a pas vraiment marché. Toutefois, le fait de proposer du contenu qui est propre à Google et de travailler avec des célébrités pour le faire va transformer l’image de YouTube qui ne sera plus considéré comme une interface pour contenu amateur”.
Plus récemment, The Wall Street Journal signalait que Google réfléchissait à la possibilité de proposer des services de télévision payants, en même temps que des offres de téléphonie et d'Internet, dans le cadre d'un projet d’installation de connexions haut débit dans la ville de Kansas City. Craig Moffett, analyste chez Sanford C. Bernstein, a publié une note indiquant qu’il n’aurait pas été économiquement possible pour Google de ne proposer qu’une offre d’Internet haut débit et que la société cherchait à trouver d’autres sources de revenus pour son projet à Kansas City et non à concurrencer les opérateurs traditionnels.
Concernant Google TV, Dan Rayburn explique que ce produit fait partie d’une stratégie sur le long terme permettant à Google de construire des partenariats avec des fabricants de télévisions connectées afin de se transformer en fournisseur d’offres vidéos solide et empiéter sur l’activité du câble traditionnel, sans la supplanter. Il note également que l’acquisition de Motorola Mobility Holdings pourrait donner un avantage compétitif à l’entreprise en proposant Google TV dans les boîtiers (set-top boxes) de Motorola. Toutefois, cette offre ne deviendra vraiment intéressante que lorsque Google investira dans du contenu de qualité.
“Dépensent-ils autant que Netflix pour l’achat du contenu ?, s'interroge Dan Rayburn, “Sûrement pas. Netflix a dépensé 3.3 milliards de dollars cette année. Je pense avoir vu que Youtube était sur le point de dépasser les 100 millions de dollars l'année prochaine pour créer ses contenus”.
Cependant, créer son propre contenu plutôt que de l’acheter ne garantit pas le succès, et il est trop tôt pour dire si ce changement permettra à Google de gagner la bataille de la télévision connectée.
“Je ne sais pas si on peut dire aujourd’hui si une entreprise spécifique ou une plateforme sera en tête”, explique Will Richmond, président de Broadband Directions LLC à SNL Kagan. “C'est une chose de créer une technologie, c'en est une autre d'y inclure tout le contenu. Je pense que c'est encore trop tôt pour savoir qui y arrivera”.
Will Richmond ajoute que le marché de la télévision connectée ne sera jamais un marché monopolistique. Au contraire, le marché regroupera des offres de différentes entreprises. Dan Rayburn note que les préférences des consommateurs en fonction de la qualité et du prix joueront un rôle très important dans l'évolution du marché : “Il n'y a pas un seul modèle qui fonctionnera. Ce sera une combinaison de modèles”.
Les deux hommes reconnaissent que même dans un marché hétérogène, il y a toujours un produit leader. Si une offre dominante semble irréaliste, il y a certains éléments qui permettront à une entreprise d’éliminer ces concurrents.
Will Richmond explique que l'esthétique, une spécialité d'Apple, est un facteur important. “Il y a évidemment d'autres facteurs : le prix, la capacité à intégrer des contenus provenant de différents appareils et l’expérience en elle-même. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte, en plus du simple contenu. […] Nous ne voyons que les efforts initiaux et sommes très loin du résultat final“.
Dan Rayburn partage cette opinion. Toutefois, étant donné la médiocrité de la plateforme actuelle d'Apple TV, il ne voit pas comment la société pourrait créer le même buzz et perturber le marché comme elle l’a fait avec l’iPhone. Dan Rayburn prend notamment l’exemple de Microsoft qui, contrairement à Apple, a des boîtiers installés dans des millions de foyers.
“Pour le moment, Apple TV n’a pas eu assez de succès pour avoir un impact sur le marché. La société n’a même pas vendu autant de boîtiers que Roku, qui en aura vendu trois millions avant la fin de l’année. Quand un appareil sort sur le marché et qu’il n’est vendu seulement qu’à quelques millions d’unités, il n’y a aucun effet sur le marché. Il faut comparer cela aux 100 millions de consoles déjà déployées dans les foyers par Microsoft et Sony. Donc ce que fait Apple importe peu tant que la société n’est pas parvenue à pénétrer les foyers“. Chose plus facile à dire qu’à faire, selon Dan Rayburn.
“Même s'ils arrivent avec une véritable télévision, ils n'arriveront pas à en vendre assez pour provoquer un effet sur le marché. Apple n'a pas encore de service d'abonnement. Ils vont devoir s'occuper de plusieurs choses en même temps, et s'il y a bien une chose à laquelle Apple n'est pas vraiment performante, c'est introduire un produit à bas prix. Donc s'ils arrivent avec une télévision, elle ne sera jamais proposée à un prix moins élevé que celui de Vizio ou Sony. Combien de parts de marché vont-ils pouvoir toucher avec cela ? Pas plus d'un pour cent”.
Source: Who will win TV tech wars?, de Kyle Daly, SNL Kagan, 4 novembre 2011
Sonia Droulhiole et Alexandra Kurkdjian
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Dossier : Bilan 2011 sur la Télévision Connectée aux Etats-Unis
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Selon une étude de la société Strategy Analytics publiée en décembre 2011, 20% des personnes interrogées affirmaient avoir regardé une vidéo en streaming sur leur téléviseur au cours du mois de novembre 2011. Ce pourcentage est deux fois plus important pour le public américain que pour le public européen. Les analystes américains expliquent ce décalage par la différence d’offre, des services comme Netflix et Hulu tirant vers le haut la consommation de vidéo en ligne.
Ainsi, le visionnage de programmes sur Internet est en forte progression aux Etats-Unis et, selon Blair Westlake, Corporate Vice President of the media and entertainment group chez Microsoft, le paysage télévisé américain devrait subir plus de transformations au cours des prochains 18 mois qu’au cours des 5 dernières années.
Modèles de distribution utilisés :
Selon une étude du Leichtman group publiée au mois d’avril 2012, plus d’un tiers des foyers américains (38%) a, actuellement, au moins un téléviseur relié à Internet, contre 30% en 2011 et 24% en 2010.
La console de jeu vidéo
La console de jeu vidéo est l’appareil permettant de connecter un téléviseur à Internet le plus répandu aux Etats-Unis et, toujours selon cette étude, 28% des foyers possèderaient une console reliée à Internet. La Xbox de Microsoft est le chef de file de cette nouvelle génération. Cette console propose le plus large éventail de contenu multimédia sur le marché. A partir de 5 dollars par mois, le service Xbox Live donne accès aux plateformes de vidéo en streaming comme Netflix et Hulu Plus, mais aussi aux réseaux sociaux Facebook et Twitter. Le contenu à la demande du service XFINITY de Comcast et l’offre IPTV FiOS de Verizon sont aussi disponibles sur la Xbox aux utilisateurs abonnés à ces services. Le Director of branded experience de Microsoft, Russ Axelrod, lors d’un discours au NATPE le 24 janvier 2012, a expliqué que plus de 20 millions de Xbox au Etats-Unis étaient connectées et que les utilisateurs concernés passaient 44% de leurs temps sur leur Xbox à faire autre chose que jouer.
La PlayStation de Sony connaît un succès similaire avec ses offres en ligne et notamment avec Playstation Network, portail interactif gratuit où il est possible de jouer en réseau. PlayStation Network compte plus de 90 millions de comptes activés dans le monde, dont 30 millions aux Etats-Unis. Lors de la conférence Streaming Media West, le 8 novembre 2011, Susan Panico, Directeur senior de PlayStation Network, a expliqué qu’un tiers du temps passé sur la console concernait une autre activité que le jeu. PlayStation Network a aussi développé un contenu propre pour se démarquer. Ainsi, elle a lancé des émissions comme “The Tester” (Le Testeur), émission de téléréalité où les joueurs s’affrontent pour un poste en tant que testeur de jeux vidéo, ou encore “Qore”, un “magazine vidéo” consacré aux jeux, et “Pulse”, une émission bihebdomadaire sur les dernières nouveautés PlayStation. L’avantage majeur de cette console sur la Xbox est que ses services sont gratuits – un facteur indéniable dans sa croissance explosive. Microsoft, de son côté, fait payer au moins 60 dollars par an pour le service Xbox Live.
Les services de vidéo à la demande sont les grands bénéficiaires de la montée en popularité de ces consoles connectées. Selon Susan Panico, 50% de l’usage de Netflix se fait à partir de consoles. De même, la chaîne premium EPIX, lancée sur la Xbox en décembre 2011, a vu son nombre d’abonnés doubler depuis son lancement sur console.
Les lecteurs de Blu-ray et les téléviseurs connectés
Les lecteurs Blu-ray connectables à Internet seraient présents dans 13% des foyers américains et les téléviseurs connectés dans environ 4% de ces foyers, selon Leichtman group. Ainsi, d’après la société d’analyse Magna Global, il y avait 5,4 millions de smart TV pouvant être connectées à Internet dans les foyers américains à la fin de l’année 2011. Selon une autre société d’analyse, DisplaySearch, près de la moitié des téléviseurs vendus aux Etats-Unis en 2013 devraient être des smart TV (47%) contre 35% en 2012 et 17% en 2010. Selon le cabinet Strategy Analytics, le principal marché pour les télévisions connectées sera les Etats-Unis en 2012 et près de 18 millions de téléviseurs devraient y être vendus cette année.
Les boîtiers
Selon une étude publiée par le cabinet d’analyse Park Associates au mois de février 2012, près de 14 millions de boîtiers permettant de se connecter à Internet (de type Apple TV et Roku) devraient être vendus aux Etats-Unis en 2012 et 31% des ménages américains possédant une connexion Internet regarderaient des programmes en streaming sur leur téléviseur.
Bien que ces boîtiers ne soient pas encore très répandus, la facilité d’utilisation de ces appareils et un tarif à la baisse pour la dernière génération d’Apple TV et de boîtier Roku en font un produit intéressant. Apple serait en tête de ce marché avec 4,2 millions d’Apple TV deuxième génération vendues en 2011 contre 1,5 millions pour Roku (pour un total de 2,5 millions depuis la création de la société en 2002).
Interrogé lors d’une conférence sur le contenu over-the-top au mois de mars 2012, le CEO et créateur de Roku, Anthony Wood, déclarait que les télévisions connectées souffraient de plusieurs handicaps face aux boîtiers. Tout d’abord, selon les recherches menées par Roku, la qualité de l’interface fait partie des principaux critères de choix des consommateurs pour ce type de produit. Or, l’un des défauts des smart TVs est justement que leurs logiciels deviennent obsolètes au bout de 2 ou 3 ans, alors qu’un téléviseur, connecté ou pas, se change généralement tous les 6 à 8 ans. Anthony Wood pense que les consommateurs obtiennent un meilleur service en achetant une télévision classique et un boîtier connecté à Internet séparé. Il explique que les logiciels de Roku sont mis à jour tous les deux mois et que de nouvelles chaînes sont ajoutées toutes les semaines. Les boîtiers Roku proposent ainsi plus de 500 chaînes.
Rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées :
La question du rôle des régulateurs nationaux indépendants dans la régulation des TV connectées n’a pas encore été abordée aux Etats-Unis. Toutefois, une audition visant à examiner de quelle manière les services de vidéo en ligne altéraient l’avenir de la télévision s’est tenue devant la Commission du Sénat sur le Commerce (Senate Commerce committee), à la demande de son Président, le sénateur Jay Rockefeller (D-W. VA.), à la fin du mois d’avril 2012. Lors de l’annonce de l’organisation de cette audition, le sénateur Rockefeller avait souligné que « les spectateurs regardent toutes sortes de programmes sur une grande variété de plateformes, à différentes heures du jour et de la nuit, sans les protections qui encadrent la télévision traditionnelle ».
Lors de cette audition, les professionnels entendus ont défendu le droit du marché à créer des programmes accessibles aux consommateurs de manière universelle. Ils ont également souligné l’importance de maintenir un Internet ouvert et critiqué la démarche de Comcast qui impose une limite de 250GB à ses utilisateurs, mais, dans ses calculs, ne prend pas en compte ses propres sites comme l’offre de TV Everywhere Xfinity. Pour Barry Diller, Président du site de voyage Expedia et de IAC/InterActiveCorp., conglomérat de sociétés du secteur de l’Internet comme Vimeo, l’application des règles de neutralité du réseau est obligatoire pour maintenir le développement d’Internet.
Conclusion :
Le développement de la télévision connectée pourrait avoir plusieurs conséquences. La 1ère concerne le trafic sur Internet. Selon la société d’analyse Cisco, le trafic lié à la consommation de vidéos sur Internet devrait passer de 3 039 petabytes (1 petabyte = 1000 terabytes) par mois en 2011 à 8 130 petabytes par mois en 2015.
D’autre part, la popularité grandissante des télévisions connectées et des tablettes augmente l’intérêt pour les « synch apps », applications liées à la diffusion d’une émission à la télévision et synchronisées avec celle-ci. Ainsi, plus de 200 chaînes de télévision américaines, parmi lesquelles NBC, Discovery Channel et HBO, se sont associées pour lancer l’application ConnecTV, qui permet aux utilisateurs de bénéficier d’un contenu additionnel ou d’interagir avec leurs amis sur tablette ou smartphone, pendant qu’ils regardent un programme télévisé.
Enfin, bien que le développement de la télévision connectée ne signifie pas forcément que les clients résilient leur abonnement au câble, cela peut signifier l’annulation de l’abonnement à certaines chaînes premium. C’est un risque que les opérateurs de la télévision prennent en compte et une tendance que les fabricants de télévision et les propriétaires de contenu suivent de près.
Ainsi, le développement de la télévision connectée aux Etats-Unis est au centre des préoccupations des professionnels américains du secteur des médias et du contenu.
Pour plus d’informations sur les questions liées au droit d’auteur et à la réglementation de la télévision connectée, lire Dossier : Bilan sur la télévision connectée aux Etats-Unis, Médiamérica, 11 juillet 2011.
Géraldine Durand

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